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Poésie

Posts Tagged ‘haie’

VISION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Illustration: Paul Emile Chabas
    
VISION

I
Au matin, bien reposée,
Tu fuis, rieuse, et tu cueilles
Les muguets blancs, dont les feuilles
Ont des perles de rosée.

Les vertes pousses des chênes
Dans ta blonde chevelure
Empêchent ta libre allure
Vers les clairière prochaines.

Mais tu romps, faisant la moue,
L’audace de chaque branche
Qu’attiraient ta nuque blanche
Et les roses de ta joue.

Ta robe est prise à cet arbre,
Et les griffes de la haie
Tracent parfois une raie
Rouge, sur ton cou de marbre.

II
Laisse déchirer tes voiles.
Qui es-tu, fraîche fillette,
Dont le regard clair reflète
Le soleil et les étoiles?

Maintenant te voilà nue.
Et tu vas, rieuse encore,
Vers l’endroit d’où vient l’aurore;
Et toi, d’où es-tu venue?

Mais tu ralentis ta course
Songeuse et flairant la brise.
Délicieuse surprise,
Entends le bruit de la source.

Alors frissonnante, heureuse
En te suspendant aux saules,
Tu glisses jusqu’aux épaules,
Dans l’eau caressante et creuse.

Là-bas, quelle fleur superbe!
On dirait comme un lys double;
Mais l’eau, tout autour est trouble
Pleine de joncs mous et d’herbe.

III
Je t’ai suivie en satyre,
Et caché, je te regarde,
Blanche, dans l’eau babillarde;
Mais ce nénuphar t’attire.

Tu prends ce faux lys, ce traître.
Et les joncs t’ont enlacée.
Oh! mon coeur et ma pensée
Avec toi vont disparaître!

Les roseaux, l’herbe, la boue
M’arrêtent contre la rive.
Faut-il que je te survive
Sans avoir baisé ta joue?

Alors, s’il faut que tu meures,
Dis-moi comment tu t’appelles,
Belle, plus que toutes belles!
Ton nom remplira mes heures.

« Ami, je suis l’Espérance.
Mes bras sur mon sein se glacent. »

Et les grenouilles coassent
Dans l’étang d’indifférence.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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A mon hôte (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
A mon hôte

Au sud au nord du logis : les eaux printanières
M’enchante tous les jours l’arrivée des mouettes
Le sentier fleuri n’a point été balayé
La porte de bois, pour vous, enfin, est ouverte

Loin du marché, la saveur des plats est pauvre
Dépourvu, je ne puis offrir que ce vin rude
Acceptez-vous d’en boire avec mon vieux voisin?
Appelons-le, par la haie, pour en vider le reste !

(Du Fu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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OUBLI (Jean Bouhier)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2020



OUBLI

Nous avions oublié dans les yeux
un peu de ciel paré de nuit
un peu de souvenir flottait dans les haies
la route avait gardé l’empreinte des héros

La voiture laissait courir le paysage
et les cris accrochaient l’ombre de nos oreilles
les oiseaux étaient de feuilles
c’était un jour sans tentation

Nous avions oublié le soleil en arrière
nos bras démesurés se couchaient sur le sol
et nos baisers d’amour s’enfonçaient dans les herbes
la route nous offrait sa nudité de terre

Mais nous restâmes là
à ne pas nous aimer.

(Jean Bouhier)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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L’INFINI (Giacomo Leopardi)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2020



Illustration
    
L’INFINI

Toujours elle me fut chère cette colline solitaire
et cette haie qui dérobe au regard
tant de pans de l’extrême horizon.
Mais demeurant assis et contemplant,
au-delà d’elle, dans ma pensée j’invente
des espaces illimités, des silences surhumains
et une quiétude profonde ; où peu s’en faut
que le cœur ne s’épouvante.
Et comme j’entends le vent
bruire dans ces feuillages, je vais comparant
ce silence infini à cette voix :
en moi reviennent l’éternel,
et les saisons mortes et la présente
qui vit, et sa sonorité. Ainsi,
dans cette immensité, se noie ma pensée :
et le naufrage m’est doux dans cette mer.

(Giacomo Leopardi)

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Je hais les haies (Raymond Devos)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2019



Je hais les haies

Je hais les haies
Qui sont des murs.
Je hais les haies
Et les mûriers
Qui font la haie
Le long des murs.
Je hais les haies
Qui sont de houx.
Je hais les haies
Qu’elles soient de mûres
Qu’elles soient de houx !
Je hais les murs
Qu’ils soient en dur
Qu’ils soient en mou !
Je hais les haies
Qui nous emmurent.
Je hais les murs
Qui sont en nous.

