Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘hallucinant’

LES MENDIANTS (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018


 


LES MENDIANTS  mendiant  5_p

 

LES MENDIANTS

Les jours d’hiver quand le froid serre
Le bourg, le clos, le bois, la fange,
Poteaux de haine et de misère,
Par l’infini de la campagne,
Les mendiants ont l’air de fous.

Dans le matin, lourds de leur nuit,
Ils s’enfoncent au creux des routes,
Avec leur pain trempé de pluie
Et leur chapeau comme la suie
Et leurs grands dos comme des voûtes
Et leurs pas lents rythmant l’ennui ;
Midi les arrête dans les fossés
Pour leur repas ou leur sieste ;
On les dirait immensément lassés
Et résignés aux mêmes gestes ;
Pourtant, au seuil des fermes solitaires,
Ils surgissent, parfois, tels des filous,
Le soir, dans la brusque lumière
D’une porte ouverte tout à coup.

Les mendiants ont l’air de fous.

Ils s’avancent, par l’âpreté
Et la stérilité du paysage,
Qu’ils reflètent, au fond des yeux
Tristes de leur visage ;
Avec leurs hardes et leurs loques
Et leur marche qui les disloque,
L’été, parmi les champs nouveaux,
ils épouvantent les oiseaux ;
Et maintenant que Décembre sur les bruyères
S’acharne et mord
Et gèle, au fond des bières,
Les morts,
Un à un, ils s’immobilisent
Sur des chemins d’église,
Mornes, têtus et droits,
Les mendiants, comme des croix.
Avec leur dos comme un fardeau
Et leur chapeau comme la suie,
Ils habitent les carrefours
Du vent et de la pluie.

Ils sont le monotone pas
— Celui qui vient et qui s’en va
Toujours le même et jamais las —
De l’horizon vers l’horizon.
Ils sont l’angoisse et le mystère
Et leurs bâtons sont les battants
Des cloches de misère
Qui sonnent à mort sur la terre.

Aussi, lorsqu’ils tombent enfin,
Séchés de soif, troués de faim,
Des famines qui exterminent :
Moutons dont la fatigue à tout caillou ricoche,
Boeufs qui meuglent vers la mort proche,
Vaches lentes et lourdes
Aux pis vides comme des gourdes.

Ainsi s’en vont bêtes et gens d’ici,
Par le chemin de ronde
Qui fait dans la détresse et dans la nuit,
Immensément, le tour du monde,
Venant, dites, de quels lointains,
Par à travers les vieux destins,
Passant les bourgs et les bruyères,
Avec, pour seul repos, l’herbe des cimetières,
Allant, roulant, faisant des noeuds
De chemins noirs et tortueux,
Hiver, automne, été, printemps,
Toujours lassés, toujours partant
De l’infini pour l’infini.

Tandis qu’au loin, là-bas,
Sous les cieux lourds, fuligineux et gras,
Avec son front comme un Thabor,
Avec ses suçoirs noirs et ses rouges haleines
Hallucinant et attirant les gens des plaines,
C’est la ville que la nuit formidable éclaire,
La ville en plâtre, en stuc, en bois, en fer, en or,
— Tentaculaire.

(Emile Verhaeren)

Illustration: David Teniers 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Voyez l’appétit féroce des comètes brochets (Jean-Pierre Luminet)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2016



Voyez l’appétit féroce des comètes
brochets poursuivant le menu fretin
moustiques hallucinants tout parés de
trompes et d’aigrettes
vers fantastiques pareils à des noyaux de pêche
dont la queue s’orne d’une couronne
rayonnante de poils et s’étire jusqu’aux
cantons les plus disgraciés de la création.
Qui purgera les mers de leurs bitumes ?

(Jean-Pierre Luminet)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Où sont les hommes ? (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



Où sont les hommes ?

QUAND les marmites ne voudront plus obéir
Quand le bois comme un oiseau qui s’envole
Quand les pierres s’effriteront pour se moquer de nous
Quand dans les buffets, à la place des couverts, de longs serpents venimeux

Quand nous souhaiterons enfin une présence humaine
Quand nous aurons besoin d’une voix humaine
Quand l’homme que nous avons meurtri, crucifié
Pourra nous faire du bien avec son regard qui pardonne

C’est en vain que nous irons dans les prisons
C’est en vain que nous appellerons dans les chambres de torture
C’est en vain que dans les camps de la maladie et de la faim
Nous irons recueillir ce qui reste de l’homme.

Quand l’eau rira libre loin de nos lèvres,
Quand les murs comme de la fumée à notre approche
Quand les roches couvertes d’algues et de varech
Sortiront comme un troupeau hallucinant de l’océan

Quand la paix comme un fouet cinglera nos faces
Quand les arbres comme des rennes fuyant dans la nuit
Quand les chaises, les tables, les armoires, sans se gêner
Conspireront, en notre présence, pour nous perdre,

Quand la solitude demandera son salaire
C’est en vain que nous nous souviendrons de nos semblables
Dans les soutes, dans les cavernes, dans les casemates
Il n’y aura plus qu’un peu de sang et de rouille sur les chaînes.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Valérie Barcelo  

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’est hallucinant (Jean L’Anselme)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2015



 aspirateur [1280x768]

C’est hallucinant comme un simple coup d’aspirateur
peut vous changer une maison et les idées.

(Jean L’Anselme)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :