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Posts Tagged ‘haine’

SOLITUDE (Lionello Fiumi)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2021



 

Nicholas Roerich   kiss-the-earth-1912-2

SOLITUDE

LORSQUE la peine au coeur mord trop cruellement,
S’en aller et mendier un peu de solitude
A l’ombre qui prend en pitié,
Même s’il est faible, est un soulagement.
Mais l’être le plus doux sera prompt à la haine
Pour peu qu’une présence intruse
Vienne fêler sa quête solitaire :
Celui qui est la bête en sang qui se tapit
Ne supporte pas son semblable.

Mais alors, ô mirage unique de salut,
Nirvana entrevu!
Autour des lents siècles des troncs,
Comme sur un fond de bonheur
Ignorant les bornes des dates,
Les heures oscillaient, légères, dans les lianes,
En dansant leurs jeux élastiques
De jouvencelles excitées par les épices.
Des calices étranges proposaient des philtres,
Promesses de béatitudes.

Et déjà l’humain se dissolvait, et l’angoisse
Cédait à cette nature clémente
Où nulle empreinte
Ne venait déflorer l’humus intact et vierge.
Le silence m’était la flûte qui subjugue
Les serpents de la peine, ils ne mordaient plus.

Là, enfin, vaste et absolue
Comme la nuit qui cache et qui console,
Enfin pure ainsi que le vide
Qui attire et donne l’oubli,
Je découvrais la face de la solitude.

(Lionello Fiumi)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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À L’ERMITAGE DE BEIQING (Li Shangyin)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021



Illustration    
    
À L’ERMITAGE DE BEIQING

Le soleil plonge à l’ouest
derrière les monts de Yan. Je cherche l’ermite
près de sa chaumière. Parmi toutes ces feuilles
qui chutent
où se trouve-t-il ?
La sente se perd dans les volutes de la brume.

Seul au crépuscule
il frappe le gong de pierre.
J’écoute, immobile,
appuyé sur mon bâton de rotin.
Un grain de poussière peut résumer le monde entier.
A quoi bon l’amour à quoi bon la haine ?

(Li Shangyin)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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TRISTESSE EN MAI (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2021




    
TRISTESSE EN MAI

C’est la douceur fondue du soir
Transparent vers dix-sept heures au mois de Mai.
Et monte le parfum des roses.
Comme pièces de monnaie au fond de l’eau en zigzaguant
Tombe le compte lourd de ma journée.

Des cris — qui sait si c’est de haine ? —
Des mots de fronde sur des visages d’adolescents.
Poussière et dos ruisselants, enthousiasmes, essoufflements.
Des enveloppes douloureuses avec paysages de baobabs,
Corvées en file indienne et charognards sur fond d’azur.
Bien des confidences encore.
Et pour relever mes épaules,
Pour donner le courage d’un sourire à mes lèvres défaites,

Pas un rire d’enfants fusant comme bouquet de bambous,
Pas une jeune femme à la peau fraîche, puis douce et chaude,
Pas un livre pour accompagner la solitude du soir, Pas même un livre !

(Léopold Sédar Senghor)

Extrait de Poèmes perdus (1984)

Recueil: Anthologie Poésie africaine six poètes d Afrique francophone
Traduction:
Editions: Points

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Visages (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2021




    
Visages qui apaisent

Visages qui ne sont que refus

Visages au regard éteint

Visages que la timidité verrouille

Visages qui inquiètent

Visages creusés par la faim

Visages qui ouvrent la porte
sur une amitié

Visages vides qui ne laissent
pressentir aucun arrière-pays

Visages dévastés par la maladie

Visages empreints d’une bonté
qui réchauffe

Visages durcis par la haine

*

Visages où demeurent les traces
du combat qui les a pacifiés

Visages qui vous font
vous rétracter

Visages trop lisses
sur lesquels rien ne se lit

Visages dont la dureté
vous glace vous scelle les lèvres

Visages douloureux
où affleure un secret
qu’on aimerait connaître

Visages et regards
de ceux qui sombrent

Visages qu’un excès de souffrance
a figés à jamais
au-delà du désespoir

Visages à l’expression
décidée et hautaine

Visages qui rayonnent
une douce lumière
et dont on garde la nostalgie

*

Visages compassés
façonnés par les conventions

Visages qui consentent
au regard qui les pénètre

Visages las impavides
revenus de tout

Visages d’enfants
d’une grâce infinie

Visages concentrés
à l’écoute
du murmure intérieur

Visages dont la beauté
émerveille

Visages qui vous ouvrent
vous dilatent
vous aimantent

Visages visages visages

Une des grandes et inépuisables
richesses de la vie

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Il fait froid (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021