(Raymond Devos)

 

 

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FÊTE AUX VILLAGES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



FÊTE AUX VILLAGES

Le matin, nous passerons
— Nous deux, le cousin Alphonse —
Nos joues à la pierre ponce
Et puis nous emprunterons
Le char-à-bancs du Léonce.

A la fête nous irons
– Nous deux, le cousin Alphonse —
Pour manger des macarons
Poursuivre des laiderons
Jusqu’au coeur des haies de ronces,

Tirer à la loterie
– Nous deux, le cousin Alphonse —
Pour des vases compliqués
Pour qu’au fond un oeil y rie
De nos culs alambiqués.

Le soir nous nous saoulerons
– Nous deux, le cousin Alphonse —
Dans les fossés roulerons
Au jour les jôs chanteront,
Nous n’y ferons point réponse !

L’endemain nous reprendrons
– Nous deux, le cousin Alphonse-
La charrue les mancherons
Et nous nous dessoulerons
Sur la terre où l’on enfonce

Quelle vie que nous vivons
– Nous deux, le cousin Alphonse !

(Maurice Fombeure)

 

 

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MOT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Illustration: Amedeo Modigliani
    
MOT

Tu ris que je m’écharne pour des mots
que j’assemble ciels et collines en haie d’azur
autour de moi, et le bruissement des ormes
et les voix des eaux tremblantes;
que je trahisse ma jeunesse
pour les nuages et les couleurs
qui se diluent dans la lumière.

Je te connais : en toi tout égarée
la beauté rehausse tes seins,
creuse tes reins et en un mouvement suave
inonde ton sexe timide,
puis redescend en courbes harmonieuses
jusqu’aux dix coquillages de tes beaux pieds.

Mais voilà: si je te prends
tu seras toi aussi pour moi un mot, et la tristesse.

***

PAROLA

Tu ridi che per sillabe mi scarno
e curvo cieli e colli, azzurra siepe
a me d’intorno, e stormir d’olmi
e voci d’acque trepide;
che giovinezza inganno
con nuvole e colori
che la luce sprofonda.

Ti so. In te tutta smarrita
alza belleza i seni,
s’incava ai lombi e in soave moto
s’allarga per il pube timoroso,
e ridiscende in armonia di forme
ai piedi belli con dieci conchiglie.

Ma se ti prendo, ecco:
parola tu pure mi sei e tristezza.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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Sans cogiter (Natsumi Sôzeki)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2018



    

Sans cogiter, honorer le Bouddha, c’est voir l’esprit même.
Face aux moines d’un temple en montagne, un poétique émoi.

Pins et chênes, depuis des siècles, sont à l’entour du mur;
Lianes et lierres passent en un jour par-dessus la haie.

Les livres sur la Voie n’éclairent pas l’entrée de la grotte,
Les stances sur le Vrai n’ôtent guère la mousse des pierres !

Je demande aux austères pratiquants du recueillement :
Dans l’air pur des monts verdoyants, où sont les grains de poussière?

(Natsumi Sôzeki)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Alain-Louis Cola
Editions: Le bruit du Temps

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À travers la campagne (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018





Illustration

    
À travers la campagne

Le vent m’enveloppe de froid
Là-bas l’horizon bouscule les nuages
Derrière la ferme
Où les vignes arpentent les fils de fer
Où le chemin s’accroche aux haies

Une cloche égrène des sons
Je ne crois pas
Mais la foi est en moi
Je me moque de l’éternité
Elle est en moi
Quand la clarté lisse
Les cailloux de ma fronde
Que la peau du champ craquelle sous mes yeux
Que ma main caresse
Jusqu’à sa pâmoison
Le ventre plat de la prairie
Sous sa robe d’herbage
Qu’ornent des boutons d’or.

(Jean-Baptiste Besnard)

Site de Jean-Baptiste

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Dans la parole de l’air (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
Dans la parole de l’air

L’air n’est pas épais, la fumée éclaire

L’heure n’écrase plus ni grain

Ni souvenir d’aucune moisson, ô moulin d’ombre

Puisque vieillir est mon lot favorable

Dans l’automne rouge où crie la pie

L’air est léger ce matin
Les fumées des feux s’élèvent dans la pluie
Rien ne pèse en vain

Il n’y a plus ni fuites de feuilles ni vieillissement dans ces réseaux sans mémoire

L’air ne parle pas des haies d’avant

La pie ne regrette plus

L’éclair de la mésange traverse un songe nommé

forêt
L’odeur des petits feux endort les paysages
Même les noms des choses passent
Comme dans les errances des sages
Et la tranquillité de l’air ou de l’eau

n’est plus en cause
Aucune grâce n’est coupable
Dans la parole de l’air sans menace
Hors de toute contradiction à défaire

(Jacques Chessex)

 

 

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