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Posts Tagged ‘(Hector de Saint-Denys Garneau)’

PETITE FIN DU MONDE (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



PETITE FIN DU MONDE

Oh ! Oh !
Les oiseaux
morts

Les oiseaux
les colombes
nos mains

Qu’est-ce qu’elles ont eu
qu’elles ne se
reconnaissent plus

On les a vues autrefois
Se rencontrer dans la pleine clarté
se balancer dans le ciel
se côtoyer avec tant de plaisir et se connaître
dans une telle douceur

Qu’est-ce qu’elles ont maintenant
Quatre mains sans plus un chant
que voici mortes
désertées

J’ai goûté à la fin du monde
et ton visage a paru périr
devant ce silence de quatre colombes

devant la mort de ces quatre mains
Tombées
en rang côte à côte

Et l’on se demande
A ce deuil
quelle mort secrète
quel travail secret de la mort
par quelle voie intime dans notre ombre
où nos regards n’ont pas voulu descendre
La mort
a mangé la vie aux oiseaux
a chassé le chant et rompu le vol
à quatre colombes
alignées sous nos yeux

de sorte qu’elles sont maintenant
sans palpitation
et sans rayonnement de l’âme.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Bénédicte Pontet

 

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Ah ! Dans quel désert… (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



Ah ! Dans quel désert…

C’est eux qui m’ont tué
Sont tombés sur mon dos avec leurs armes, m’ont tué
Sont tombés sur mon cœur avec leur haine, m’ont tué
Sont tombés sur mes nerfs avec leurs cris, m’ont tué

C’est eux en avalanche m’ont écrasé
Cassé en éclats comme du bois

Rompu mes nerfs comme un câble de fil de fer
Qui se rompt net et tous les fils en bouquet fou
Jaillissent et se recourbent, pointes à vif

Ont émietté ma défense comme une croûte sèche
Ont égrené mon cœur comme de la mie
Ont tout éparpillé cela dans la nuit

Ils ont tout piétiné sans en avoir l’air,
Sans le savoir, le vouloir, sans le pouvoir,
Sans y penser, sans y prendre garde
Par leur seul terrible mystère étranger
Parce qu’ils ne sont pas à moi venus m’embrasser

Ah ! dans quel désert faut-il qu’on s’en aille
Pour mourir de soi-même tranquillement.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Parra Mariannic

 

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Mes paupières en se levant (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017


Mes paupières en se levant

Mes paupières en se levant ont laissé vides mes yeux
Laissé mes yeux ouverts dans une grande solitude
Et les serviteurs de mes yeux ne sont pas allés
Mes regards ne sont pas allés comme des glaneuses
Par le monde alentour
Faire des gerbes lourdes de choses
Ils ne rapportent rien pour peupler mes yeux déserts
Et c’est comme exactement s’ils étaient
demeurés en dedans
Et que la porte fût restée fermée.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

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COMMENCEMENT PERPÉTUEL (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017




COMMENCEMENT PERPÉTUEL

Un homme d’un certain âge
Plutôt jeune et plutôt vieux
Portant des yeux préoccupés
Et des lunettes sans couleur
Est assis au pied d’un mur
Au pied d’un mur en face d’un mur
Il dit je vais compter
de un à cent
A cent ça sera fini
Une bonne fois une fois pour toutes
Je commence un deux et le reste
Mais à soixante-treize il ne sait plus bien
C’est comme quand on croyait compter les coups de minuit
et qu’on arrive à onze
Il fait noir comment savoir
On essaye de reconstruire avec les espaces le rythme
Mais quand est-ce que ça a commencé
Et l’on attend la prochaine heure
Il dit allons il faut en finir
Recommençons une bonne fois
Une fois pour toutes
De un à cent
Un…

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Gilbert Garcin

 

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La flûte (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



La flûte

Si près de l’émotion:
Le souffle est là, la flûte l’épouse,
Tout près,
Tout contre le souffle.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

 

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Cage d’oiseau (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



Cage d’oiseau

Je suis une cage d’oiseau
Une cage d’os
Avec un oiseau

L’oiseau dans ma cage d’os
C’est la mort qui fait son nid

Lorsque rien n’arrive
On entend froisser ses ailes

Et quand on a ri beaucoup
Si l’on cesse tout à coup
On l’entend qui roucoule
Au fond
Comme un grelot

C’est un oiseau tenu captif
La mort dans ma cage d’os

Voudrait-il pas s’envoler
Est-ce vous qui le retiendrez
Est-ce moi

Il ne pourra s’en aller
Qu’après avoir tout mangé
Mon coeur
La source du sang
Avec la vie dedans

Il aura mon âme au bec.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: René Magritte

 

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À part vingt-cinq fleurs (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



À part vingt-cinq fleurs qui ont brûlé pendant
le jour le jardin est beau
À part vingt-cinq fleurs qui sont fanées
et nous partons faire une promenade parfaite comme s’il ne manquait rien

Mais nous sentons bien
Malgré la fraîcheur du soir qui se dévoile
et la parfaite légère cadence voulue de nos pas
En nous se glisser le poids des fleurs mortes
Se glisser en nous
Vingt-cinq fleurs tombées dans un coin du jardin
Qui font pencher en nous tout le jardin
Qui font chavirer en nous tout le jardin
Crouler tout le jardin.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

 

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Les cils des arbres (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



Les cils des arbres

Les cils des arbres au bord de ce grand oeil de la nuit
Des arbres cils au bord de ce grand oeil la nuit
Les montagnes des grèves autour de ce grand lac calme
le ciel la nuit
Nos chemins en repos maintenant dans leurs creux Nos champs en reposoir
avec à peine le frisson passager
dans l’herbe de la brise
Nos champs calmement déroulés sur cette profondeur
brune chaude et fraîche de la terre
Et nos forêts ont déroulé leurs cheveux
sur les pentes…

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

 

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Voix du vent (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017




Voix du vent

La grande voix du vent
Toute une voix confuse au loin
Puis qui grandit en s’approchant, devient
Cette voix-ci, cette voix-là
De cet arbre et de cet autre
Et continue et redevient
Une grande voix confuse au loin

(Hector de Saint-Denys Garneau)


Illustration

 

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Te voilà verbe (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



Te voilà verbe

Te voilà verbe en face de mon être
un poème en face de moi
Par une projection par delà moi
de mon arrière-conscience
Un fils tel qu’on ne l’avait pas attendu
Être méconnaissable, frère ennemi.
Et voilà le poème encore vide qui m’encercle
Dans l’avidité d’une terrible exigence de vie,
M’encercle d’une mortelle tentacule,
Chaque mot une bouche suçante, une ventouse
qui s’applique à moi
Pour se gonfler de mon sang

Je nourrirai de moelle ces balancements.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: André Nadal

 

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