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Poésie

Posts Tagged ‘(Guillaume Apollinaire)’

LA MÉSANGE (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



 

LA MÉSANGE

Les soldats s’en vont lentement
Dans la nuit trouble de la ville.
Entends battre mon cœur d’amant.
Ce cœur en vaut bien plus de milles
Puisque je t’aime éperdument.

Je t’aime éperdument, ma chère,
J’ai perdu le sens de la vie
Je ne connais plus la lumière,
Puisque l’Amour est mon envie,
Mon soleil et ma vie entière.

Écoute-le battre mon cœur !
Un régiment d’artillerie
En marche, mon cœur d’Artilleur
Pour toi se met en batterie,
Écoute-le, petite sœur.

Petite sœur je te prends toute
Tu m’appartiens, je t’appartiens,
Ensemble nous faisons la route,
Et dis-moi de ces petits riens
Qui consolent qui les écoute

Un tramway descend vitement
Trouant la nuit, la nuit de verre
Où va mon cœur en régiment
Tes beaux yeux m’envoient leur lumière
Entends battre mon cœur d’amant.

Ce matin vint une mésange
Voleter près de mon cheval.
C’était peut-être un petit ange
Exilé dans le joli val
Où j’eus sa vision étrange.

Ses yeux c’était tes jolis yeux,
Son plumage ta chevelure,
Son chant les mots mystérieux
Qu’à mes oreilles on susurre
Quand nous sommes bien seuls, tous deux

Dans le vallon j’étais tout blême
D’avoir chevauché jusque-là.
Le vent criait un long poème
Au soleil dans tout son éclat.
Au bel oiseau j’ai dit « Je t’aime ! »

(Guillaume Apollinaire)

 

 

 

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Au lac tes yeux très profond (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



 

Au lac tes yeux très profond
Mon pauvre coeur se noie et fond
Là le défont
Dans l’eau d’amour et de folie
Souvenir et Mélancolie

(Guillaume Apollinaire)

 

 

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Automne (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018




    
Automne

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux
Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un cœur que l’on brise
Oh ! l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises.

(Guillaume Apollinaire)

 

 

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LE CHANT D’AMOUR (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



 Illustration
    
LE CHANT D’AMOUR

Voici de quoi est fait le chant symphonique de l’amour
Il y a le chant de l’amour de jadis
Le bruit des baisers éperdus des amants illustres
Les cris d’amour des mortelles violées par les dieux
Les virilités des héros fabuleux érigées comme des pièces contre avions
Le hurlement précieux de Jason
Le chant mortel du cygne
Et l’hymne victorieux que les premiers rayons du soleil
ont fait chanter à Memnon l’immobile
Il y a le cri des Sabines au moment de l’enlèvement
Il y a aussi les cris d’amour des félins dans les jongles
La rumeur sourde des sèves montant dans les plantes tropicales
Le tonnerre des artilleries qui accomplissent le terrible amour des peuples
Les vagues de la mer où naît la vie et la beauté

Il y a là le chant de tout l’amour du monde

(Guillaume Apollinaire)

 

Recueil:Calligrammes

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Mon Lou adoré (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2017




    
Le 9 janvier 1915
Mon Lou adoré,

Dans tout ce déluge d’imprévu et d’émotions, tes deux lettres d’aujourd’hui
où tu devines ma lettre du 3 et y réponds, m’ont causé une joie inouïe.

Je me fiche de toutes ces compositions du moment que tu m’aimes
et me le prouves si gentiment, si complètement.

Je te prends mon Lou, tu es à moi,
je t’adore, je t’aime,
je n’aime rien d’autre que toi.

Oui, tu es moi-même et je suis toujours en toi
comme tu es toujours là.
Baisers, mon Lou, je m’énerve.

[…]

Oui, ma Lou, tu es ma Lou à moi,
ma chose vivante que j’aime infiniment,
mon bijou précieux,
ma petite perle ronde comme ton derrière,
comme tes deux petits seins infiniment jolis
et si joliment fleuris de deux roses sans épines.

Tu te donnes toute et je te prends toute
comme tu te donnes ma toute chérie,
oui, nous sommes ensembles pour toujours oui,
tu m’as tout dit,
et tu es si à moi
et si en moi que tu devines tout de moi.

Il y a une correspondance unique
et inouïe entre nos âmes.

Non, je n’ai plus de noir après tes lettres
et tu me rends infiniment heureux.

