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Posts Tagged ‘haute-mer’

Tu loges ton coeur dans le soleil des feuilles (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018


camomille-sauvage

Tu es seule dans la campagne
et chaque matin te retrouve les yeux
plein d’îles et de voyages lointains
Tu donnes du pain aux oiseaux
sans savoir qu’ils tourneront longtemps
dans ton regard où tous les chemins se rencontrent
Petite fleur sauvage promise au secret des jardins

Tu rêves sur l’aire des étangs
d’un espoir de voile et de haute-mer
Tu donnes du pain aux oiseaux
sans savoir que leurs longs vols t’emporteront
loin des portes et des jardins
dans la grande fable de la mer
Petite fleur sauvage des chemins
qui mènent aux bals et aux étangs

Tu loges ton coeur dans le soleil des feuilles
et chaque matin se retrouve les yeux
plein d’îles et de voyages lointains
Tu donnes du pain aux oiseaux
sans savoir que le bruit de leurs ailes sous la pluie
te parle d’un nouvel amour
loin des portes et des jardins
Petite fleur sauvage accrochée au corsage de l’averse.

(Georges Drano)

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Blason du corps féminin (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Blason du corps féminin

« À Oméga ».

Bouche, ailes toujours lyriques
Pouvoir combustible des baisers.

Mains, armes à feu doux
Bien douées aussi
Pour la piraterie en haute mer.

Seins, légendes solaires
Qui planent
Au-dessus de nos abîmes.

Ventre né pour la combustion
Sublime du jour et de la nuit
Ventre complice des volcans.

Hanches, tracteurs joyeux
Qui savent monter à l’assaut
Des meilleures terres de notre sang.

Cuisses, obscure géométrie,
Moulin qui sait broyer
Le grain de la douceur.

Fesses, phares merveilleux
Qui tournent autour
De nos vagues intérieures.

Jambes, herbes sauvages
Qui adorent marcher
Dans nos entrailles mêmes.

Je chanterai aussi
La première des céréales
L’été le plus glorieux de la chair :
Le sexe de la femme!
Je chante l’orchestre où triomphe
Le dimanche du corps de la femme.
Le trône du sel marin, l’élément
Où se réveille notre innocence
Pour nous couvrir de gloire!

Voici le sanctuaire païen,
La source d’hormones fraîches
Où la faim et la soif
La joie et la santé
Notre oubli de la mort
Reçoivent jusqu’au cri
Leur plus haute bénédiction.

Gloire!

(René Depestre)

Illustration: Abel-Dominique Boyé

 

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DÉSOLATION LE SUPPLICE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2015



DÉSOLATION
LE SUPPLICE

Depuis vingt ans je porte planté dans ma chair
— poignard brûlant — un chant énorme, un chant aux crêtes
de haute mer.

Je l’abrite et sers, et sa majesté
lasse mes entrailles.
De ces pauvres lèvres qui ont menti
faut-il le chanter ?

La langue de l’homme et ses mots caducs
n’ont pas la chaleur
de ses langues de feu, de son ardeur
au frémissement.

C’est comme un enfant, de mon sang caillé
qu’il se nourrit, lui,
mais jamais enfant n’a bu plus de sang
au sein d’une femme.

Ô terrible don ! Long roussissement
qui me fait hurler !
Que celui qui en moi l’aura planté
ait pitié !

***

DESOLACIÔN
EL SUPLICIO

Tengo ha veinte años en la carne hundido
– y es caliente el puñal –
un verso enorme, un verso con cimeras
de pleamar.

De albergarlo sumisa, las entrañas
cansa su majestad.
¿Con esta pobre boca que ha mentido
se ha de cantar?

Las palabras caducas de los hombres
no han el calor
de sus lenguas de fuego, de su viva
tremolacion.

Como un hijo, con cuajo de mi sangre
se sustenta él,
y un hijo no bebio mas sangre en seno
de una mujer.

¡Terrible don! Socarradura larga
que hace aullar
El que vino a clavarlo en mis entrañas
¡tenga piedad!

(Gabriela Mistral)


Illustration: Alexandre Séon

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