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Posts Tagged ‘(Hector de Saint-Denys Garneau)’

Leur coeur est ailleurs (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018


 

Leur coeur est ailleurs

Leur coeur est ailleurs
Au ciel peut-être
Elles errent ici en attendant
Mon coeur est parmi d’autres astres parti
Loin d’ici
Et sillonne la nuit d’un cri que je n’entends pas
Quel drame peut-être se joue au loin d’ici?
Je n’en veux rien savoir
Je préfère être un jeune mort étendu
Je préfère avoir tout perdu.

Pour chapeau le firmament
Pour monture la terre
Il s’agit maintenant
De savoir quel voyage nous allons faire

Je préfère avoir tout perdu
Je préfère être un jeune mort étendu
Sous un plafond silencieux
À la lumière longue et sans heurt de la veilleuse
Ou peut-être au profond de la mer
Dans une clarté glauque qui s’efface
Durant un long temps sans heures et sans lendemain
De belles jeunes mortes, calmes et soupirantes
Glisseront dans mes yeux leurs formes déjà lointaines
Après avoir baisé ma bouche sans un cri
Avoir accompagné les rêves de mes mains
Aux courbes sereines de leurs épaules
et de leurs hanches
Après la compagnie sans cri de leur tendresse
Ayant vu s’approcher leur forme sans espoir
Je verrai s’éloigner leur ombre sans douleur…

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Paul Delvaux

 

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Autrefois (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Autrefois

Autrefois j’ai fait des poèmes
Qui contenaient tout le rayon
Du centre à la périphérie et au-delà
Comme s’il n’y avait pas de périphérie mais le centre seul
Et comme si j’étais le soleil: à l’entour l’espace illimité
C’est qu’on prend de l’élan à jaillir tout au long du rayon
C’est qu’on acquiert une prodigieuse vitesse de bolide
Quelle attraction centrale peut alors empêcher qu’on s’échappe
Quel dôme de firmament concave qu’on le perce
Quand on a cet élan pour éclater dans l’Au-delà.

Mais on apprend que la terre n’est pas plate
Mais une sphère et que le centre n’est pas au milieu
Mais au centre
Et l’on apprend la longueur du rayon ce chemin trop parcouru
Et l’on connaît bientôt la surface
Du globe tout mesuré inspecté arpenté vieux sentier
Tout battu

Alors la pauvre tâche
De pousser le périmètre à sa limite
Dans l’espoir à la surface du globe d’une fissure,
Dans l’espoir et d’un éclatement des bornes
Par quoi retrouver libre l’air et la lumière.

Hélas tantôt désespoir
L’élan de l’entier rayon devenu
Ce point mort sur la surface.

Tel un homme
Sur le chemin trop court par la crainte du port
Raccourcit l’enjambée et s’attarde à venir
Il me faut devenir subtil
Afin de, divisant à l’infini l’infime distance
De la corde à l’arc,
Créer par ingéniosité un espace analogue à l’Au-delà
Et trouver dans ce réduit matière
Pour vivre et l’art.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

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Une sorte de repos (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2017



 

Une sorte de repos

Une sorte de repos
à regarder un ciel passant

Tout ce qui pèse fut relégué
Le désespoir pas de bruit dort sous la pluie

La Poésie est une Déesse
dont nous avons entendu parler

Son corps trop pur pour notre coeur
Dort tout dressé
Par bonheur c’est de l’autre côté

Nous n’entreprendrons pas maintenant
De lui voler des bijoux
qu’elle n’a pas étant nue.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Otto Theodore Gustav Lingner

 

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La voix des feuilles (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



La voix des feuilles

La voix des feuilles
Une chanson
Plus claire un froissement
De robes plus claires aux plus
transparentes couleurs.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

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Baigneuse (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017


 


Baigneuse

Ah le matin dans mes yeux sur la mer
Une claire baigneuse a ramassé sur elle
toute la lumière du paysage.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Paul Chabas

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Lucille (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



Lucille

Depuis que je vous ai quittée,
Oh : ma belle Lucille!
Je voudrais toujours vous regarder
Vos beaux yeux aux longs cils

Ma Lucille jolie,
Quant seul je sors, le soir,
Les étoiles me sourient
Mais pour moi tout est noir

Car loin de vous chérie,
Mon cœur est toujours sombre
La mélancolie
Y vient jeter son ombre

Mais quand je vous reverrai,
Votre sourire dissipera
Cette ombre, et bien-aimée
Encore on parlera

Des beaux rêves futurs
Et des chagrins passés,
Près du ruisseau, qui murmure,
Dans l’herbe pleine de rosée.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

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JEUX (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017




JEUX

Qu’est-ce que je machine à ce fil pendu
A ce fil une étoile à la lumière
Vais-je mourir là pendu
Ou mourir un noyé fatigué de l’épave

Glissement dans la mer qui vous enveloppe
Une véritable soeur enveloppante

Et qui transpose la lumière en descendant
La conserve à vos yeux pour les emplir

Souviens-toi de la mer qui t’a bercé
Vieux mort bercé au glissement de ce parcours
Accompagné de lumière verte
Qui troubla d’un remous l’ordonnance de ses réseaux
A travers les couches de l’onde innombrable
Et maintenant dans les fonds calmes caressé d’algues
Souviens-toi des vagues et leurs bercements
Vieux mort enfoui dans les silences sous-marins.

Je me sens balancer à la cime d’un arbre
Non ces voix de femmes vous n’entamerez pas
La pureté de mon chant
Et si vous m’êtes hier fraternelles
Cette chaleur étouffée où je m’endormirais
J’ai trouvé ce soir dans ce cimier
Parmi le froissement des feuilles comme une onde
Le refuge parmi l’air clair espéré
La vie dans le souvenir de la fraîcheur.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Johnathan Harris

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Mes enfants vous dansez mal (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



 

Mes enfants vous dansez mal
Il faut dire qu’il est difficile de danser ici
Dans ce manque d’air
Ici sans espace qui est toute la danse.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Benoit Colsenet

 

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PETITE FIN DU MONDE (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



PETITE FIN DU MONDE

Oh ! Oh !
Les oiseaux
morts

Les oiseaux
les colombes
nos mains

Qu’est-ce qu’elles ont eu
qu’elles ne se
reconnaissent plus

On les a vues autrefois
Se rencontrer dans la pleine clarté
se balancer dans le ciel
se côtoyer avec tant de plaisir et se connaître
dans une telle douceur

Qu’est-ce qu’elles ont maintenant
Quatre mains sans plus un chant
que voici mortes
désertées

J’ai goûté à la fin du monde
et ton visage a paru périr
devant ce silence de quatre colombes

devant la mort de ces quatre mains
Tombées
en rang côte à côte

Et l’on se demande
A ce deuil
quelle mort secrète
quel travail secret de la mort
par quelle voie intime dans notre ombre
où nos regards n’ont pas voulu descendre
La mort
a mangé la vie aux oiseaux
a chassé le chant et rompu le vol
à quatre colombes
alignées sous nos yeux

de sorte qu’elles sont maintenant
sans palpitation
et sans rayonnement de l’âme.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Bénédicte Pontet

 

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Ah ! Dans quel désert… (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



Ah ! Dans quel désert…

C’est eux qui m’ont tué
Sont tombés sur mon dos avec leurs armes, m’ont tué
Sont tombés sur mon cœur avec leur haine, m’ont tué
Sont tombés sur mes nerfs avec leurs cris, m’ont tué

C’est eux en avalanche m’ont écrasé
Cassé en éclats comme du bois

Rompu mes nerfs comme un câble de fil de fer
Qui se rompt net et tous les fils en bouquet fou
Jaillissent et se recourbent, pointes à vif

Ont émietté ma défense comme une croûte sèche
Ont égrené mon cœur comme de la mie
Ont tout éparpillé cela dans la nuit

Ils ont tout piétiné sans en avoir l’air,
Sans le savoir, le vouloir, sans le pouvoir,
Sans y penser, sans y prendre garde
Par leur seul terrible mystère étranger
Parce qu’ils ne sont pas à moi venus m’embrasser

Ah ! dans quel désert faut-il qu’on s’en aille
Pour mourir de soi-même tranquillement.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Parra Mariannic

 

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