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Posts Tagged ‘(Guy Goffette)’

LETTRE À MON PÈRE (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018


 


 

Alexander Anufriev

LETTRE À MON PÈRE

Un jour mon père quand je serai grand
je t’engendrerai je t’offrirai des ailes

une mémoire habitable avec tous les secrets
de l’amour et comment vivre de nous

je te donnerai la combinaison du coffre
de l’enfance et le chiffre de la mer

que tu n’as jamais traversée. Je
te donnerai la barbe du bon Dieu

et un grand tourbillon de voyelles
pour effrayer tes anges casaniers

et te mériter un petit paradis
perdu près de ma source.

(Guy Goffette)

Illustration: Alexander Anufriev

 

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CODA (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018




    
CODA

Que reste-t-il au bout du couloir
où le poète a passé trop vite
comme un homme que la nuit poursuit?
Que reste-t-il? Deux, trois aperçus
à peine, si la sourde beauté
de ses vers continue de brûler
pour personne comme ces visages
qu’on traverse dans la rue sans voir
qu’ils sont ce que nous sommes, le cri
rentré dans la gorge et les yeux las :
les feuilles d’un même arbre, tremblantes

et chacune a sa note et le vent
les conduit.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Tombeau du Capricorne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Toujours, encore, demain (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Illustration: Alex Nabaum
    
Toujours, encore, demain, ces mots de peu,
de rien, jetés en passant, nous débordent.
Ils amassent dans les marges de nos vies
un sable lisse et sans

vertige, auquel nul ne prête attention
jusqu’à ce que le coeur soudain batte
de l’aile et commence à compter ses pas,
parce que tout est dit,

tout, il n’y a plus qu’à tirer la porte.
Mais elle résiste soudain et grince comme
la mémoire devant une montagne d’oublis :
ce tas de sable, ce

silence qui prend toute la place et qui crie.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Tombeau du Capricorne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Si nous avions su cela (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Illustration: Edward Hopper
    
Si nous avions su cela : que le vent console
bien plus encore qu’il ne frappe – et le coeur
endolori s’endort dans sa main
comme un enfant

tandis que les larmes continuent de couler,
ou c’est la forêt d’un coup qui s’ouvre en deux
pour donner passage au souffle du ciel
et boire à pleine gorge

la lumière toute nue que les bûcherons
cherchent à tâtons comme un nid de silence
au bout des tronçonneuses — si nous avions su
cela, serions-nous restés

si longtemps assis dans l’affliction des chambres ?

(Guy Goffette)

 

Recueil: Tombeau du Capricorne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Peut-être fallait-il (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018




    
Peut-être fallait-il cette pluie abrupte
sur les roses mourantes et sur les toits d’été
pour remettre le ciel gris de niveau
avec les yeux du rêveur

et ramener du fond lentement la figure
de l’absent à sa fenêtre du troisième,
rue Poliveau, quand les généreux platanes
avaient encore de quoi rendre

son salut au poète, et du souffle, des
couleurs à sa chambre, allégeant la poigne
de vivre et la double question du même
dans le miroir à cru : qui

suis-je, qui? et ma vie où es-tu ?

(Guy Goffette)

 

Recueil: Tombeau du Capricorne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quand la vie était forte (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018




    
Quand la vie était forte et que nous marchions
comme en rêve, glissant du métro à l’enfer
de Dante sans changer de visage ni
d’allure; quand l’amour

comme une torche nous portait de cheveux
en chevelures, dispersant un feu de promesses
que le vent réduirait vite en cendres ; quand
la nuit restait blanche et

nous tournait contre le mur, déplaçant
de quart en quart sous nos paupières le reflet
de la lune, elle était là déjà dansante
et forte et blanche, cette ombre

qui brûle toutes les ombres et nous attend.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Tombeau du Capricorne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les commencements sont nombreux (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Illustration: Véronique Wibaux 
    
Les commencements sont nombreux, mais c’est toujours la même histoire,
celle d’un homme que le petit matin dans la rue saisit par le col,
alors qu’il était sorti pour acheter une baguette à la boulangerie.

Et voilà que ce qu’il croyait établi dans sa vie,
le chemin tracé, une femme avec un chat parmi les livres,
voilà que la rue humide et riante sous le premier soleil
avec son odeur de nouveau-né, flanque tout par terre,
le petit matin, le ciel, le chemin, la boulangerie,

et lui ne sait plus rien tout à coup,
ni qu’il avait faim, ni que l’amour existe
et qu’il eut dans sa vie la place du soleil, rien.

Quelque chose comme l’aile d’un ange ou d’un oiseau vient de le toucher,
et c’est comme s’il avait trébuché sur son ombre invisible à cette heure,
et la terre en le recevant ne l’a pas reconnu.

Son corps s’en va devant lui tout seul et il le regarde sans étonnement ni effroi,
longer les couloirs de la ville et se perdre,
avec une sorte de demi-sourire,
comme celui de l’ange du porche dont il ne se souvient plus.

Il pèse tout juste le poids de son silence.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Tombeau du Capricorne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un jour, il faut partir (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Un jour, il faut partir et l’on ne sait
plus rien de ce qui fut à l’origine
du feu, ni comment ni pourquoi
les choses tout à coup

se sont mises à tourner de travers
et le feu s’est éteint, le rosier changé
en épines, l’amour en terre brûlée,
et ce qui reste avec

le bruit de nos pas à la place du coeur
est peu de choses : des mots sur du papier
qui ne disent plus rien sinon qu’ils furent
écrits, lus et relus

par un aveugle dansant dans l’incendie.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Tombeau du Capricorne
Traduction:
Editions: Gallimard

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AVANT (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



    

AVANT

Avant que la mort vienne,
écrire encore
un poème soigné,
avec de l’herbe
toute nue, un morceau
de ciel bleu et
des fleurs et des oiseaux
pour que ça bouge.

Que rien ne pleure, surtout
pas de pluie grise,
mais des femmes légères
et qui agitent
leurs jambes font rouler
leurs lèvres rouges
sur des mots ronds qui fondent

car tout va s’effacer
la vie se perdre,
si rien dans le poème
ne continue
comme un petit vent plein
de secrets et
qui ne souffle mot, mais
se contenterait

de respirer tout bas.

(Guy Goffette)

 

Recueil: L’adieu aux lisières
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES POÈTES (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



Illustration: Chantal Dufour
    
LES POÈTES

Si l’on pouvait rien qu’une fois
prononcer des mots définitifs
comme ceux qui séparent les eaux
guérissent ou ressuscitent les morts

— et le voisin tout à coup retrouve
son visage du dimanche et s’étonne
du mur qu’il a dressé entre nous
pour être seul avec lui-même

comme avec une femme, disait-il,
ou la mer quand elle revient de loin,
les yeux vagues et prête à tout recommencer
— qui, débordant les marges de vaine gloire, qui

refuserait d’accorder sa parole au silence?

(Guy Goffette)

 

Recueil: L’adieu aux lisières
Traduction:
Editions: Gallimard

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