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Poésie

Posts Tagged ‘haleter’

Nocturne (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019



Nocturne

Je songe au vieux Soleil un jour agonisant,
Je halète, j’ai peur, pressant du doigt ma tempe,

En face, pourtant trois jeunes filles, causant,
Brodent à la clarté paisible de la lampe.

(Jules Laforgue)


Illustration

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Enfin je t’ai roulé, opiniâtre rocher, dans l’abîme (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Gurbuz Dogan Eksioglu  (38)

Enfin je t’ai roulé, opiniâtre rocher,
dans l’abîme.
— Temps,
(perdu ?), pierre, de mon oeuvre pure,
pour vaincre ta laideur grossière ! —

Maintenant, debout, haletant encore,
sur la plaine à nouveau. Là-haut, le ciel
du couchant pacifique, comme une eau de rose,
d’où j’ai rejailli, pur,
le front perlé d’étoiles pâles.

Et entre la poitrine et les bras douloureux,
la sensation divine d’une rose géante,
qui fut — mais quand ? — de pierre.

***

Ya te rodé, canto obstinado,
en el abismo.
— iTiempo
¿perdido?, piedra, de mi obra pura,
para vencer tu fealdad grosera!—

Ahora, de pie, jadeante aún,
otra vez en lo todo llano. Arriba, el cielo
del ocaso pacífico, como un agua rosada,
de donde me he salido, puro,
sudando estrellas pálidas.

Yentre el pecho y los brazos doloridos,
la sensación divina de una jigante rosa,
que fue — ¿cuándo? — de piedra.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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Dans la terre torride… (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



 

Diego Dayer blanc

Dans la terre torride, une plante exotique
Penchante, résignée : éclos hors de saison
Deux boutons fléchissaient, d’un air grave et mystique ;
La sève n’était plus pour elle qu’un poison.

Et je sentais pourtant de la fleur accablée
S’évaporer l’effluve âcre d’un parfum lourd,
Mes artères battaient, ma poitrine troublée
Haletait, mon regard se voilait, j’étais sourd.

Dans la chambre, autre fleur, une femme très pâle,
Les mains lasses, la tête appuyée aux coussins :
Elle s’abandonnait : un insensible râle
Soulevait tristement la langueur de ses seins.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Diego Dayer

 

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À SEXTE (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



    

À SEXTE
Je suis à toi. Sauve-moi.
Ps. 118-94. (Office de Sexte.)

Hélas ! hélas ! je suis dans le trouble verger
Où les fleurs et les fruits m’entourent de danger.
Les oiseaux sont muets, les arbres n’ont pas d’ombre,
Des crapauds haletants se collent au puits sombre.

Je tourne dans le cercle enflammé des iris.
Hélas ! dans le soleil ma chair brûle et les lis
De leur bouquet pesant d’essences déréglées
Me provoquent sans fin tout le long des allées.

Sans fin à chaque bord des sentiers continus
Des oeillets jaillissants agacent mes pieds nus
Et les roses d’hier trop vite épanouies
Se renversent pâmant sur mes mains éblouies.

Et ce jardin d’embûche où je vais sans secours
Est plein de vigne folle et de cerisiers lourds,
De seringas ardents d’où s’échappent des fièvres
Et de framboises aussi douces que des lèvres.

Et je voudrais manger à la branche qui pend,
À pleine bouche ainsi qu’un animal gourmand,
Les cerises, sang mûr, d’une avide sucée,
Ivre et de vermillon la face éclaboussée ;

Je voudrais arracher aux rosiers palpitants,
Comme on plume un oiseau sans y mettre le temps,
À pleine main leurs pétales et, la main pleine,
Les écraser sur ma poitrine hors d’haleine ;

Je voudrais me rouler sur la terre au sein chaud,
Les yeux brouillés d’azur éclatant, vaste, haut ;
Je voudrais… qui m’allume ainsi qu’une fournaise ?…
Des femmes au cou nu s’en vont cueillir la fraise…

Alarme ! éveille-toi, pauvre moine engourdi !
C’est le vieux guet-apens du démon de Midi.
Fuis sans rouvrir les yeux, fuis, piétine la vie
Qui voudrait être et ne doit pas être assouvie.

Fuis ! Mais où fuir ? Où donc ? Où ? J’ai les pieds trop las.
Où donc ?… La mauvaise herbe est haute sous mes pas,
Derrière et devant moi partout la Bête rôde
Sous les fleurs, sur le ciel, dans la broussaille chaude,

Et je sens, comme un fruit où chemine le ver,
Un serpent doux et chaud qui me suce la chair
Et chaque battement de mon coeur me torture…
Par où t’échapperai je, ô maudite Nature ?

Quelle verge d’épine ou quels charbons ardents
Me guérira du mal dont je grince les dents ?
Quel fouet aux noeuds de plomb, quelle source glacée
Me guérira du mal que j’ai dans la pensée ?

Faut-il me laisser choir à mon dam entraîné,
Comme un oiseau par un reptile fasciné
Ou me débattre encor bien qu’à bout de courage ?…
Mais Seigneur, c’est à Vous de faire votre ouvrage.

