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Poésie

Posts Tagged ‘hauteur’

Arbre (Imasango)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2017




    
Arbre

Tu es l’hommme des grandes hauteurs
Des vallées femmes au seuil des fougères
Tu dis l’écorce des racines guérisseuses
Tu donnes la vie en offrant ta sève brute

Tu sers les marcheurs qui n’ont plus de repère
Tu nourris les oiseaux qui cherchent encore le Nord
Tu vas jusqu’aux eaux troubles des langues oubliées
Tu donnes, tu façonnes et tu fondes

Tu glisses au cœur des heures qui n’ont plus de ciment
Tu creuses la courbe humble des chambranles à venir
Tu attends en vieux sage d’abriter un ancêtre
Tu donnes le murmure des pas dans la forêt

Tu envahis les flèches porteuses de force vive
Tu polis l’amertume des échecs des guerriers
Tu cadences les offrandes sur un bois de santal
Tu lies les mots aux chants scandés des talons fiers

Tu dis quand il fait froid sur les cimes des âmes
Si les hommes s’entrechoquent en aiguisant leurs lames
Si les femmes mettent au monde un essaim de détresse
Si les creeks asséchées sentent l’odeur de mort

Quand tombe la nuit et pointe l’aube
Tu attends silencieux
Tu ne dis rien
Tu es celui qui sait tendre l’oreille
Tu ne veux rien
Puisque tu n’es que don

(Imasango)

 

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Décembre (Alain Jean-André)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



Illustration: Jeffrey T. Larson
    
décembre

la pluie qui tombe sur décembre
assombrit forêts et visages
Une rude terre s’éveille
les doigts noueux
Sous un tablier de brume
Les ménagères ont le coeur triste
seules, dans leurs grandes cuisines
Pourtant sous les nuages bas
qui transhument vers les hauteurs noires
scintillent éclats d’un feu obscur
dans la troublante robe des forêts
Si notre âme errante se laissait
séduire par ces joues pourpres
où nous conduirait-elle
dans la forêt silencieuse
j’ai perdu mon savoir et mon nom
Un oiseau plaintif se pose sur une branche
je n’ai plus de passé
Entre les grands arbres et les buissons
je sens monter en moi
une grande tendresse
Les ruisseaux que je rencontre
m’accompagnent, grands lévriers
au souffle clair qui trottent parmi les herbes
Là-bas, la nuit rapide arrive sur les montagnes

(Alain Jean-André)

 

Recueil: Chemins profonds
Editions: Jacques Brémond

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A la tête des Perches (Alain Jean-André)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



&

Illustration
nbsp;   
A la tête des Perches

rocs sauvages
arbres foudroyés, nudité
du bois blanc — dans ces hauteurs
steppiques
au-dessus
des nuages

tu respires une odeur marine
accroupi

je t’écoute, torrent
aux écailles d’argent

(Alain Jean-André)

 

Recueil: Chemins profonds
Editions: Jacques Brémond

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Nous savons tout l’un de l’autre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



Illustration: Antonio Canova
    
Nous savons tout l’un de l’autre
puisque nous pensons sans cesse à notre amour.
Les mots ne restent pas entre nous
comme des bornes entre deux champs.

De ton coeur au mien,
juste la distance de tes seins.
De toi à moi,
à peine le temps d’un désir.

Quand je remonte du sommeil vers le jour,
tu es la première bouée qui vient vers moi
et de très loin dans les hauteurs encore grises de la nuit,
je la vois faire au-dessus de moi des cercles de plus en plus proches.

Tu es plus nue sous mes mains
que la pluie sur les toits,
qu’un feuillage dans le matin,
que les dents au bord des lèvres.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La Poésie (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017




    
La Poésie est une pensée
– un état psychique – d’agglutination;
c’est-à-dire que des tendances,
des images, des échos de souvenir vague,
des nostalgies, des espérances,
y apparaissent en même temps
et comme collés ensemble,
provenant de hauteurs tout à fait différentes.

Ou encore la Poésie ressemble à certains rêves,
parfaitement absurdes en apparence,
et qui s’éclairent brusquement
si on le déroule à l’envers.

