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Posts Tagged ‘gueux’

Pourquoi suis-je moi et pas toi, Pourquoi Dieu, le diable et son train? (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



Pourquoi les rats, pourquoi les mouches,
Pourquoi le pain, pourquoi le sel,
Pourquoi ces orages farouches,
Pourquoi le pré, pourquoi le ciel?

Pourquoi la vie, pourquoi la mort,
Pourquoi le bien, pourquoi le mal,
Pourquoi cet enfant qui crie fort,
Ce vieux aux mains originales?

Pourquoi hier, pourquoi demain,
Pourquoi les gueux, pourquoi les rois,
Pourquoi suis-je moi et pas toi,
Pourquoi Dieu, le diable et son train?

Oh! je pourrais continuer…
On le fait depuis tant de siècles!
Cependant, il pousse, le blé;
Il s’acharne à parler, le bègue

(Maurice Carême)

Illustration: Erich Heckel

 

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Le corbeau (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018



« Que le roi devienne corbeau! »
Dit un gueux qui rêvait tout haut,
Les yeux fixés sur Bételgeuse.
Et ce roi devint un corbeau
Qui croassa d’une voix creuse
Et s’envola vers les Gémeaux.

Il est dangereux de rêver
Seul à seul avec une étoile…

Et il est heureux pour le roi
Qu’un enfant, qui rêvait tout bas
À plus de treize lieues de là,
Dise en voyant passer une aile
Immense et noire sur le ciel:
« Que ce corbeau devienne roi ! »

(Maurice Carême)

Illustration

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LE COEUR PUR (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018


 


 

LE COEUR PUR

Il se contentait d’être
Heureux sans le paraître.
Et, se moquant des grands,
Il vivait comme un gueux,
Fuyait les gens sérieux
Et la gloire et l’argent.
On l’aurait volontiers
Arrêté, enfermé.

Mais quel homme au coeur pur
Ne traverse les murs

(Maurice Carême)

Illustration: Léopold Survage

 

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LILAS (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018




    
LILAS

Ma maîtresse me fait des scènes.
Paradis fleuri de lilas
Je viens humer tes odeurs saines.

Les moribonds disent : Hélas!
Les vieux disent des mots obscènes
Pour couvrir le bruit de leurs glas.

Dans le bois de pins et de chênes
Les obus jettent leurs éclats.
Victoire? Défaite? Phalènes.

Pluie améthyste les lilas,
Sans souci d’ambitions vaines,
Offrent aux plus gueux leurs galas.

La mer, les montagnes, les plaines,
Tout est oublié. Je suis las,
Las de la bêtise et des haines.

Mais mon coeur renaît aux lilas.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’ai taillé un bâton (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Daniel F. Gerhartz
    
J’ai taillé un bâton de chêne,
La neige tourbillonne doucement.
Que mes hardes sont pauvres et rudes,
Et si indignes de m’amie!

Pauvre gueux, je trouverai la route,
Parais, ô soleil de givre!
J’errerai à la grâce de Dieu,
Et le soir frapperai au carreau…

Et alors, de sa blanche main
Elle ouvrira sa porte secrète,
Si jeune, aux tresses dorées,
A l’âme transparente et limpide,

Tresses de lune et d’étoiles…
« Entre, ô mon aimable prince… »
Et mon pauvre bâton de chêne
Scintillera d’une larme précieuse…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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La divine folie (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Alfons Mucha
    
La divine folie

Je veux être celui qui sur sa chevelure
Attache un brin d’ortie avec la grappe mûre,
Qui danse titubant, bestial et divin
Et porte la nature entière dans son sein;
Celui qui sent frémir et couler dans ses moëlles
L’âme errante du vent, des mers et des étoiles,
Accroche à sa ceinture en un même bouquet
La ronce, le chardon, la cigüe et l’oeillet;
Qui, ne distinguant plus son regard de l’aurore,
Sent parmi les couchants sa chair qui s’évapore.
Je veux être celui qui rit dans le soleil
Et savoure le jour ainsi qu’un fruit vermeil;
Le berger ou l’outlaw dormant sur la javelle
Comme un enfant bercé aux genoux de Cybèle.
Je marcherai rêveur, épris de l’inconnu,
Aux sentiers ignorés, froissant de mon pied nu
L’herbe, le laurier rose et l’ingrate bruyère.
Debout sur les sommets, libre dans la lumière,
Mendiant triomphant, je tendrai vers l’éclair
Le geste avide de mes bras à travers l’air.

Je serai le glaneur idéal qui recueille
La rosée au matin,le rayon, le reflet
Du fleuve et s’en nourrit: le gueux dans la forêt
Elevant son palais frissonnant sous les feuilles.
Possesseur des trésors qu’on dédaigne, j’irai
Boire aux lèvres du vent quelque nectar sacré;
Frôler à l’eau qui fuit par les mousses humides
Le torse transparent des pâles néréides;
Et jouissant des odeurs, des sons, voluptueux,
Avec les sens aigus d’un sauvage et d’un dieu,
Je glisserai subtil à l’herbe où le vent joue
Et je serai le bond du dix-cors qui s’ébroue.

Etoiles qui brillez au bord du ciel serein,
Tendresse de la nuit qui monte et qui m’étreint,
Mystérieux baisers, soupirs sur le rivage
Du flot diamanté où se mire un nuage,
Fantômes devinés de blanches déités,
Accordez à mes voeux votre complicité,
Accordez à mon coeur la grâce qu’il implore,
La divine folie! Et toi, morne ellébore,
Que ton rameau flétri se dessèche infécond
Qui guérit de l’ivresse et nous rend la raison.

(Marie Dauguet)

 

 

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Il y a des courbes (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017



    
Il y a des courbes qui tendent les bras en passant
Il a des bras tendus que personne ne voit
C’était deux désirs qui s’étaient donné rendez-vous
Mais qui leur avait dit qu’il était l’heure de partir
Qu’importe si le temps était habillé comme un gueux
Puisqu’un désir a toujours du soleil au moins pour deux
Et puis je ne me rappelle plus rien

Quelque chose est resté assis au soleil et n’y pense plus
Ceux qui se croisent ne se rencontrent pas
Et d’ailleurs il y avait entre eux toute la longueur d’une ombre
Cela s’est fait en plein soleil et nul ne s’en souviendra
Mais on ne sait pas si l’ombre sépare ou réunit
Croyez-vous que la couleur de la robe y soit pour quelque chose

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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IDYLLE ROUGE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



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IDYLLE ROUGE

Le chemineux s’est dit : « Je veux
Cette jouvencelle aux cheveux
D’aurore blême ».
Mais la jouvencelle a du bien
Tandis qu’est gueux, gueux comme un chien
Le gars qui l’aime !

Et la belle, aux riches galants
Seuls ! ouvrira les rideaux blancs
De son alcôve ;
Elle course le miséreux…
Alors, par les chemins poudreux,
Le gars s’ensauve !

Errant le jour, de ci de là
Il geint, et la nuit lorsque la
Lune pâlotte
L’éveille au fond de son fossé,
Laissant saigner son cœur blessé
Le gars sanglote.

Dans l’ombre des vieux cabarets
Où le vin, des pichets de grés
A grands flots coule,
Il va se reposer un brin
Et, pour oublier son chagrin,
Le gars se saoule !

Enfin, il vient de faire don
De sa raison aux femmes dont
L’amour s’achète.
Il va par les quais, triste et seul…
Le grand fleuve ouvre son linceul…
Le gars s’y jette…

(Gaston Couté)

 

 

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LES SORCIÈRES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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LES SORCIÈRES

Colère, ô jalousie,
Sorcières aux doigts crochus,
A la figure roussie,
Anges des amours déchus,

J’ai pénétré dans votre antre
Pour savoir la vérité.
Le cœur malade on y entre,
On en sort le cœur gâté.

Vous m’avez dans votre filtre
Et votre noir alambic
Distillé l’horrible philtre
Qui me mord comme un aspic.

Dans votre infernale forge
Dont la haine est le marteau,
Votre patte a pour ma gorge
Forgé le fil d’un couteau.

Et c’est avec votre lame,
C’est avec votre liqueur,
Que j’ai meurtri ma pauvre âme
Et soûlé mon pauvre cœur.

Sorcières de la caverne,
Gueuses je vous maudis.
Vous avez fait un Averne
De mon divin paradis.

(Jean Richepin)

Illustration: Edvard Munch

 

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Saint Rufin (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2016



 

Saint Rufin

Le plus affreux des gueux
En affreuses guenilles
Peut faire une belle ombre
Je vous dis que le soleil est un grand peintre

(Pierre-Albert Birot)

Illustration

 

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