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Dedans ces prés herbus et spacieux (Vincent Voiture)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



Albert Pinkham Ryder  -Gay_Head

Dedans ces prés herbus et spacieux,
Où mille fleurs semblent sourire aux Cieux,
Je viens blessé d’une atteinte mortelle
Pour soulager le mal qui me martèle,
Et divertir mon esprit par mes yeux.

Mais contre moi mon coeur séditieux
Me donne plus de pensers soucieux
Que l’on ne voit de brins d’herbe nouvelle
Dedans ces prés.

De ces tapis le pourpre précieux,
De ces ruisseaux le bruit délicieux,
De ces vallons la grâce naturelle,
Blesse mes sens, me gêne et me bourelle,
Ne voyant pas ce que j’aime le mieux
Dedans ces prés.

(Vincent Voiture)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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Mais tourne le dos, ma pensée ! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2019



 

Mais tourne le dos, ma pensée !
Viens ; les bois sont d’aube empourprés ;
Sois de la fête ; la rosée
T’a promise à la fleur des prés.

Quitte Paris pour la feuillée.
Une haleine heureuse est dans l’air ;
La vaste joie est réveillée ;
Quelqu’un rit dans le grand ciel clair.

Viens sous l’arbre aux voix étouffées,
Viens dans les taillis pleins d’amour
Où la nuit vont danser les fées
Et les paysannes le jour.

Viens, on t’attend dans la nature.
Les martinets sont revenus ;
L’eau veut te conter l’aventure
Des bas ôtés et des pieds nus.

C’est la grande orgie ingénue
Des nids, des ruisseaux, des forêts,
Des rochers, des fleurs, de la nue ;
La rose a dit que tu viendrais.

Quitte Paris. La plaine est verte ;
Le ciel, cherché des yeux en pleurs,
Au bord de sa fenêtre ouverte
Met avril, ce vase de fleurs.

L’aube a voulu, l’aube superbe,
Que pour toi le champ s’animât.
L’insecte est au bout du brin d’herbe
Comme un matelot au grand mât.

Que t’importe Fouché de Nantes
Et le prince de Bénévent !
Les belles mouches bourdonnantes
Emplissent l’azur et le vent.

Je ne comprends plus tes murmures
Et je me déclare content
Puisque voilà les fraises mûres
Et que l’iris sort de l’étang.

***

Fuyons avec celle que j’aime.
Paris trouble l’amour. Fuyons.
Perdons-nous dans l’oubli suprême
Des feuillages et des rayons.

Les bois sont sacrés ; sur leurs cimes
Resplendit le joyeux été ;
Et les forêts sont des abîmes
D’allégresse et de liberté.

Toujours les coeurs les plus moroses
Et les cerveaux les plus boudeurs
Ont vu le bon côté des choses
S’éclairer dans les profondeurs.

Tout reluit ; le matin rougeoie ;
L’eau brille ; on court dans le ravin ;
La gaieté monte sur la joie
Comme la mousse sur le vin.

La tendresse sort des corolles ;
Le rosier a l’air d’un amant.
Comme on éclate en choses folles,
Et comme on parle innocemment !

O fraîcheur du rire ! ombre pure !
Mystérieux apaisement !
Dans l’immense lueur obscure
On s’emplit d’éblouissement.

Adieu les vains soucis funèbres !
On ne se souvient que du beau.
Si toute la vie est ténèbres,
Toute la nature est flambeau.

Qu’ailleurs la bassesse soit grande,
Que l’homme soit vil et bourbeux,
J’en souris, pourvu que j’entende
Une clochette au cou des boeufs.

ll est bien certain que les sources,
Les arbres pleins de doux ébats,
Les champs, sont les seules ressources
Que l’âme humaine ait ici-bas.

O solitude, tu m’accueilles
Et tu m’instruis sous le ciel bleu ;
Un petit oiseau sous les feuilles,
Chantant, suffit à prouver Dieu.

(Victor Hugo)

Illustration: Chantal Dufour

 

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AU BORD D’UN RUISSEAU (Xin Qiji)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



AU BORD D’UN RUISSEAU

Devant une petite chaumière
Les herbes vertes bruissent
Au bord d’un ruisseau
Des voix grisées fredonnent
Avec l’accent du Sud
Un couple aux cheveux grisonnants chante

Leur fils aîné sarcle le soja
A l’est du cours d’eau
Leur second tisse une cage à poules
Leur dernier, couché par terre au bord de l’eau
S’amuse à égrener les lotus

(Xin Qiji)

Illustration: Blog de Tanakia

 

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Seigneur Temps! (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019


Chronos,sleeping_on_Wolff_grave-ME_fec


Seigneur Temps!
folles herbes!
marcheurs puissants!

