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Poésie

Posts Tagged ‘haleter’

Espère (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




Illustration: Valère Prosperi
    
Espère

Ainsi, j’avais en vain suivi d’un œil avide,
Mille rêves d’amour, de gloire et d’amitié :
Toujours ils avaient fui ; mon âme restait vide ;
Je me faisais pitié !

La douleur arrêtait ma course haletante,
Je renonçais au but avant qu’il fut atteint ;
Dans mon cœur, épuisé par une longue attente,
L’espoir semblait éteint.

Et je disais : mon Dieu, je mourrai solitaire !
Et je n’attendais plus de beaux jours sur la terre,
Quand soudain, à ta voix, mon cœur s’est rajeuni :
Cette voix m’a promis un avenir prospère :
Cette voix m’a jeté ce mot si doux : ESPERE !…
Que ton nom soit béni !

Tous les chastes désirs que mon âme renferme,
Tous ces purs sentiments étouffés dans leur germe,
De ton cri d’espérance, ont entendu l’appel :
Oh ! que ton amitié me guide et me soutienne,
Laisse-moi reposer mon âme sur la tienne :
L’amitié, c’est l’amour que l’on ressent au ciel !…

(Louise Colet)

 

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L’ÉTREINTE ÉPERDUE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018




    
L’ÉTREINTE ÉPERDUE

Aime-moi, non pas avec des sourires, des flûtes ou des fleurs tressées,
mais avec ton coeur et tes larmes, comme je t’aime avec ma poitrine et mes gémissements.

Quand tes seins s’alternent à mes seins, quand je sens ta vie contre ma vie, quand tes genoux se dressent derrière moi,
alors ma bouche haletante ne sait même plus joindre la tienne.

Étreins-moi comme je t’étreins ! Vois, la lampe vient de mourir, nous roulons dans la nuit;
mais je presse ton corps mouvant et j’entends ta plainte perpétuelle…

Gémis ! gémis ! gémis ! ô femme ! Éros nous traîne dans la douleur.
Tu souffrirais moins sur ce lit pour mettre un enfant au monde que pour accoucher de ton amour.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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DÉSIR DE FUSION DANS L’ÉTREINTE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018




    
DÉSIR DE FUSION DANS L’ÉTREINTE

En vain dans tes grands yeux quelque bûcher s’allume,
En vain de tes baisers le tourment me consume,
Mes lèvres sont meurtries, mais je veux davantage !

Pour arracher ta robe, un feu incendiaire
En vue des cieux profonds halète dans ta chair.
Et qu’y a-t-il encor? Mais je veux davantage.

Pareil au nourrisson que sa catin de mère
Pour qu’il morde le feu jette en la poudrière,
Voici mon сoeur, mon coeur si beau, fou de désir !

Ah! combien j’aimerais que nos corps s’unissant,
Le sang, le mien, le tien ne soient qu’un même sang,
Fleuves unis par l’ouragan qui va finir !

Double, notre âme unique alors s’envolerait,
Calme, vers l’infini; mais qui l’effacerait,
Juste pour un seul corps et que plus rien ne touche,

Rêve de tristes fleurs qui vont éclore ensemble,
tel un subtil parfum dans la brise qui tremble,
Lorsque s’apaise enfin la tourmente farouche.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Une rose rouge à ma main (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018




    
Une rose rouge à ma main
Si pure
chaque feuille brûle,
à l’instant c’est plein feu
en chacun de mes yeux, ma tête en feu.

Ô mat carmin
vin gelé qui
éclate soudain en flammes rouges
et sang couleur feu
chaleur des fontaines,
échappé des digues du coeur.

Je peux d’un regard prendre votre lumière,
je peux me coucher humblement, plume voletant,
haletant, haletant pour vous,
je peux me laver au fond des flaques,
je peux tout boire votre brillance
vos douces flammes.

Une rose rouge pour mon sommeil
voyez comme elle est sombre,
du sang dans mon sommeil
un rêve d’ambre,
sur une mer rouge rêvée, moi cap blanc.

Ô triste clapotis
et sombres chocs
autour de mon pied rêveur —
Ô fontaine de deuil,
rêve immobile de femme,
blanc éclatant et sombre comme la suie.

Je peux me rêver près de vous
je peux pleurer, à vos côtés,
vous si rouge dans mon âme —
vous volcan brûlant, â jamais furieux
où je suis tombé.

Mort, o mort,
sombre, sombre rouge figé,
viens, o viens.

Mes mains sont si chaudes —
mes yeux brûlent de fatigue
au fond de ma tête, je ne sais
plus rien, je suis si fatigué.

