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Poésie

Posts Tagged ‘haine’

Empédocle (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018




    
Le vivace aujourd’hui,
le vorace autrefois ont laissé des traces de leur combat
au bord du vide, où pousse une fleur bleue
juste à côté des sandales d’Empédocle. Philosophe
au front brûlant, purificateur isolant l’amour
et le poison dont la haine a besoin
pour séparer les éléments,
je pense à toi quand j’ai la fièvre et des visions.

Icare au bord du gouffre, en proie
au vertige au-dessus du volcan, attiré
par un soleil bas qui brûle même en hiver,
ton envol à l’envers me donne encore des frissons.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Traduction:
Editions: Le bruit du temps
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IL PLEUT (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018



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IL PLEUT

Oui, il pleut comme jamais je n’ai vu…
Et cette lourde clarine assoupie,
Comme elle sonne en la grange pourrie !
Comme elle sonne en mon coeur qui s’est tu !

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Et pour le cerveau quel agacement !
Jour primitif plein de boue et rigoles !
Une pauvre voisine, à demi folle,
Hurle contre la pluie en ricanant…

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Oui, il pleut… Et cela sonne humblement
Comme tout ce qui est amour et haine…
Non loin un enfant, près d’une fontaine,
Joue à l’harmonica, très tristement.

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Que de vains contes disent les clarines !
Quel monde vide de tout rêve ! Rien !
… Comment lors ne pas pleurer tel un chien,
Oui, comment ne pas mourir fou, pardine !

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

(George Bacovia)

 Illustration

 

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PARTOUT ON TUE (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018



 

PARTOUT ON TUE

A quoi servirait-il de fuir ?
Partout on tue, on incarcère.
Le monde est lassé à mourir
De tant de haines et de guerres.

Et l’on a beau scruter le ciel,
Chercher derrière les nuages
Une lueur providentielle,
Rien que la nuit, que les orages.

Et l’on a beau vouloir parler
A cœur franc de ce qui nous hante.
La crainte nous serre le ventre,
Et personne n’ose parler.

Et l’on a beau vouloir crier
Qu’on a les pieds, les mains liés.
Comme personne ici ne crie,
On se tait par humilité.

(Maurice Carême)

Illustration: David Olère

 

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Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous (André Mage de Fiefmelin)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous,
Où la guerre, la paix, l’amour, la haine, l’ire,
La liesse, l’ennui, le plaisir, le martyre
Se suivent tour à tour et se jouent de nous.

Ce Monde est un théâtre où nous nous jouons tous
Sous habits déguisés à malfaire et médire.
L’un commande en tyran, l’autre, humble, au joug soupire ;
L’un est bas, l’autre haut, l’un jugé, l’autre absous.

Qui s’éplore, qui vit, qui joue, qui se peine,
Qui surveille, qui dort, qui danse, qui se gêne
Voyant le riche soûl et le pauvre jeûnant.

Bref, ce n’est qu’une farce, ou simple comédie
Dont, la fin des joueurs la Parque couronnant,
Change la catastrophe en triste tragédie.

(André Mage de Fiefmelin)

 

 

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Quelqu’un est en train de mourir (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: Christian Lepère
    
Tandis que tu fais une chose ou l’autre,
quelqu’un est en train de mourir.

Tandis que tu brosses tes souliers,
tandis que tu cèdes à la haine,
tandis que tu écris une lettre prolixe
à ton amour unique ou non unique.

Et même si tu pouvais parvenir à ne rien faire,
quelqu’un serait en train de mourir,
essayant en vain de rassembler tous les coins,
essayant en vain de ne pas regarder fixement le mur.

Et même si tu étais en train de mourir,
quelqu’un de plus serait en train de mourir,
en dépit de ton désir légitime
de mourir un bref instant en exclusivité.

C’est pourquoi, si l’on t’interroge sur le monde,
répond simplement : quelqu’un est en train de mourir.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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T’en souviens-tu, Sarah ? (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



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T’en souviens-tu, Sarah ?
La mort s’est abattue sur toi et sur les hommes.
Plus pressée que d’habitude. Cette mort-là n’est pas celle que nos sages
nous ont appris à respecter et à aimer.
Mort engendrée par la haine.

T’en souviens-tu, Sarah ?
En ce temps-là – temps de misère et de guerre – des millions d’hommes étaient partis
en croisade contre le nez, la bouche ; contre le front et l’âme d’une fraction de leurs
semblables dont les poitrines se rétrécissaient, dont les paumes avaient glissé le long des hanches.