(René Char)

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PLEINEMENT (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019



PLEINEMENT

Quand nos os eurent touché terre,
Croulant à travers nos visages,
Mon amour, rien ne fut fini.
Un amour frais vint dans un cri
Nous ranimer et nous reprendre.
Et si la chaleur s’était tue,
La chose qui continuait,
Opposée à la vie mourante,
A l’infini s’élaborait.
Ce que nous avions vu flotter
Bord à bord avec la douleur
Était là comme dans un nid,
Et ses deux yeux nous unissaient
Dans un naissant consentement.
La mort n’avait pas grandi
Malgré des laines ruisselantes,
Et le bonheur pas commencé
A l’écoute de nos présences;
L’herbe était nue et piétinée.

(René Char)

Illustration

 

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L’INITIAL (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019



Illustration: Josephine Wall
    
L’INITIAL
Âditama

Qui en mon for intérieur muet
arpente les brumes de ma pensée,
demeure près du coeur et pourtant
reste distant,
qui habite l’air à jamais inouï?
Mon espérance est de le chanter —
mais mon jour passe dans le silence
lancinant
de ne pouvoir dire mon sentiment.
Où sont les mots, les mots
qui me fuient ?

Le monde en pleurs qui ruisselle
dans mon sang
que veut-il —
qui connaît le message du primitif
originel ?

Le rayon qui franchit l’orage
perçant le voile des vapeurs
pour venir embrasser la planète
est l’enfant du paradis ;

les mots qu’il lui dit à l’oreille
la terre encore aujourd’hui
en répand le souvenir
parmi les brins d’herbe —
et entend,
les yeux sur son passage rivés,
l’air de son chant.

La pulsion première de la vie
palpite dans la moelle des figuiers,
ses harmoniques insonores vibrent .
nuit et jour au fond du ciel —
et mes veines jusque dans les fibres
résonnent d’elle ;

et dans les profondeurs du conscient
une danse se compose
de figures invisibles
au chant du feuillage susurrant.

Volubiles sont ces arbres, ces plantes
en feuilles et en fleurs —
au fond de l’abysse de silence
où le verbe est roi,

au travers des terres et des eaux
silencieux
j’écoute la respiration première
sacrée,
j’entends la muette rumeur
de la pensée enfouie.

Dans cet univers orphelin de parole
qui s’étend de la poussière terrestre
aux confins stellaires
je prends place
les yeux ouverts emplis d’un chant
sans sonorité.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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Anecdote (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2019


Dans l’étang,
C’était toi.

C’était en toi,
L’étang.

C’était nous deux, ce rire
Dans le chemin bordé de ronces.
Et nos mains réunies, c’était beaucoup de sève,
Et nos regards d’envahisseurs,
C’était le noir vers l’ouverture,
C’était le minéral ennuyé de sa masse
Qui se veut liane dans l’espace.

Nous deux dans l’herbe
Avec la terre, avec le ciel,
C’était l’espoir
De tous les autres dans le vent.

Ce que nous fîmes,
C’était gagné pour tous.

Et c’est bénis par l’air au nom de ce qu’il touche
Que le chemin nous a repris.

(Guillevic)

Illustration: Vladimir Kush

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Je suis à part entière (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2019


 

Oui, dit l’herbe,
Dans les prairies
Je suis à part entière.

(Guillevic)

Illustration

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UNE NUIT PRINTANIÈRE (Liu Yong)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2019



UNE NUIT PRINTANIÈRE

Debout sur le balcon fragile
Je me laisse griser par la brise légère
Mélancolique, mon regard s’étend
sur le sombre horizon printanier
Les derniers rayons du soleil couchent sur l’herbe
Qui comprend ma pensée silencieuse
Qui s’envole par-dessus la balustrade ?

J’essaie de noyer dans l’ivresse ma désinvolture
Devant la coupe je m’égaie en chantant
Du plaisir forcé, je ne me sens pas heureux
Certes, ma robe me va trop large
Je ne regrette pas d’avoir maigri pour le vin

(Liu Yong)

Illustration

 

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O bêtes (René Brock)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2019



Chien, mésange, crapaud, noire araignée, cétoine,
O bêtes, ô douces, ô bonnes,
Délicates solidités
Fraîches comme le basilic,
O patientes,
A la merci, à la merci.
Mes camarades dans les herbes,
Mes frères dans le temps.

(René Brock)

 

 

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