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Posts Tagged ‘haillons’

Un jour, à Kharkov (Valéry Larbaud)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2019



porteuse d'eau

Un jour, à Kharkov, dans un quartier populaire,
(O cette Russie méridionale, où toutes les femmes
Avec leur châle blanc sur la tête, ont des airs de Madone !)
Je vis une jeune femme revenir de la fontaine
Portant, à la mode de là-bas, comme du temps d’Ovide,
Deux seaux suspendus aux extrémités d’un bois
En équilibre sur le cou et les épaules.
Et je vis un enfant en haillons s’approcher d’elle et lui parler.
Alors, inclinant aimablement son corps à droite,
Elle fit en sorte que le seau plein d’eau pure touchât le pavé
Au niveau des lèvres de l’enfant qui s’était mis à genoux pour boire.

(Valéry Larbaud)

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Retouche à l’automne (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Retouche à l’automne

en haillons de luxe
le soir fait tourner sur un peuplier
l’assiette chinoise du ciel

et penché sur une eau rapide
dans la jardin jaune
le bonheur essaye des paupières

(Daniel Boulanger)


Illustration

 

 

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Dites-moi cette nuit (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



    
Dites-moi cette nuit

La présence du froid, de la peur invisible
Gèle à gouttes obscures le sang dans le brouillard,
Dans le brouillard vivant, vers le vague brouillard
Par un espace aveugle aux rigides épines.

D’une vie mystérieuse dorment les hommes
Tandis que de blancs déserts figurent le monde ;
Ce sont espaces brefs comme une main timide,
Muets, vides sous une lumière sans vie.

Oui, la terre est seule, bien seule avec ses morts,
A l’affût peut-être d’un inerte passant
Qui sans grimaces braverait son fouet nocturne ;
Mais nul corps n’apparaît rêvant aveuglément.

La douleur aussi cherche errante dans la nuit,
Suivant l’ombre qui fuit d’un plaisir sans défense ;
Et ses pas en silence, pâles, s’entrelacent
Fantôme interminable et son regard d’ennui.

Fantôme défilant prisonnier de personne,
Privé de voix, de mains, apparence sans vie,
Comme un pleur impuissant étouffé par les branches,
Une fuite soudaine éclatée sur un mur.

Oui, la terre est seule ; seule elle chante, parle,
D’une si faible voix inaccessible au ciel ;
Elle chante rires, plumes à travers l’espace
Sous un soleil brûlant reflété sur le sable.

Intime est cette voix, mais ce n’est que pour elle ;
Au dehors l’ombre prête un asile peu sûr.
Passe peut-être un cri déguisé de lumières,
Qui lutte vainement contre la peur, le froid.

Où palpite le gel ? Dedans, parmi la vie,
En un centre perdu de souvenirs éteints,
D’os habités de froid, du sifflement du vent
Et son bruit de feuilles qui s’en vont une à une.

Ses plumes moribondes étendent le brouillard
Pour dormir sur la terre un songe de haillons,
Songe de menaces qui s’hérisse de neige,
Oublié sur le sol, amour sous le mépris.

Le sang vient s’arrêter dans les membres de pierre
Tel le corail figé par la mer ennemie
Tel le corail gelé dans le corps dispersé,
Dans la nuit sans clarté, dans le ciel sans personne.

***

Decidme anoche

La presencia del frío junto al miedo invisible
Hiela a gotas oscuras la sangre entre la niebla,
Entre la niebla viva, hacia la niebla vaga
Por un espacio ciego de rígidas espinas.

Con vida misteriosa quizá los hombres duermen
Mientras desiertos blancos representan el mundo;
Son espacios pequeños como tímida mano,
Silenciosos, vacíos bajo una luz sin vida.

Sí, la tierra está sola, bien sola con sus muertos,
Al acecho quizá de inerte transeúnte
Que sin gestos arrostre su látigo nocturno;
Mas ningún cuerpo viene ciegamente soñando.

El dolor también busca, errante entre la noche,
Tras la sombra fugaz de algún gozo indefenso;
Y sus pálidos pasos callados se entrelazan,
Incesante fantasma con mirada de hastío.

Fantasma que desfila prisionero de nadie,
Falto de voz, de manos, apariencia sin vida,
Como llanto impotente por las ramas ahogado
O repentina fuga estrellada en un muro.

Sí, la tierra está sola; a solas canta, habla,
Con una voz tan débil que no la alcanza el cielo;
Canta risas o plumas atravesando espacio
Bajo un sol calcinante reflejado en la arena.

Es íntima esa voz, sólo para ella misma;
Al exterior la sombra presta asilo inseguro.
Un grito acaso pasa disfrazado con luces,
Luchando vanamente contra el miedo y el frío.

c Dónde palpita el hielo ? Dentro, aquí, entre la vida,
En un centro perdido de apagados recuerdos,
De huesos ateridos en donde silba el aire
Con un rumor de hojas que se van una a una.

Sus plumas moribundas van extendiendo la niebla
Para dormir en tierra un ensueño harapiento,
Ensueño de amenazas erizado de nieve,
Olvidado en el suelo, amor menospreciado.

Se detiene la sangre por los miembros de piedra
Como al coral sombrío fija el mar enemigo,
Como coral helado en el cuerpo deshecho,
En la noche sin luz, en el cielo sin nadie.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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L’INSOUCIANCE DES JOURS (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



L’INSOUCIANCE DES JOURS

C’est l’immense douceur l’insouciance des jours
Vogue l’eau vogue l’air et voguent nos amours
Et vogue tout ceci que je ne comprends pas
Et vogue ce hasard qui promène nos pas

La vie comme elle vient les gens comme les jours
Le temps comme il nous tient la mort comme l’amour
Les hommes comme ils sont les femmes comme elles font
Cet amour qui est mien de chair et de chiffon

C’est l’immense douceur l’insouciance des jours
Une mouette appelle et le ciel devient sourd
Je n’entends que le sang qui bat sur ton poignet
Comme un oiseau présent et déjà éloigné

La vie comme elle vient les gens comme les jours
De l’eau de l’air du pain des grappes de velours
Et de l’huile dorée à ton corps presque noir
La trace d’un baiser à l’angle d’un espoir

C’est l’immense douceur l’insouciance des jours
Le Chat Botté revient pour te faire sa cour
La Belle au Bois s’endort au milieu des rayons
Et Cendrillon pour nous a remis ses haillons

La vie comme elle vient les gens comme les jours
Le temps comme il nous tient la mort comme l’amour
Les hommes comme ils sont les femmes comme elles font
Cet amour qui est mien de chair et de chiffon

Et déchirant le ciel un éclair de chaleur
Qui tombe sur la mer

(Guy Béart)

Illustration: Valentine Cameron Prinsep

 

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Sur le mont Lang-ya (Wei Ying-Wu)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2016



Au Portail-rocheux, nulle trace sur la neige;
Seul l’encens se mêle encore aux brumes du val.
Restes du repas, dans la cour: un oiseau descend.
Haillons accrochés au pin: le vieux bonze est mort.

(Wei Ying-Wu)

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