Arbrealettres

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Pour penser, deviens un arbre (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2017



Pour penser, deviens un arbre.
Bifurque à gauche, à droite, en éventail,
ne cesse jamais de dédoubler tes branchages dans l’espace grand.

Ramifie, multiplie tes ramilles, envahis le volume,
par la cime et dans le large, capte la lumière.
La généalogie n’invente que si elle bifurque — ainsi parle-t-on d’un arbre généalogique.

Perpétue donc l’arborescence dans le bas comme au haut,
longe lentement le cheminement noir de tes racines souterraines qui savent proliférer au loin,
lance hardiment le jaillissement vertical du tronc, étale vers le ciel, de ton houppier, les musculeuses branches planes,
détaille un feuillage si large qu’il pourrait recouvrir la place du village,

émets la chimie exquise de parfums subtils, piège des abeilles, et de poisons tueurs de chenilles parasites,
chante avec le vent dont les turbulences font vibrer ta ramure dont l’immobilité,
alors, se tord, hante les nids accueillants des pics et des mésanges d’où émanent dix chansons.

Monte des mottes vers les notes.

(Michel Serres)

Illustration

 

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CHANSON (Pierre Berthelot)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2017



Illustration: Albert-Joseph Pénot
    
CHANSON

Chevaliers aventureux.
Qui pleins d’un feu vigoureux
Souspirez après les femmes,
Venez esteindre vos flammes
Dans mon giron amoureux,

Car le feu qui vous martyre
N’est qu’une eau que je désire.

Venez, accourez-y tous
Et j’auray pitié de vous,
Vous prestant une fournaise
Qui recevra vostre braise
Comme miel ou sucre doux;

Car le feu qui vous martyre
N’est qu’une eau que je désire,

Bas donc chausses et pourpoint!
Venez nus, les torche au poing !
Je ne fais que vous attendre
Taschez de me mettre en cendre,
Mais cela ne sera point,

Car le feu qui vous martyre
N’est qu’une eau que je désire.

Bon Dieu ! quelle liqueur
Qui me coulant jusqu’au cœur
Noyé de plaisir mon âme ;
De l’appeler feu ny flamme
Seroit un dire mocqueur,

Car le feu qui vous martyre
N’est qu’une eau que je désire.

C’est un baume précieux,
Un nectar délicieux,
Une céleste rosée,
Dont pour en estre arrousée
J’abandonnerois les cieux,

Car le feu qui vous martyre
N’est qu’une eau que je désire.

Poussez doncques hardiment
Et me mouillez tellement
Qu’ayant éspuisé vos veines,
Je ne sois rien que fontaines
D’un si parfait élément.

Car le feu qui vous martyre
N’est qu’une eau que je désire!

(Pierre Berthelot)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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