La poésie est tout à fait une chose d’âme.

***

La Poésie est un langage pour ainsi dire magnétisé,
porteur d’une charge, et différent essentiellement du langage parlé,
voire même de la prose écrite;

par ce langage doit se produire l’unité
au plus haut degré entre la pensée et la parole,
entre le sens et le signe,
entre une résultante de toutes les masses psychiques en mouvement
et le déroulement agréable des syllabes.

Tout cela coexiste parce que tout cela naît ensemble.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Apologie du poète
Editions: Fata Morgana

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LES DIMENSIONS DU JOUR (XIII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2017



 

Illustration
    
LES DIMENSIONS DU JOUR (XIII)

A tourner entre ces murs gris
que sont tous les visages,
le ciel ne prend sa vraie couleur
qu’au-dessus de ton front.

L’espace se veut plante sans fruits
pour ta bouche qui tient le jour,
pour ton regard qui cherche en moi
quelque chose de plus clair que la lumière.

Les carreaux font les maisons plus larges
avec, à fleur de verre, des têtes
que rien ne peut rattacher aux corps
dont elles ne cessent de dire le nom.

Mais il reste le miracle de ta présence
au milieu des paroles que nous prononçons
pour que l’amour ait la hauteur des montagnes
qui s’ouvrent, chaque matin, sur le soleil nu.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XX) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017




    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XX)

Le toit des villages est posé sur la terre
et les prés fuient de toutes parts
autour des murs blancs
qui avancent d’une maison par siècle.

Je pense à l’étonnement de ton ventre
qui regarde toujours mon désir pour la première fois.
Je pense aux forêts que nous faisons tomber
quand ma chair mûrit dans la tienne.

Je pense à la hauteur de l’été
sur la poussière des routes,
au ruisseau qui s’arrête un instant de couler
pour mieux s’éblouir de la nudité de la lumière.

A rester debout dans ce pays démesuré de clarté,
je sens que je n’ai pas assez de poumons
pour retenir la vie qui vient vers moi
à la façon dont ton corps vient vers le mien.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XVIII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



 

Illustration: Irma Gruenholz
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XVIII)

Au-delà de mes mains refermées sur toi,
au-delà de ce baiser qui nous dénude,
au-delà du dernier mot que tu viens de dire,
il y a le désir que nous tenons vivant contre nous.

Il y a la vie des autres qui remonte de la ville
sans pouvoir aller plus loin que la porte
derrière laquelle les murs écoutent à notre place
le bruit que le coeur des hommes fait dans la rue.

Tu dépasses les herbes
de quelques hauteurs de soleil.
Je te sens à peine bien que je sois sur toi
comme sur la pointe la plus aiguë d’une montagne.

Tu es entière contre chacune de mes mains,
tu es entière sous mes paupières,
tu es entière de mes pieds à ma tête,
tu es seule entre le monde et moi.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



    

Illustration: Lisa G

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (I)

Passé le genou où la main se creuse
comme une semence qui germe
en soulevant un peu la terre,
je vais vers ton ventre comme vers une ruche endormie.

Plus haut ta peau est si claire
que les jambes en sont nues pour tout le corps
et mon regard s’y use
comme au plus tranchant d’un éclat de soleil.

Au-delà, il y a ta lingerie qui sert à t’offrir
et à colorer mon désir.
Tes cuisses, lisibles de toute leur soie, se desserrent
et je vois la ligne de partage de ta chair.

Géants de la sensation,
mes doigts vont se fermer
sur le seul point du monde
où se carbonisent des hauteurs entières de jour.

Et c’est enfin la pleine rivière
que je remonte sans effort,
parce que tes seins s’y élèvent
comme deux cailloux à fleur d’eau.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La surface d’un automne (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017



 

La surface d’un automne
est inversement proportionnelle à la hauteur de sa tristesse
le nuage interrogé multiplie sans difficulté le basilic par le safran.

Répète après moi :
la distance entre deux pluies se mesure par arpents de silence
et le périmètre d’un mois est divisible par son rayon de lune.
Cela va de soi.

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert chez Lara ici

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