Ne sois pas triste, mon Lou.
Ne sois pas triste puisque je ne suis plus triste

(Guillaume Apollinaire)

 

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Marie (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017



Illustration: Abel Dominique Boye
    
Marie

Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C’est la maclotte qui sautille
Toute les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie

Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu’elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux

Les brebis s’en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d’argent
Des soldats passent et que n’ai-je
Un cœur à moi ce cœur changeant
Changeant et puis encor que sais-je

Sais-je où s’en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s’en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l’automne
Que jonchent aussi nos aveux

Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s’écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine

(Guillaume Apollinaire)

 

Recueil: Alcools

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Mon ptit Lou adoré (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Mon ptit Lou adoré

Je voudrais mourir un jour que tu m’aimes
Je voudrais être beau pour que tu m’aimes
Je voudrais être fort pour que tu m’aimes
Je voudrais être jeune pour que tu m’aimes
Je voudrais que la guerre recommençât pour que tu m’aimes
Je voudrais te prendre pour que tu m’aimes
Je voudrais te fesser pour que tu m’aimes
Je voudrais te faire mal pour que tu m’aimes
Je voudrais que nous soyons seuls dans une chambre d’hôtel à Grasse pour que tu m’aimes
Je voudrais que nous soyons seuls dans mon petit bureau près de la terrasse couchés sur le lit de fumerie pour que tu m’aimes
Je voudrais que tu sois ma sœur pour t’aimer incestueusement
Je voudrais que tu eusses été ma cousine pour qu’on se soit aimés très jeunes
Je voudrais que tu sois mon cheval pour te chevaucher longtemps longtemps
Je voudrais que tu sois mon cœur pour te sentir toujours en moi
Je voudrais que tu sois le paradis ou l’enfer selon le lieu où j’aille
Je voudrais que tu sois un petit garçon pour être ton précepteur
Je voudrais que tu sois la nuit pour nous aimer dans les ténèbres
Je voudrais que tu sois ma vie pour être par toi seule
Je voudrais que tu sois un obus boche pour me tuer d’un soudain amour

(Guillaume Apollinaire)

 

 

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Le hibou (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2017



Mon pauvre coeur est un hibou
Qu’on cloue, qu’on décloue, qu’on recloue.
De sang, d’ardeur, il est à bout.
Tous ceux qui m’aiment, je les loue.

(Guillaume Apollinaire)


Illustration

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Lou ma rose (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Lou ma rose

Lou tu es ma rose
Ton derrière merveilleux n’est-ce pas la plus belle rose
Tes seins tes seins chéris ne sont-ce pas des roses
Et les roses ne sont-ce pas de jolis ptits Lous
Que l’on fouette comme la brise
Fustige les fesses des roses dans le jardin
Abandonné
Lou ma rose ou plutôt mes roses
Tu m’as envoyé des feuilles de rose
O petite déesse
Tu crées les roses
Et tu fais les feuilles de roses
Roses
Petites femmes à poil qui se baladent
Gentiment
Elles se balancent en robe de satin
Sur des escarpolettes
Elles chantent le plus beau parfum le plus fort le plus doux
Lou ma rose ô ma perfection je t’aime
Et c’est avec joie que je risque de me piquer
En faveur de ta beauté
Je t’aime je t’adore je mordille tes feuilles de rose
Rose reine des fleurs Lou reine des femmes
Je te porte au bout des doigts ô Lou ô rose
Au bout des doigts en te faisant menotte
Jusqu’à ce que tu t’évanouisses
Comme s’évanouit le parfum
Des roses
Je t’embrasse ô Lou et je t’adore

(Guillaume Apollinaire)

 

 

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Parce que tu m’as parlé de vice … (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Parce que tu m’as parlé de vice…

Tu m’as parlé de vice en ta lettre d’hier
Le vice n’entre pas dans les amours sublimes
Il n’est pas plus qu’un grain de sable dans la mer
Un seul grain descendant dans les glauques abîmes

Nous pouvons faire agir l’imagination
Faire danser nos sens sur les débris du monde
Nous énerver jusqu’à l’exaspération
Ou vautrer nos deux corps dans une fange immonde

Et liés l’un à l’autre en une étreinte unique
Nous pouvons défier la mort et son destin
Quand nos dents claqueront en claquement panique
Nous pouvons appeler soir ce qu’on dit matin

Tu peux déifier ma volonté sauvage
Je peux me prosterner comme vers un autel
Devant ta croupe qu’ensanglantera ma rage
Nos amours resteront pures comme un beau ciel

Qu’importe qu’essoufflés muets bouches ouvertes
Ainsi que deux canons tombés de leur affût
Brisés de trop s’aimer nos corps restent inertes
Notre amour restera bien toujours ce qu’il fut

Ennoblissons mon cœur l’imagination
La pauvre humanité bien souvent n’en a guère
Le vice en tout cela n’est qu’une illusion
Qui ne trompe jamais que les âmes vulgaires

(Guillaume Apollinaire)

Illustration: Gustav klimt

 

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