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Posts Tagged ‘hanter’

Je te hante ma nuit (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Jeanie Tomanek 3

IL N’Y A PAS PLUS SOLITAIRE QUE LA NUIT

Je te hante ma nuit pour chaque épi qui n’a pas mûri
pour chaque paume qui ne s’est pas épanouie
je te hante dans mon acceptation et dans mon cri

Nuit tu héberges les somnambules rescapés du miracle que le soleil n’a pu liquider
Tu es omniprésence de l’obscur effeuillaison de bruit et chuchotement de silence
Tu es confessionnal de discrétion plénière sans parois
sans confiteor ni contrition
sans pénitence ni rémission

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Cette main vivante (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

Cette main vivante, chaude maintenant et capable
D’ardente étreinte, viendrait, si elle était froide
Dans le silence glacial du tombeau
Tellement hanter tes jours et transir les rêves de tes nuits,
Que tu voudrais épuiser tout le sang de ton coeur
Pour qu’en mes veines la vie rouge puisse à nouveau couler,
Pour être en paix, alors, avec ta conscience. Regarde !
la voici !
Je la tends vers toi !

(John Keats)

 

 

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Sur le tard, je n’aime que la quiétude (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019



Sur le tard, je n’aime que la quiétude.
Loin de mon esprit la vanité des choses.
Dénué de ressources, il me reste la joie
De hanter encore ma forêt ancienne.

La brise des pins me dénoue la ceinture;
La lune caresse les sons de ma cithare.
Quelle est, demandez-vous, l’ultime vérité?
Chant de pêcheur, dans les roseaux, qui s’éloigne…

(Wang Wei)

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On part à sa guise et l’on chante (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

Rockwell Ken 1_500

On part à sa guise et l’on chante
– Quel écho dira le refrain?
Ce sont nos vieux airs qui me hantent,
Et comme une angoisse m’étreint

On part à son heure et sans hâte
– Et le pas s’est précipité
On a choisi la route plate
– Nous allons gravir le sentier;

On part pour se prouver libre,
A son heure, sur la route qui plut
– Déjà on est las de la suivre:
N’est plus libre quiconque a voulu.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Rockwell Ken

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Chanson (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



Frank Bernard Dicksee   08

 

Chanson

Vous, avec vos yeux, avec tes yeux,
Dans la bastille que tu hantes !
Celui qui dormait s’est éveillé
Au tocsin des heures beuglantes.
Il prendra sans doute
Son bâton de route
Dans ses mains aux paumes sanglantes.

Il ira, du tournoi au combat,
À la défaite réciproque ;
Qu’il fende heaumes beaux et si clairs,
Son pennon, qu’il ventèle, est loque !
Le haubert qui lace
Sa poitrine lasse,
Si léger ! il fait qu’il suffoque.

Ah, que de tes jeux, que de tes pleurs
Aux rémissions tu l’exhortes,
Ah laisse ! tout l’orage a passé
Sur les lys, sur les roses fortes.
Comme un feu de flamme
Ton âme et son âme,
Toutes deux vos âmes sont mortes.

(Jean Moréas)

Illustration: Frank Bernard Dicksee 

 

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JASMIN (Pierre-Bérenger Biscaye)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2018



 

JASMIN

La nuit fait avancer d’un battement
d’aile ou de pétale le corps vers
d’autres solitudes L’espace
s’élargit sous la blessure fraîche
que hante le jasmin
L’ambre jaune
laissé par la mer prépare
la migration paisible des paupières

(Pierre-Bérenger Biscaye)

Illustration: F.A. Moore

 

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LA PYTHONISSE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




Illustration: John Collier
    
LA PYTHONISSE
pour John Hayward

Je suis cette caverne hantée par les serpents
Dont l’ombilic engendre le destin des hommes.
Toute sagesse jaillit d’un trou dans la terre :
Les dieux se forment dans mon obscurité,
puis se dissolvent.

De ma matrice aveugle sortent tous les royaumes,
Et dans ma tombe les sept dormeurs prophétisent.
Nul enfant pas encore né qui ne s’éveille à mon rêve,
Nul amant qui ne finisse par trouver en moi sa tombe.

Je suis ce lieu brûlant dont on a peur et soif,
Où l’homme et le phénix sont consumés,
Et de mon lit impur et bas se lèvent
De nouveaux fils, de nouveaux astres, de nouveaux ciels.

***

THE PYTHONESS
For John Hayward

I am that serpent-haunted cave
Whose navel breeds the fates of men.
Ail wisdom issues from a hole in the earth:
The gods form in my darkness, and dissolve again.

From mil blind womb ail kingdoms corne,
And from my grave seven sleepers prophesy.
No babe unborn but wakens to my dream,
No lover but at last entombed in me shall lie.

I am that feared and longed-for burning place
Where man and phoenix are consumed away,
And from nay low polluted bed arise
New sons, new suns, new skies.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Peuple des rêves (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Peuple des rêves :
En un miroir notre rencontre,
Obscure : moi le fantôme qui hante
Tes champs de lumière.

***

People of dreams:
As in a glass we meet,
Darkly: I the ghost whose haunt
Is your bright fields.

(Kathleen Raine)

Illustration: Salvador Dali

 

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NUITS (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2018



Illustration
    
NUITS

Des nuits parfois sont mornes.

Les jardins n’ont plus d’odeur
Il n’est plus de frisson aux feuilles
Le ciel bas est plus rouge entre tant de portiques
Les places sont hantées de spectrales statues
Qui passe en vain s’y hâte.

Des nuits s’appesantissent à l’égal de nos jours.

Nuits d’une vieille ville
Trop vieille
Sans oiseaux sans licornes
Sans cavaliers ni dames folles
Ni faons blessés ni biches ni loups-cerviers
Ni sang frais sur les murs des palais ancestraux.

Les jeux de mains les jeux de mots sont feux
Jeux de mots jeux de mains où l’amour s’égarait
Parmi les cascades les lucioles les pierreries
La mousse des dentelles rompues
Les écharpes de soie jetées sur des yeux fiers
Les rires sous les pluies de pétales.

Nuits comme un théâtre de velours défunt
Où s’exaltent nos souvenirs diminués.

Matins étayés de béquilles.

Il reste un goût de cendre et de pourri
Un goût de fleurs croupies d’eaux fanées
Ce goût d’être déçu qui nous plaît plus que tout.

(André Pieyre de Mandiargues)

 

Recueil: L’âge de craie suivi de Dans les années sordides Astyanax et Le Point où j’en suis
Traduction:
Editions: Gallimard

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La femme (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



La femme est fatalement suggestive;
elle vit d’une autre vie que la sienne propre:
elle vit spirituellement dans les imaginations
qu’elle hante et qu’elle féconde.

(Charles Baudelaire)


Illustration: Alexander Sulimov

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