Illustration: Fabienne Contat
    

Il fait froid

L’hiver blanchit le dur chemin
Tes jours aux méchants sont en proie.
La bise mord ta douce main ;
La haine souffle sur ta joie.

La neige emplit le noir sillon.
La lumière est diminuée…
Ferme ta porte à l’aquilon !
Ferme ta vitre à la nuée !

Et puis laisse ton coeur ouvert !
Le coeur, c’est la sainte fenêtre.
Le soleil de brume est couvert ;
Mais Dieu va rayonner peut-être !

Doute du bonheur, fruit mortel ;
Doute de l’homme plein d’envie ;
Doute du prêtre et de l’autel ;
Mais crois à l’amour, ô ma vie !

Crois à l’amour, toujours entier,
Toujours brillant sous tous les voiles !
A l’amour, tison du foyer !
A l’amour, rayon des étoiles !

Aime, et ne désespère pas.
Dans ton âme, où parfois je passe,
Où mes vers chuchotent tout bas,
Laisse chaque chose à sa place.

La fidélité sans ennui,
La paix des vertus élevées,
Et l’indulgence pour autrui,
Eponge des fautes lavées.

Dans ta pensée où tout est beau,
Que rien ne tombe ou ne recule.
Fais de ton amour ton flambeau.
On s’éclaire de ce qui brûle.

A ces démons d’inimitié
Oppose ta douceur sereine,
Et reverse leur en pitié
Tout ce qu’ils t’ont vomi de haine.

La haine, c’est l’hiver du coeur.
Plains-les ! mais garde ton courage.
Garde ton sourire vainqueur ;
Bel arc-en-ciel, sors de l’orage !

Garde ton amour éternel.
L’hiver, l’astre éteint-il sa flamme ?
Dieu ne retire rien du ciel ;
Ne retire rien de ton âme !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Aux arbres (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021




    

Aux arbres

Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
Vous me connaissez, vous! – vous m’avez vu souvent,
Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.
La contemplation m’emplit le coeur d’amour.
Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,
Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
Et du même regard poursuivre en même temps,
Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,
L’étude d’un atome et l’étude du monde.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel! –
J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,
Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère!

Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,
Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!
Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
Forêt! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,
C’est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m’endormirai.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Veni, vidi, vixi (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2021



Illustration: Désiré François Laugée
    
Veni, vidi, vixi

J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs
Je marche, sans trouver de bras qui me secourent,
Puisque je ris à peine aux enfants qui m’entourent,
Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs ;

Puisqu’au printemps, quand Dieu met la nature en fête,
J’assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour ;
Puisque je suis à l’heure où l’homme fuit le jour,
Hélas ! et sent de tout la tristesse secrète ;

Puisque l’espoir serein dans mon âme est vaincu ;
Puisqu’en cette saison des parfums et des roses,
Ô ma fille ! j’aspire à l’ombre où tu reposes,
Puisque mon coeur est mort, j’ai bien assez vécu.

Je n’ai pas refusé ma tâche sur la terre.
Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici.
J’ai vécu souriant, toujours plus adouci,
Debout, mais incliné du côté du mystère.

J’ai fait ce que j’ai pu ; j’ai servi, j’ai veillé,
Et j’ai vu bien souvent qu’on riait de ma peine.
Je me suis étonné d’être un objet de haine,
Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaillé.

Dans ce bagne terrestre où ne s’ouvre aucune aile,
Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains,
Morne, épuisé, raillé par les forçats humains,
J’ai porté mon chaînon de la chaîne éternelle.

Maintenant, mon regard ne s’ouvre qu’à demi ;
Je ne me tourne plus même quand on me nomme ;
Je suis plein de stupeur et d’ennui, comme un homme
Qui se lève avant l’aube et qui n’a pas dormi.

Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse,
Répondre à l’envieux dont la bouche me nuit.
Ô Seigneur, ! ouvrez-moi les portes de la nuit,
Afin que je m’en aille et que je disparaisse !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Dilemme (Lous and the Yakuza)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2020



Lous and the Yakuza   
    
Dilemme

Ô plus j’ai la haine
Ô plus ils me font de la peine
Ce n’est pas un drame
Si je ne fais plus la fête (fais plus la fête)
Lous, es-tu sereine
Ou fais-tu juste la guerre?
La vie est une chienne qu’il faut tenir en laisse

Vivre me hante
Tout ce qui m’entoure m’a rendu méchante
Si je rate, je recommence
Quand je suis triste, je chante
Ne jamais tout donner de moi
Dans ce monde c’est le diable qui est roi
Elles me disent que j’ai la poisse
« Blague à part » devient « Lous à part »

Seule, seule, seule

Si je pouvais je vivrais seule
Loin des problèmes et des dilemmes
Na na na na na
Si je pouvais je vivrais seule
Loin de mes chaines et des gens que j’aime
Na na na na

Si je pouvais je vivrais seule
Loin des problèmes et des dilemmes
Na na na na na
Si je pouvais je vivrais seule…

(Lous and the Yakuza)
  

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DERNIER CHANT (Miguel Hernández)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2020



Illustration: Siegfried Reich
    
Poem in French, Dutch, Spanish, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Kurdish, Bangla, Irish, Gurajati, Serbian

Poem of the week Ithaca 658
« LAST SONG » Miguel Hernández, Spain
(Orihuela 1910 – Alicante 1942)

from “Flores detelarañas – Spinragbloemen”, POINT Editions 1993

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

DERNIER CHANT

Peinte, non dépouillée:
ma maison est peinte
de la couleur des grandes
passions et de l’adversité.

Elle reviendra de la vallée de larmes
où on l’a menée
avec sa table abandonnée,
et son lit délabré.

Sur les coussins fleuriront
les baisers.

Et le drap tordra
sa liane nocturne
autour des corps.

La haine
s’apaisera derrière la fenêtre.

La griffe s’adoucira.

Laissez-moi l’espoir.

Traduction Elisabeth Gerlache
Translation into French by Elisabeth Gerlache

(Miguel Hernández)

***

LAATSTE LIED

Geschilderd, niet leeg:
mijn huis is geschilderd
met de kleur van grote
passies en tegenspoed.

Het zal terugkeren uit het tranendal
waarheen het werd gevoerd

met zijn verlaten tafel,

met zijn vervallen bed.

De kussen zullen
op de kussens bloeien.
En het laken
zal haar intens geurende,
nachtelijke winde rond
de lichamen wentelen.

De haat
zal achter het raam bedaren.

De klauw zal zachtaardig worden.

Laat mij de hoop.

Vertaling Germain Droogenbroodt
Translation into Dutch by Germain Droogenbroodt

***

CANCIÓN ÚLTIMA

pintada, no vacía:
pintada está mi casa
del color de las grandes
pasiones y desgracias.

Regresará del llanto
adonde fue llevada
con su desierta mesa
con su ruidosa cama.

Florecerán los besos
sobre las almohadas.
Y en torno de los cuerpos
elevará la sábana
su intensa enredadera
nocturna, perfumada.

El odio se amortigua
detrás de la ventana.

Será la garra suave.

Dejadme la esperanza.

Miguel Hernández (de “El hombre acecha”)

***

LAST SONG

Painted, not empty
my house is painted
with the color of great
passions and misfortunes.

It will return from the wailing place
where it was carried
with its deserted table,
with its noisy

Kisses will flower
on the pillows.
And wrapped around the bodies
the sheet will elevate
its urgent creeper
nocturnal, perfumed.

Hatred will be softened,
behind the window.

The claw will be gentled.

Grant me the hope.

Translation into English by Stanley Barkan

***

CANZONE ULTIMA

Dipinta, non vuota:
dipinta è la mia casa
con il colore delle grandi
passioni e disgrazie.

Ritornerà dal pianto
dove è stata confinata
con il suo tavolo deserto,
con il suo letto in rovina.

Fioriranno i baci
sui cuscini.

e avvolto intorno ai corpi
innalzerà il lenzuolo
la sua densa edera
notturna, profumata.

L’odio si placa
dietro la finestra.

Sarà dolce l’artiglio.

Lasciatemi la speranza.

Traduzione di Luca Benassi
Translation into Italian by Luca Benassi

***

LETZTES LIED

Bemalt, nicht leer:
bemalt ist mein Haus
mit der Farbe großer
Leidenschaften und Missgeschicke.

Es wird zurückkommen vom Jammer
wohin es gebracht wurde
mit seinem verwaisten Tisch
mit seinem lärmenden Bett.

Küsse werden
auf den Kissen blühen.

Und um die Körper
wird das Betttuch
seine betörend duftende
nächtliche Schlingpflanze erheben

Der Hass wird sich mildern
hinter dem Fenster .

Sanft wird die Pranke sein.

Lass mir die Hoffnung.

Übersetzung Wolfgang Klinck
Translation into German by Wolfgang Klinck

***

ÚLTIMA CANÇÃO

Pintada, não vazia:
pintada está minha casa
com as cores das grandes
paixões e das desgraças.

Regressará do pranto
para onde foi levada
com sua deserta mesa
com sua ruidosa cama.

Florescerão os beijos
em cima de almofadas.

E em volta dos corpos
levantará o lençol
sua intensa trepadeira
noturna, perfumada.

O tédio amortecido
por trás dessa janela.

Será sua unha suave.

Deixando-me a esperança.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia
Translation into Portuguese by José Eduardo Degrazia

***

ULTIMMA CANZUNI

Pittata, non vacanti
Pittata è la me casa
dî culuri di li granni
passioni e disgrazzii.

Ritornirà di lu chiantu
unni fu purtata
cu la so tavula diserta,
cu lu so scrusciusu lettu.

Li baci ciurirannu
supra di li chiumazzi.
E attornu di li corpi
lu linzolu jsarà
lu so ntenzu, notturnu,
e profumatu rampicanti

L’odiu si smorza
darreri a la finestra
La so granfa sarà duci.

Lassatimi la spiranza.

Traduzioni in Sicilianu di Gaetano Cipolla
Translation into Sicilian by Gaetano Cipolla

***

ULTIMA CÂNTARE

spoită, nu golită:
spoită-i casa mea
în tonul marilor
pasiuni și suferințe.

Va reveni din plânset
pe unde a fost purtată
cu masa ei stingheră
cu patul zgomotos.

Vor înflori săruturi
pe perne.
Și-ncolăcit pe trupuri
cearșaful răspândi-va
amețitoarea-i boare
de iederă în noapte

Ura se va îmblânzi
în spatele ferestrei.

Va fi o gheară blândă.

Lăsați-mi doar speranța.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translation into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

OSTATNIA PIEŚŃ

Malowany, bez pustki
malowany jest mój dom
barwami wielkich
pasji i przeciwności losu.

Powróci z miejsca lamentu
dokąd go zaniosą
z opróżnionym stołem,
z czyniącym hałas łóżkiem.
Pocałunki rozkwitną
na poduszkach,
a wokół ciał
uniesie prześcieradło
silne nocne pnącze
rozsiewające woń.

Nienawiść się wytłumia
z drugiej strony okna.

To będzie łagodny pazur.

Pozostaw mi nadzieję.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień
Translation into Polish by Miroslaw Grudzień

***

ΤΕΛΕΥΤΑΙΟ ΤΡΑΓΟΥΔΙ

Βαμμένο, όχι άχρωο
το σπίτι μου βάφτηκε
με το χρώματα εξαίσιου πάθους
και κακομοιριάς.

Θα επιστρέψει απ’ των δακρύων τον τόπο
που το είχαν μεταφέρει
με το άδειο του τραπέζι και
τοέρημοκρεβάτιτου
φιλιά θ’ ανθίσουν στα μαξιλάρια
και θα τυλίξουν τα κορμιά
τα σεντόνια θα εντείνουν
το νυχτερινό τους άρωμα

Το μίσος θα ξαχαστεί πίσω
απ’ το παράθυρο

τα νύχια θα λειανθούν

πιστεύω στην ελπίδα

ΜετάφρασηΜανώληΑλυγιζάκη
Translation into Greek by Manolis Aligizakis

***

最后的歌

涂绘过,不会空白:
我的房舍用
伟大激情和不幸
的色彩描绘
它会从泪水的深处
返回,在那里它和它的
废弃桌子,和它的被毁
的床一起被抬走。
亲吻会开花
在枕头上。
而包裹着身体的
这被单会提升
它的巨大攀登者
夜间活动的,芳香的。
仇恨会缓和
于这窗外。
爪子会变软的。
准予我希望吧。

英译:比利时杰曼·卓根布鲁特
汉译:中国周道模 2020-11-12
Translation into Chinese by William Zhou

***

الأغنية الأخيرة

أقطن منزلا صنعته
ريشة رسام، لا العدم
وزينته ألوان العواطف المتقدة لا الحظوظ السيئة.
وسيؤوب من جدار النواح
هناك حيث نقلت اللوحة.
مع مائدتها المهجورة،
وسريرها المحطم.
هناك حيث تزهر القبلات
على الوسائد.
وتدثر حول الأجسام
فترفع الألواح
ما ينبت في الأرض بسرعة
لتعبق عطرا كل ليلة.
ستتوارى الكراهية خلف النافذة
وتستحيل المخالب ناعمة.
لأحظى بالأمل.

Translation into Arab by Sarah Slim

***

अंतिम गीत

चित्रित, शून्य नहीं:
मेरा घर रंगा हुआ है
महान के रंग के साथ
जुनून और दुर्भाग्य।
यह घूमते हुए स्थान से वापस आ जाएगी
इसे कहां ले जाया गया
इसकी सुनसान मेज के साथ,
अपने खाली बिस्तर के साथ।
इच्छा फूल चुंबन
तकिए पर l
और शवों के चारों ओर लिपटा हुआ
चादर ऊँचा होगा
इसकी तत्काल लता
रात्रिचर, सुगंधित।
घृणा को परिशोधित किया जाएगा
खिड़की के पीछे।
पंजे की चपेट में आ जाएंगे।

मुझे आशा व्यक्त करो।

Translation into Hindi by Jyotirmaya Thakur

***

最後の歌

無ではなく、描かれている
わたしの家は描かれている
大きな情熱と不幸で彩色されて

それは悲嘆の場所から戻るだろう
打ち捨てられたテーブルと
使われなくなったベッドを運ばれたところから

口づけは枕の上に花を散りばめる
そして身体を包んだシーツは
急いで這う昆虫を上に追いやる
夜行性の、香りを放つ昆虫を

憎しみは窓の後ろで分割される
鋭い爪は馴らされる

わたしに希望を与えたまえ

Translation into Japanese by Manabu Kitawaki

***

آخرین ترانه

نقاشی شده، نه تهی:
نقاشی شده خانه من
با رنگ های سرشار
از شهوت و شوربختی.
بازگشت به دامان اشک
به همانجایی می رسد
به میز خالیشان،
به تخت پر سر و صدایشان.
شکوفه می دهند بوسه ها
به روی بالش ها.
و ملافه پیچیده
به دور بدن ها،
بر ساقه خواهد پیچید
با عطر شب.
خفقان گرفته، نفرت
در پشت پنجره رنگ می بازد.
پنجه ها آرام خواهند گرفت.
این امید را به من بده.

ترجمه: سپیده زمانی
Translation into Farsi by Sepideh Zamani

***

ПОСЛЕДНА ПЕСЕН

Боядисана, а не празна –
моята къща е боядисана
с цвета на велики
страсти и нещастия.

Тя ще се завърне от ридаещото място,
където беше занесена
със своята изоставена маса,
със своето самотно легло.

Целувки ще цъфтят
по възглавниците.
И увит около телата
чаршафът ще издигне
своите спешни лиани,
нощни, парфюмирани.

Омразата зад прозореца
ще бъде разрушена.

Нокътът ще бъде разнежен.

