Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘happé’

Je vous parle des murs (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



 

Je vous parle des murs

Si tu parles aux murs, fais attention, je te préviens fais attention.
Les murs sont comme ces plantes bizarres qui semblent fermées et quiètes.
Mais ce n’est pas vrai.
Un moment ou l’autre, elles s’ouvrent subrepticement — c’est toujours au contact d’une proie ingénue —
et elles se referment vous ayant happé irrémédiablement, et assimilé.
Et vous êtes encore là à les regarder comme si rien ne s’était passé.
Je vous en parle — des murs — et vous mets en garde, parce que j’en sais beaucoup sur leur comportement,
moi qui suis ennemi déclaré des murs, et qui leur tiens des discours offensants,
leur faisant entendre qu’ils ne sont pas de la race des portes et des fenêtres qui ont deux richesses :
le dedans et le dehors.

Les murs m’ont inoculé l’obsession du dehors.

(Guy Lévis Mano)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 6 Comments »

D’où vient la part qui nous en est donnée? (Alfred Kolleritsch)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Mustapha Merchaoui
    
D’où vient la part qui nous en est donnée? Qui d’autre touche-t-elle?
Les mots ne saisissent pas, rien n’est porté par eux,
comme happés selon le vent, l’élément étranger résiste,
pour que quelques-uns prennent le chemin, la lumière persiste.

***

Was reicht davon her ? Wer ist mitberührt ?
Die Wörter greifen nicht, nichts ist mitgetragen,
wie nach Wind gehascht, das Fremde widersteht,
dass einige den Weg betreten, hält das Licht.

(Alfred Kolleritsch)

 

Recueil: La conspiration des mots
Traduction: Françoise David-Schaumann et Joël Vincent
Editions: Atelier la Feugraie

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Happé par la machine (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Happé par la machine! et déjà le sang sourd,
Sa tête tombe à terre et pâlit sa paupière,
Il va régner sur la vermine pour toujours,
On l’étend dans la cour sur la fraîcheur des pierres.

Sur ses mains d’ouvrier la nuit roule, éternelle,
Certains – tristes et las – le regardent, l’envient,
La lutte brûle en eux d’un feu perpétuel,
Car leurs petits attendent d’eux le pain, la vie.

La rumeur du travail un moment s’est calmée,
Un soupir d’homme monte et se mue en sanglot
Et s’éveillent au lit deux enfants affamés.

La machine reprend son rythme de robot
Et tout va comme si rien ne s’était passé.
Des hommes, il en restera toujours assez…

(Attila Jozsef)


Illustration: Charlie Chaplin

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Regard (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2018



un regard
toujours plus
avide

le corps
entier
devient
oeil

sphère
captant
les sphères

happé

embrasé

consumant
centre
cercle

n’étant
qu’espace

les yeux
brûlés
par la vision

(Charles Juliet)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES PINS GÉMISSENT… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2016



LES PINS GÉMISSENT…

Les pins gémissent lorsque le vent passe
Le soleil frappe le sol et les pierres brûlent.

Dans le lointain marchent les dieux fantastiques de la mer
Blancs de sel et brillants comme des poissons.

Soudain des oiseaux sauvages,
Jetés contre la lumière comme des pavés,

Montent et meurent verticalement dans le ciel
Et leurs corps sont happés par les espaces.

Les vagues chargent en brisant contre la lumière
Leur front orné de colonnes.

Et une très ancienne nostalgie d’être mât
Se balance entre les pins.

***

OS PINHEIROS GEMEM…

Os pinheiros gemem quando passa o vento
O sol bate no chao e as pedras ardem.

Longe caminham os deuses fantásticos do mar
Brancos de sal e brilhantes como peixes.

Pássaros selvagens de repente,
Atirados contra a luz como pedradas,

Sobem e morrem no céu verticalmente
E o seu corpo é tornado nos espaços.

As ondas marrara quebrando contra a luz
A sua fronte ornada de colunas.

E uma antiquíssima nostalgia de ser mastro
Baloiça nos pinheiros.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les jours de pluie (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2016



Les jours de pluie le poids du chat
Est plus lourd sur mon bras
La lumière est pâle et si les oiseaux chantent
Les notes éparses s’attaquant à la distance
Sont happées par le vide entre les arbres
Sans le liant du soleil les choses retombent
Loin en elles-mêmes et comme du fond d’un puits
Renvoient un bruit de chute par le cercle des murs

Et par quelle corde se hisser jusqu’au bleu ?

(Heather Dohollau)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Cueillir au vol les météores (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2015


 


météore_IRENA

 

Cueillir au vol les météores
Faire crépiter leur succession de pointes acérées
sans que jamais elles s’apprivoisent
en longes
ou crinières bien peignées
de lignes courbes ou droites
filant vers la guipure de bord de table en quoi
happé
l’horizon se résout

(Michel Leiris)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :