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Poésie

Posts Tagged ‘héraut’

Ce piano voyage en dedans (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2019




    
Ce piano voyage en dedans,
voyage par sauts joyeux.
Ensuite il médite, en repos ferré,
cloué par dix horizons.

Il avance. Il se traîne sous des tunnels,
plus loin, sous des tunnels de douleur,
sous des vertèbres qui fuguent naturellement.

D’autres fois, ses trompes vont,
lents et jaunes désirs de vivre,
vont s’éclipsant
et s’épouillent d’insectiles cauchemars
déjà morts pour le tonnerre, héraut des genèses.

Obscur piano qui guettes-tu
avec ta surdité qui m’entend,
avec ton mutisme qui m’assourdit ?

Oh pouls mystérieux.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Il fut le premier à voler (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



La floraison du bâton

[11]
Il fut le premier à voler
(le héraut céleste)

mais non content d’abandonner
le troupeau éparpillé,

Il va et revient à jamais
entre les pôles du ciel et de la terre,

Il fut le premier à prendre vol
depuis cet Arbre si triste,

mais s’étant envolé, l’Arbre de Vie
porte des roses sur l’épine

et un vin odorant,
sur le bois stérile ;

Il fut le premier à dire,
pas aux quelques élus,

ses amis fidèles,
les sages et les bons,

mais à un paria et à un vagabond,
aujourd’hui tu seras avec moi en Paradis.

***

He was the first that flew
(the heavenly pointer)

but not content to leave
the scattered flock,

He journeys back and forth
between the poles of heaven and earth forever;

He was the first to wing
from that sad Tree,

but having flown, the Tree of Life
bears rose from thorn

and fragrant vine,
from barren wood;

He was the first to say,
not to the chosen few,

his faithful friends,
the wise and good,

but to an outcast and a vagabond,
to-day shalt thou be with me in Paradise.

(Hilda Doolittle)

 

 

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SUR MON LIT DE MALADE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




SUR MON LIT DE MALADE

Dans la pure lumière de l’aube qui point
je vis l’Univers ceint de la Couronne de Paix.
De leur tête inclinée les arbres lui donnaient leur bénédiction.
Solidement établie au coeur de l’Univers, la Paix
se garde elle-même à travers les luttes et la douleur au long des âges.
Dans ce monde tourmenté, elle se manifeste chaque jour, à l’aube et au crépuscule.

O Poète, héraut du Bien,
tu as sûrement reçu son invitation.
Si, ignorant son appel,
tu deviens le porte-parole du désespoir,
l’émissaire de la difformité,
si tu joues faux sur une harpe cassée,
défigurant l’éternelle vérité de l’Univers,
alors pourquoi as-tu été mis au monde ?
Dans les rizières pourquoi laisse-t-on les chardons prospérer,
pour insulter la faim de l’Homme ?

Si le malade considère la maladie comme l’ultime vérité,
mieux vaut mourir en silence.
Le poète dans l’Homme devrait-il ne devenir qu’objet de disgrâce
en suivant les sentiers d’une imagination sans pudeur,
et mettant un masque éhonté
devrait-il ternir l’éclat de la figure humaine ?

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Alex Alemany

 

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SOLEIL PÂLE (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
SOLEIL PÂLE

De pâles rayons brillent
Nourrissant quelques fleurs
Ficaires pâquerettes et puis ce brin de vert
Sur l’aubépine
De la haie jonchée de feuilles mortes

Ces hérauts disent
Que le printemps vient à grands pas
Et l’écolier qui les remarque
Gaspille une heure buissonnière
Contre la vieille haie du clos

Cueillant les pâquerettes
Et les fleurs de ficaire
Heureux du renouveau et de tout ce qu’il voit
Il ouvre son manuel
Pour y cacher ses fleurs

Les ombres accusées
Noires au pâle soleil
Gisent le long du jour blafard
Telles de noires souches sous les haies
Et sous les arbres nus que le vent berce

Il fait glacial mais bon —
Au fond de la haie qu’ourle
Une brune litière de feuilles mortes laissées
Par la saison dernière
La fauvette patiente

Tremblant de l’aile et gazouillant
Sa bienvenue aux pâles rayons
Qui percent — et là, plus loin
Fait de mousse verte
Le nid se montre avec ses oeufs bleu vert

Tout promet le printemps et chaque jour
De vertes et de plus vertes haies
Auprès comme au loin apparaissent
Ce n’est que Mars pourtant
Oui mais ce Mars c’est le printemps

***

THE PALE SUN

Pale sunbeams gleam
That nurtur a few flowers
Pilewort & daisey & a sprig o’ green
On whitethorn bushes
In the leaf strewn hedge

These harbingers
Tell spring is coming fast
& these the schoolboy marks
& wastes an hour from school
Agen the old pasture hedge

Cropping the daisey
& the pilewort flowers
Pleased with the Spring & all he looks upon
He opes his spelling book
& hides her blossoms there

Shadows fall dark
Like black in the pale sun
& lye the bleak day long
Like black stock under hedges
& bare wind rocked trees

Tis chill but pleasant —
In the hedge bottom lined
With brown seer leaves the last
Year littered there & leftt
Mopes the hedge sparrow

With trembling wings and cheeps
Its welcome to pale sunbeams
Creeping through — & further on
Made of green moss
The nest & green-blue eggs are seen

All token spring & everyday
Green & more green hedges & close
& everywhere appears —
Still tis but March
But still that March is Spring

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Il est des gens qui discutent sur la religion (Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



    

Il est des gens qui discutent sur la religion.
D’autres hésitent entre le doute et la certitude.
Un héraut surgira à l’improviste et dira:
“Ignorants, le chemin n’est ni celui-ci ni celui-là!”

(Omar Khayam)

 

 

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JE VIENDRAI QUAND TU CONNAITRAS LA PIRE ANGOISSE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



Illustration: Johann Heinrich Füssli
    
JE VIENDRAI QUAND TU CONNAÎTRAS LA PIRE ANGOISSE

Je viendrai quand tu connaîtras la pire angoisse,
Allongé, seul, dans la chambre assombrie,
La folle joie de la journée évanouie
Et l’heureux sourire banni
Des ténèbres glacées du soir.

Je viendrai quand le vrai sentiment de ton coeur
Régnera pleinement, sans rien pour le gauchir,
Et que mon influence, se glissant en toi,
Aggravant la désolation, gelant la joie,
Emportera ton âme.

Ecoute : voici l’heure, voici
Pour toi le moment redoutable;
Ne sens-tu pas déferler sur ton âme
Un flot d’étranges sensations,
Signes avant-coureurs d’un plus rude pouvoir,
Hérauts de mon avènement?

***

I’LL COME WHEN THOU ART SADDEST

I’ll come when thou art saddest,
Laid alone in the darkened room;
When the mad day’s mirth has vanished,
And the smile of joy is banished
From evening’s chilly gloom.

I’ll
come when the heart’s real feeling
Has entire, unbiassed sway,
And my influence o’er thee stealing,
Grief deepening, joy congealing,
Shall bear thy soul away.

Listen, ’tis just the hour,
The awful time for thee;
Dost thou not feel upon thy soul
A flood of strange sensations roll,
Forerunners of a sterner power,
Heralds of me?

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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LES HERAUTS NOIRS (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2016



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LES HERAUTS NOIRS

Il y a, dans la vie, des coups si forts… Moi je ne sais!
Des coups comme de Dieu la haine; comme si avant eux
le ressac de tout ce qui fut souffert
se déposait dans l’âme… Moi je ne sais!

Ils sont peu nombreux; mais ils sont… Ils creusent d’obscurs sillons
sur le plus fier visage, sur le dos le plus fort.
Ils sont parfois les poulains de barbares attilas;
ou bien les hérauts noirs que la Mort nous envoie.

Ce sont les chutes profondes des Christs de l’âme,
d’une adorable foi que le Destin blasphème.
Ces coups sanglants sont les crépitations
d’un pain brûlant pour nous à la porte du four.

Et l’homme… Pauvre… Pauvre! Il tourne les yeux, comme
quand sur l’épaule un battement de main nous appelle;
il tourne des yeux fous, et tout ce qu’il vécut
se dépose, comme une flaque de remords, dans le Regard.

Il y a des coups dans la vie, si forts… Moi je ne sais!

***

LOS HERALDOS NEGROS

Hay golpes en la vida, tan fuertes… Yo no sé.
Golpes como del odio de Dios; como si ante ellos,
la resaca de todo lo sufrido
se empozara en el alma… Yo no sé.

Son pocos; pero son… Abren zanjas oscuras
en el rostro más fiero y en el lomo más fuerte.
Serán tal vez los potros de bárbaros atilas;
o los heraldos negros que nos manda la Muerte.

Son las caídas hondas de los Cristos del alma,
de alguna fe adorable que el Destino blasfema.
Esos golpes sangrientos son las crepitaciones
de algún pan que en la puerta del horno se nos quema.

Y el hombre… Pobre… pobre! Vuelve los ojos, como
cuando por sobre el hombro nos llama una palmada;
vuelve los ojos locos, y todo lo vivido
se empoza, como un charco de culpa, en la mirada.

Hay golpes en la vida, tan fuertes … Yo no sé!

(César Vallejo)

Illustration: Eduardo Kingman

http://www.nidodepoesia.com/valleherald.htm

 

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LES CHERCHEURS (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2015



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LES CHERCHEURS

Ils m’ont dit :  » Insensé, vois-tu pas que bientôt
Notre science aura dépassé le mystère
Et que tes vagues chants de rêveur solitaire
N’auront plus que le sens banal d’un memento ?

Ne sens-tu pas que l’art où ta voix s’extasie
Ne ressortit déjà qu’au rituel des morts
Et qu’avant peu sans grande larme ni remords,
Du monde nous t’aurons proscrite, ô poésie !

Ton Pégase pour nous n’est qu’un cheval robot ;
Notre Verbe est un chiffre et notre lyre un Morse ;
Notre Muse a trois noms, masse, vitesse, force ;
Nous sommes désormais des temps le seul flambeau. »

J’ai répondu :  » Je vois, à mesure que l’homme
Découvre davantage et du globe et du ciel,
Qu’en dépit d’un élan qu’il croit torrentiel
Grandissent du mystère et l’arcane et la somme ;

Que vos pas de savants sont vains, que vos progrès
A l’échelle de l’infini sont illusoires,
Que c’est au fond la même sorte de victoires
Où tendent vos calculs et nos chants enivrés.

Je sais même que l’art est pour l’homme qui pense
Ce que sont pour l’amant la grâce et la beauté,
Que de la conscience il est la volupté
Comme de la sagesse il est la récompense.

Nos dieux ne sont-ils pas, d’ailleurs, les mêmes dieux,
La nature et l’espace et le rythme et le nombre ?
N’est-ce pas, comme nous, du silence et de l’ombre
Que vous faites surgir le sicle radieux ?

Découvrir n’est-ce pas créer de l’aventure
Et l’aventure existe-t-elle sans héros ?
Et ceux-ci n’ont-ils pas besoin, eux, de hérauts
Pour de leurs gestes faire une geste qui dure ?

Dites, que serviront tous vos cerveaux penchés
Si nul marin ne tend sur vos ondes ses voiles,
Ni vos cailloux géants lancés dans les étoiles
S’ils ne sont d’un poète ou d’un fou chevauchés ?

Et n’est-ce pas d’abord notre rêve et son aile
Qui du zénith soumit le ciel jusqu’au nadir?
Votre science humaine y peut, certes, grandir,
Mais divine, la nôtre y demeure éternelle.  »

(Pascal Bonetti)

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J’ai été poursuivant d’Amour (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2015




J’ai été poursuivant d’Amour,
Mais maintenant je suis héraut;
Je dois monter sur la tribune
Pour juger les tours amoureux.

Quand je verrai faire à rebours,
Dieu sait si je crierai bien haut:
«J’ai été poursuivant d’Amour,
Mais maintenant je suis héraut ! »

Si les amants se montrent gourds,
A l’instant je verrai leur faible ;
Devant moi i1 faut marcher droit !
Aimer, j’en sais par coeur le cours :
J’ai été poursuivant d’Amour !

(Charles d’Orléans)

Illustration: Odilon Redon

 

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LA CORNE DU HÉRAUT (Alfred Jarry)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2015



 

Michael Page 1979 - American Pop Surrealism painter -   (15) [1280x768]

LA CORNE DU HÉRAUT

Pouls dans le vent, pouls dans la mer, pouls sur la nuit qui fuit !
La toux du pouls clans mes artères bruit.
Les cornes des piliers forent leurs graminées
Comme les cors vrillés d’Ammon d’en haut sonnés.
Cloisonnant ton coeur de son marteau doux
Bergère d’Ammon, d’en haut tonne et bruit
Sur le vent, la mer et la nuit.
Le
Pouls.

Les oursins ronds ont hérissé leurs crins.
Les chevaux de mer de leur crinière de fer se creusent les reins
Et la rafale tonne et tord les cors et les cornes.
Voici le vol griffu des hippocampes au lieu des cornes d’Ammon.
Lourd sur le vent, lourd sur la mer, lourd sur la crête
Des bruits
Tapi clans les feuilles comme grimpe un menteur loup garou
Le
Pouls.

Pouls dans la vie et sur la mer hors de la nuit,
Hors du sommeil et par le bruit.
Mort pointillée en repos qui survit
Où soupçonne et bout et tonne partout
Le
Pouls.

(Alfred Jarry)

Illustration: Michael Page

 

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