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La Double Ambiguïté (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
La Double Ambiguïté

J’écoute avidemment tes paroles dans l’ombre…
Je goûte les langueurs et les parfums du lit
Et la complicité des ténèbres, où sombre
La Pléiade d’or que Sélanna pâlit.

Tu souris, déployant ta chevelure blonde,
Et le sommeil répand des pétales d’azur.
La musique s’éteint. La nuit glisse sur l’onde
Harmonieusement, ainsi qu’un cygne obscur.

Ma bouche a possédé ta bouche féminine
Et mon être a frémi sous tes baisers d’amant,
Car je suis l’Etre Double, et mon âme androgyne
Adore en toi la vierge et le prince charmant.

(Renée Vivien)

 

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Romance (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Romance

Fontaine résonnant comme une triste lyre,
Sous la mousse brouillant les cordes de cristal,
Toi qui comprends mon mal
D’aimer si tendrement et sans savoir le dire,

Je viendrai sur tes bords dans le vent exalté
Qui berce mollement les dormeuses étoiles
Aux plis bleus de tes voiles,
Mêlant l’argent du ciel à ta fluidité;

Je viendrai près de toi, roucoulante fontaine,
Où Narcisse a miré son corps de marbre pur,
Parmi les joncs d’azur
M’asseoir pour écouter ton inlassable peine.

Enseigne-moi, veux-tu, par ton rythme épandu,
Des aveux murmurés la divine musique;
Enseigne-moi, mystique,
Le mot qu’on peut unir au baiser éperdu.

Fontaine, prête-moi ta troublante parole
Pour raconter mon mal à l’écho qui l’entend,
A l’ombre qui se tend
Vers moi comme des bras, à l’oiseau qui s’envole,

Pour soupirer mon mal aux lèvres d’un amant.
Comme ton onde en feu où l’or des astres flotte,
Où l’infini sanglote,
Que ma douleur s’échappe harmonieusement.

(Marie Dauguet)

 

 

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Sonnet à une Enfant (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2016



Sonnet à une Enfant

TEs yeux verts comme l’aube et bleus comme la brume
Ne rencontreront pas mes yeux noirs de tourment,
Puisque ma douleur t’aime harmonieusement,
O lys vierge, ô blancheur de nuage et d’écume !

Tu ne connaîtras point l’effroi qui me consume,
Car je sais épargner au corps frêle et dormant
La curiosité de mes lèvres d’amant,
Mes lèvres que l’Hier imprégna d’amertume.

Seule, lorsque l’azur de l’heure coule et fuit,
je te respirerai dans l’odeur de la nuit
Et je te reverrai sous mes paupières closes.

Portant, comme un remords, mon orgueil étouffant,
J’irai vers le Martyre ensanglanté de roses,
Car mon coeur est trop lourd pour une main d’enfant.

(Renée Vivien)

Illustration: Jean-Honoré Fragonard

 

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Il est des moments dans la vie (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2015



 

Il est des moments dans la vie où l’on a presque l’impression d’entendre
l’ironique froufrou du temps qui se dévide,
Et la mort marque des points sur nous.
On s’ennuie un peu, et on accepte de se détourner provisoirement de l’essentiel
pour consacrer quelques minutes à l’accomplissement d’une besogne ennuyeuse et sans joie
mais que l’on croyait rapide,
Et puis on se retourne, et l’on s’aperçoit avec écoeurement
que deux heures de plus ont glissé dans le vide,

Le temps n’a pas pitié de nous.

À la fin de certaines journées on a l’impression d’avoir vécu un quart d’heure
et naturellement on se met à penser à son âge,
Alors on essaie d’imaginer une ruse une sorte de coup de poker
qui nous ferait gagner six mois et le meilleur moyen est encore de noircir une page,
Car sauf à certains moments historiques précis
et pour certains individus dont les noms sont écrits dans nos livres,
Le meilleur moyen de gagner la partie contre le temps
est encore de renoncer dans une certaine mesure à y vivre.

Le lieu où nos gestes se déroulent et s’inscrivent harmonieusement dans l’espace
et suscitent leur propre chronologie,
Le lieu où tous nos êtres dispersés marchent de front et où tout décalage est aboli,
Le lieu magique de l’absolu et de la transcendance
Où la parole est chant, où la démarche est danse
N’existe pas sur Terre,

Mais nous marchons vers lui.

(Michel Houellebecq)

Illustration: Edward Hopper

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