Je suis votre brebis, Vous êtes mon berger.
Comme un agneau perdu me laisserez-vous manger ?
À l’aide ! Poursuivez ce loup qui me menace,
Courez et jetez-lui des pierres à la face ;

Car si vous me laissiez périr à l’abandon,
Ce Vous serait, Seigneur, un bien piteux renom
De mauvais pâtre et pour le soin de votre gloire
À personne, ô mon Dieu, ne le donnez à croire.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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La poésie meurt. L’époque est muette… (Mihály Babits)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



La poésie meurt. Nos mains trop hardies
Ont déchiré le cœur de violon
De cette enfant frêle et l’ont tourmenté
Pour en tirer des sons trop violents;
Elle ne peut plus que geindre, aujourd’hui,
Comme un moribond… Plus de rythme, dans
Son cri de douleur! Ni mots! Ni syllabes!
L’esprit clair, le cœur musical se taisent.
On n’entend que les poumons qui halètent,
La gorge qui crie, l’estomac qui rêve.
La poésie meurt. L’époque est muette…

(Mihály Babits)


Illustration

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La mi-août (Maria Tirenescu)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



 

ptit train

La mi-août –
le train halète
gravissant la montagne

(Maria Tirenescu)

Illustration

 

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Espère (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




Illustration: Valère Prosperi
    
Espère

Ainsi, j’avais en vain suivi d’un œil avide,
Mille rêves d’amour, de gloire et d’amitié :
Toujours ils avaient fui ; mon âme restait vide ;
Je me faisais pitié !

La douleur arrêtait ma course haletante,
Je renonçais au but avant qu’il fut atteint ;
Dans mon cœur, épuisé par une longue attente,
L’espoir semblait éteint.

Et je disais : mon Dieu, je mourrai solitaire !
Et je n’attendais plus de beaux jours sur la terre,
Quand soudain, à ta voix, mon cœur s’est rajeuni :
Cette voix m’a promis un avenir prospère :
Cette voix m’a jeté ce mot si doux : ESPERE !…
Que ton nom soit béni !

Tous les chastes désirs que mon âme renferme,
Tous ces purs sentiments étouffés dans leur germe,
De ton cri d’espérance, ont entendu l’appel :
Oh ! que ton amitié me guide et me soutienne,
Laisse-moi reposer mon âme sur la tienne :
L’amitié, c’est l’amour que l’on ressent au ciel !…

(Louise Colet)

 

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L’ÉTREINTE ÉPERDUE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018




    
L’ÉTREINTE ÉPERDUE

Aime-moi, non pas avec des sourires, des flûtes ou des fleurs tressées,
mais avec ton coeur et tes larmes, comme je t’aime avec ma poitrine et mes gémissements.

Quand tes seins s’alternent à mes seins, quand je sens ta vie contre ma vie, quand tes genoux se dressent derrière moi,
alors ma bouche haletante ne sait même plus joindre la tienne.

Étreins-moi comme je t’étreins ! Vois, la lampe vient de mourir, nous roulons dans la nuit;
mais je presse ton corps mouvant et j’entends ta plainte perpétuelle…

Gémis ! gémis ! gémis ! ô femme ! Éros nous traîne dans la douleur.
Tu souffrirais moins sur ce lit pour mettre un enfant au monde que pour accoucher de ton amour.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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DÉSIR DE FUSION DANS L’ÉTREINTE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018




    
DÉSIR DE FUSION DANS L’ÉTREINTE

En vain dans tes grands yeux quelque bûcher s’allume,
En vain de tes baisers le tourment me consume,
Mes lèvres sont meurtries, mais je veux davantage !

Pour arracher ta robe, un feu incendiaire
En vue des cieux profonds halète dans ta chair.
Et qu’y a-t-il encor? Mais je veux davantage.

Pareil au nourrisson que sa catin de mère
Pour qu’il morde le feu jette en la poudrière,
Voici mon сoeur, mon coeur si beau, fou de désir !

Ah! combien j’aimerais que nos corps s’unissant,
Le sang, le mien, le tien ne soient qu’un même sang,
Fleuves unis par l’ouragan qui va finir !

Double, notre âme unique alors s’envolerait,
Calme, vers l’infini; mais qui l’effacerait,
Juste pour un seul corps et que plus rien ne touche,

Rêve de tristes fleurs qui vont éclore ensemble,
tel un subtil parfum dans la brise qui tremble,
Lorsque s’apaise enfin la tourmente farouche.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Une rose rouge à ma main (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018




    
Une rose rouge à ma main
Si pure
chaque feuille brûle,
à l’instant c’est plein feu
en chacun de mes yeux, ma tête en feu.

Ô mat carmin
vin gelé qui
éclate soudain en flammes rouges
et sang couleur feu
chaleur des fontaines,
échappé des digues du coeur.

Je peux d’un regard prendre votre lumière,
je peux me coucher humblement, plume voletant,
haletant, haletant pour vous,
je peux me laver au fond des flaques,
je peux tout boire votre brillance
vos douces flammes.

Une rose rouge pour mon sommeil
voyez comme elle est sombre,
du sang dans mon sommeil
un rêve d’ambre,
sur une mer rouge rêvée, moi cap blanc.

Ô triste clapotis
et sombres chocs
autour de mon pied rêveur —
Ô fontaine de deuil,
rêve immobile de femme,
blanc éclatant et sombre comme la suie.

Je peux me rêver près de vous
je peux pleurer, à vos côtés,
vous si rouge dans mon âme —
vous volcan brûlant, â jamais furieux
où je suis tombé.

Mort, o mort,
sombre, sombre rouge figé,
viens, o viens.

Mes mains sont si chaudes —
mes yeux brûlent de fatigue
au fond de ma tête, je ne sais
plus rien, je suis si fatigué.

Des voix dans la rue,
vent et lumière céleste —
autour de moi des mots vides,
mon oreille cède.

1l ne reste rien en moi
que ce pauvre désir affamé —
Il est la depuis si longtemps, si longtemps,
Il ne veut plus partir.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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