Подари ми надежда.

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian by Ivan Hristov

***

LOKASÖNGUR

Málað, ekki tómt:
húsið mitt er málað
ílitummikilla
ástríðnaogólána.

Þaðmunsnúaafturfrávolaðastaðnum
semþað var flutt á
meðsittauðaborð,
ogsitttómarúm.
Kossar munu blómstra
á koddunum.
Og vafið um líkamana
mun lakið hefja upp
sína áköfu skriðjurt
um nótt, ilmandi.

Hatrið verður greitt niður
handan gluggans.

Klærnar verða blíðar.

Leyfið mér að vona.

Translation into Icelandic by Þór Stefánsson

***

ПОСЛЕДНЯЯПЕСНЯ

Покрашенисовсем непуст:
мойдомпокрашен
вцвет огромной страсти
и несчастья.

Онвосстанет из плача,
куда ушел однажды
с пустым столом
и опрокинутой кроватью.
Поцелуизацветут
на подушках.
И простыня
обовьетсявокругнашихтел
ночной пахучей лианой.

Ненависть
останется за окном.
Когти втянутся.

Оставь мне надежду.

Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

HULING AWIT

Pinturado, hindi bakante:
ang bahay ko ay may pintura
may kulay ng dakilang
mga kinahiligan at kasawian.

Magbabalik ito mula sa mga tumataghoy na mga lugar

kung saan binuhat ito
kasama ang walang lamang lamesa,
kasama pati ang nabakanteng kama.
Mamumulaklak ng halik
sa mga unan.

At nakapulupot sa mga katawan

itataas ng sapin
ang kagyat na gumagapang na
halimuyak ng pabango sa gabi.
Ang pagkamuhi ay mapapawi
sa likod ng bintana.
Magiliw ang mga kuko.
Pagkakalooban ako ng pag-asa.

Translation into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

זֶמֶר אחרון / מיגואל הרננדז

צָבוּעַ, לֹארֵיק:
בֵּיתִיצָבוּעַ
בְּצֶבַעשֶׁלתַּאֲווֹת
עֲצוּמוֹתוְאֻמְלָלֻיּוֹת.

יָשׁוּבמִמְּקוֹםהַקִּינוֹת
שָׁםנָשְׂאוּאוֹתוֹ
עִםשֻׁלְחָנוֹהַנָּטוּשׁ,
עִםמִטָּתוֹהַמְּרֻקֶּנֶת.

נְשִׁיקוֹתיִפְרְחוּ
עַלהַכָּרִיּוֹת.
וּמִסָּבִיבלַגּוּפוֹת
יָרִיםהַסָּדִין
אֶתהַגֶּפֶןהָעַזָּה
לֵילִית, מְבֻשֶּׂמֶת.

הַשִּׂנְאָהעֲמוּמָה
מֵאֲחוֹרֵיהַחַלּוֹן.

הַטֹּפֶריִהְיֶהרַךְ.

הַשְׁאִירוּלִיתִּקְוָה.

תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translation into Hebrew by Dorit Weisman

***

கடைசிப் பாடல்

வர்ணம் அடித்தாயிற்று,வெறுமை அல்ல
எனது வீடு வர்ணம் அடிக்கப்பட்டுள்ளது
அருமையான உணர்ச்சிகளோடு
துரதிருஷ்டங்களோடும் :
எடுத்துச்செல்லப்பட்ட இடத்திலிருந்து
கைவிடப்பட்ட மேசையோடு
காலிசெய்யப்பட்ட படுக்கையினின்று
அழுகை இடத்திலிருந்து திரும்பிவரும்.
தலையணைன்மீது
முத்தங்கள் மலரும்!
உடலைச் சுற்றியுள்ள
விரிப்பு மேலே எழும்
அதன் அவசர படர்கொடி
இரவிற்குரிய நருமணத்தோடு
சாளரத்திற்குப் பின்னால்
வெறுப்பு அமைதிபெறும்
கூர்மையான நகங்கள் மிருதுவாகும்
நம்பிக்கையைத்தாருங்கள்!

ஆக்கம்

Translation into Tamil by N V Subbaraman

***

STIRANA DAWIYÊ

Hatiye resmkirin, ne vala ye:
mala min hatiye resmkirin
bi rengê meraqên
mezintir û bêbextiyan.

Wê vegere ji keseran
li ew dera biribûn wir
li maseya xwe yî sêwî
li nivîna xwe yî şikestî.

Maç wê
li ser balgî geşbibin.

Û li dor govde
wê desmala li ser nivînê
bi bîhna xwe yî cadûyî rewzên
şevînî yen lihevgeryayî berzbibin.

Kîn wê nermbibe
li paş pencerê.

Neperûşk wê dilovan be.

Hêviyê ji min re bihêle.

Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

শেষেরগান

চিত্রিত,কিন্তু নয়শূন্য:
আমারঘরটি রঞ্জিত
অসাধারনরংদিয়ে
আবেগআরদুর্ভাগ্যের এটিপ্রত্যাবর্তনকরবেশোকেরজায়গাথেকে ।
যেখানেএটিঘটেছিলো
তারএকাকীটেবিলসহ
শূন্য তারবিছানানিয়ে,
চুম্বনহবেপ্রস্ফুটিত ।
বালিশেরউপরে
আরমৃতদেহগুলিআবৃতকরেরাখা
চাদরগুলি উদিতকরবে ।
এরজরুরীলতাগুল্ম
যারানিশাচরসুগন্ধযুক্ত
ঘৃণাহবেঅনুশীলিত ।
জানালারপিছনে
নখগুলিকেকোমলকরেদেওয়াহবে ।
আমাকেএকটু।
আশাদানকরুন ।

Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

AN TAMHRÁN DEIREANACH

Ní aoldaite, ach ildaite atá sé:
ar dhath an teasghrá
is na tubaiste
a phéinteáil mé mo theach.

Fillfidh sé ón olagón
ón áit ar iompraíodh é,
lena bhord ocrach
is a leaba thréigthe.

Fásfaidh bláthanna
ar na piliúir.

Agus crochta timpeall na gcorp
éireoidh an taibhse
sna braillíní oíche
le boladh túise uaithi.

Ní chluinfear an ghráin
Ná scríob shéimh an bháis

Taobh thiar den fhuinneog.

Tabhair dúinn misneach.

Translation into Irish by Rua Breathnach

***

અંતિમ ગાન

ચીતરેલું, નહિ કે ખાલી:
મારું ઘર ચીતરેલું છે
ઊર્મિઉછાળ અને દુર્ભાગ્યના રંગોથી
તે રુદનસ્થળથી પાછું આવશે
જ્યાં લઈ જવાયેલું તેને
ત્યજાયેલી મેજ અને
ખાલીખમ ખાટલા સાથે.
તકિયા પર મહોરશે ચુંબનો
કાયાને વિંટળાતી ચાદર પરથી
ઉપર ઊઠશે રાતરાણીની વેલ

ધિક્કાર હપ્તે હપ્તે ધકેલાશે
બારીબહાર
નહોર કૂણા થતા જશે
મને આપો એવી આશા

-મિગ્યુએલ હર્નાન્ડેઝ, સ્પેન (૧૯૧૦-૧૯૪૨), અનુવાદ: ઉદયન
Translation into Gujarati by Udayan Thakkar

***

ZADNJA PESMA

Ofarbana, nijenepostojeća:
mojakućajeobojena
bojomvelikih
patnji i nesreća.

Vratiće se sa mesta naricanja
gde je bila odnešena
sa napuštenim stolom,
sa ispražnjenim krevetom.

Poljupci će cvetati
na jastucima.
Zavijen oko tela čaršav će odići
njegovan puzavica
noćna, namirisana.

Mržnja će biti odbačena
iza prozora.

Kandže će biti nežnije.
Usliši moju nadu.

Na srpski prevela S. Piksiades
Translation into Serbian by S. Piksiades

(Miguel Hernández)

 

Recueil: ITHACA 658
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Je crois qu’il faut avancer (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



je crois
qu’il faut avancer
dans sa propre obscurité
pour y voir clair

que le frémissement
ne peut jamais surgir
là où sont la honte
la haine
la peur

(Zéno Bianu)


Illustration

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