Des voix dans la rue,
vent et lumière céleste —
autour de moi des mots vides,
mon oreille cède.

1l ne reste rien en moi
que ce pauvre désir affamé —
Il est la depuis si longtemps, si longtemps,
Il ne veut plus partir.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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Côte à côte (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Côte à côte

Des palais d’argent vénèrent nos mains
Ils ont inventé notre exil
Jusqu’aux sources éclairées des campagnes
Loin, nous irons loin parmi les feuilles
Les nids blancs indiqueront le chant de nos voyages

Tu iras au-devant, ma compagne inconnue
Te retournant avec le soir
J’aurai sombré, je serai là, haletant
Et transi, tu cesseras plus longtemps de marcher

Puis nous irons côte à côte Ô mémoire défendue
La main dans la main de l’autre, de personne.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Quand ça cesse de haleter (Samuel Beckett)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2018



Illustration: Talon Abraxas
    
quand ça cesse de haleter
bribes d’une voix ancienne en moi
pas la mienne.

(Samuel Beckett)

 

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Le voici qui fond en larmes (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018



 

 


    
Le voici qui fond en larmes
le grand soleil rieur
que la petite fille
a dessiné du doigt
dans la buée
accumulée au carreau
de la cuisine
par la soupape haletante
de la cocotte-minute

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Une masse parfumée de fruits (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018




    
une masse parfumée de fruits distinctement regroupés.

Une semaine que je n’ai pas mangé de poivrons.

Dans cette rue les maisons parlent d’abondance
(il est six heures passées de neuf minutes)

le rugissement immaculé en boucle du Métro replet
se redresse, dans une distance plus nette …

Un nouvel arc d’enfants se crispe d’allégresse
à l’endroit où un orgue de Barbarie halète avec précision.

et les vieux juifs pompeux se convulsent obscurément
dans le grouillement cahoteux du Grand. une écume
confuse de visages obstrue la Seconde tandis que Mme. Machinwich

(dont la chair est pareille à un vieux ballon d’enfant)

lourdement nage vers Chez Strunsky,

la bouche
de Monia mange des mandarines en contemplant la lune—

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: XLI Poèmes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: La Nerthe

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Parfois je suis vivant (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018



Illustration: Irina Karkabi
    
parfois je suis vivant parce qu’avec
moi dort son corps d’arbre alerte
que je sentirai lentement s’aiguiser
par amour plus distinct lentement,
qui dans mes épaules plonge de douces dents
pour que nous atteignons l’odorant printemps
intense et vaste instant coloré de nous

le moment agréable et effrayant

où,sa bouche soudain dressée,se met toute
entière à taquiner férocement la mienne
(et de mes cuisses qui s’agitent haletantes
une pluie meurtrière atteint bondissante
la profonde fleur singulière qu’elle
emporte d’un mouvement de ses hanches)

***

sometimes i am alive because with
me her alert treelike body sleeps
which i will feel slowly sharpening
becoming distinct with love slowly,
who in my shoulder sinks sweetly teeth
until we shall attain the Springsmelling
intense large togethercoloured instant

the moment pleasantly frightful

when,her mouth suddenly rising,wholly
begins with mine fiercely to fool
(and from my thighs which shrug and pant
a murdering rain leapingly reaches the
upward singular deepest flower which she
carries in a gesture of her hips)

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Le soleil (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Illustration: Joseph Galante
    
L’herbe : sur l’herbe je n’ai rien à dire
mais encore quels sont ces bruits
ces bruits du jour et de la nuit
Le vent : sur le vent je n’ai rien à dire

Le chêne : sur le chêne je n’ai rien à dire
mais qui donc chantonne à minuit
qui donc grignote un pied du lit
Le rat : sur le rat je n’ai rien à dire

Le sable : sur le sable je n’ai rien à dire
mais qu’est-ce qui grince ? c’est l’huis
qui donc halète ? sinon lui
Le roc : sur le roc je n’ai rien à dire

L’étoile : sur l’étoile je n’ai rien à dire
c’est un son aigre comme un fruit
c’est un murmure qu’on poursuit
La lune : sur la lune je n’ai rien à dire

Le chien : sur le chien je n’ai rien à dire
c’est un soupir et c’est un cri
c’est un spasme un charivari
La ville : sur la ville je n’ai rien à dire

Le coeur : sur le coeur je n’ai rien à dire
du silence à jamais détruit
le sourd balaye les débris
Le soleil : ô monstre, ô Gorgone, ô Méduse
ô soleil.

(Raymond Queneau)

 

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