Sarah, t’en souviens-tu ?
En ce temps-là – ceci se passait à l’intérieur de la parole donnée, glorifiée, répandue –
l’adolescent avait vu père et mère pris au piège, devenir le centre foisonnant d’une rafle,
le fardeau d’une rose humiliée et disparaître avec son parfum…

En ce temps-là, en ce temps-là – Sarah, t’en souviens-tu ? –
le crachat du conquérant, dans la nuit, rivalisait d’éclat avec l’étoile étirée
et le monde voguait sans mât (…)

(Edmond Jabès)

 

 

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L’EXODE (Max Elskamp)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Francine Mayran-Hertzog l'_exode-80x100

L’EXODE

C’est la misère qu’on a eue,
C’est la peine qu’on a portée,

Ce sont des choses qu’on a tues,
Parce qu’on n’en pouvait parler,

C’est notre âme de réfugiés,
Frères, que nous avons vécue,

Toute de haine et de rancune,
Toute d’amour et de pitié,

Pendant les jours dont l’amertume,
Au fond du coeur nous est restée,

Frères, encore vous souvient-il,
Frères des mains, frères des pieds,

Lorsque toutes brûlaient nos villes,
Et qu’on partait, et qu’on marchait,

Frères d’exode sur la route,
Où pieds saignants, yeux révulsés,

Bouche amère et clamant ses doutes,
Sous le ciel nous avons passé,

Frères, encore vous souvient-il,
Frères, de l’exode et l’exil?

Choses du ciel et de la mer,
Lointaines vers où nous marchions,

Choses dont nous avons souffert,
Pays de trafic et marchand,

Choses des hommes et du temps,
Villes d’exil, villes amères,

Frères, encore vous souvient-il,
-Nous avons eu froid si souvent –

Frères des blancs hivers hostiles
En ce pays de tant de vent?

Toits de toile, vie transparente,
Dans un rond et nous alentour,

Nous avons dormi sous des tentes
Durant des nuits, durant des jours,

D’hiver et d’été longs d’attente,
Nous avons vécu sans amour,

Et yeux au loin, pensée absente,
-Frères, nos coeurs étaient si lourds-

De nos rancoeurs faisant le compte,
Frères, vous souvient-il toujours?

(Max Elskamp)

Illustration: Francine Mayran-Hertzog

 

 

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PARODIE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



PARODIE

Se parodiant de siècle en siècle
L’homme oscille
Entre crimes et beauté

Saccageant chaque lueur
Il échafaude des pièges
S’enlise dans la haine
S’aveugle d’obscurités

D’autres fois
Sa parole se partage
Son regard accueille

Son souffle le mène
Jusqu’à l’audace d’aimer.

(Andrée Chedid)


Illustration

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Tantôt je suis la hache et tantôt je suis l’arbre (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



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Tantôt je suis la hache et tantôt je suis l’arbre
— ici, bourreau cruel, et là, tremblante victime;
mais toujours me remplit la même sombre haine.
Oh ! Dieu, n’être ni la hache ni l’arbre
— mais la blessure aux lèvres fraîches
et que partage un double amour égal !

(Luc Decaunes)

Illustration: Rockwell Kent

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Amour (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018




Amour

Sur ma palette, j’ai dessiné l’arc-en-ciel de l’amour,
L’amour sur tous ses tons.
Ah! L’amour…
Il y a:
L’amour-passion
Qui renie toute raison,
L’amour-tendresse
Qui console des tristesses…
L’amour-toujours,
On ne se quitte pas un jour…
L’amour déchaîné
L’amour éperdu
L’amour enchaîné
L’amour-prison…
L’amour-isolation…
L’amour-amitié
L’amour-bonté
L’amour-pitié…
L’amour-habitude,
L’amour-solitude
L’amour -platitude
L’amour platonique
L’amour-tromperie,
L’amour-duperie,
L’amour-gâterie
L’amour-haine
L’amour aberration,
L’amour-malédiction,
L’amour funeste…
L’amour-ennui
L’amour d’une nuit…
L’amour-idolâtrie,
L’amour-divagation,
L’amour-dévastation…
L’amour-papillon…
L’amour concertation
L’amour-complicité
L’amour secret…
L’amour ardent,
L’amour éclatant,
L’amour absolu :
L’amour céleste…
L’amour-consolation…
L’amour heureux
L’amour malheureux…

ET toi ?
Dis-moi qui tu es…

(Mireille Gaglio)

Illustration

 

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