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Drôles d’oiseaux (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2017



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A quelques pas, au bord de l’herbe ensoleillée,
un merle étonné tenait un noyau dans son bec et m’observait.
Son étonnement se teintait de pitié.
J’entendis aussitôt se faufiler en moi
la voix rassurante et moqueuse de Léontine:
« Chaque être, dans ce monde, rapporte tout à soi.
Ce volatile en te regardant a fait une retouche à ton genre:
« Drôles d’oiseaux, ces hommes à une seule plume ». »

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Vestiaire des anges
Editions: Grasset

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L´éternel mirage (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017



 

Illustration: Josephine Wall
    
L´éternel mirage

Et le vent coulera parmi les herbes lisses,
Les tiges d’angélique et les brins de mélisse;
La mousse entourera comme un souple linceul
Les vieux rochers et les racines des tilleuls.

Je dormirai dans l’odeur triste des fontaines,
Dont le flot déroulé comme une écharpe traine,
Et je palpiterai aux sanglotants aveux
Que prodigue la brise à leurs bords vaporeux.

Je serai confondue au murmurant cantique
Des sources s’égouttant dans le bois noir, la nuit,
Infiltrant lentement leur âme fluidique
Sous la sombre bruyère où mon âme la suit.

Je serai la fraîcheur tranquille après la pluie
Des troënes et des prèles glacés d’argent,
Le silence attendri, les rayons où s’essuie
La ronce bleue au long des pentes s’effrangeant.

Je serai le reflet qui songe et qui transpose,
Le rêve frissonnant des coudriers sur l’eau,
L’âcreté des bourgeons, le miel sucré des roses,
Le baiser haletant aux lèvres de l’écho.

Je serai le miroir clair à travers l’espace
Et qui saisit parfois au fond du ciel serein
La trace d’une image immense qui s’efface;
Je me tendrai vers toi, ô visage divin.

(Marie Dauguet)

 

 

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Quand je mourrai! (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
Quand je mourrai!

Je voudrais pour linceul, non la toile aux plis raides,
Non point le lin blanchi parmi l’herbe des prés,
Mais un tissu plus doux aux doigts que du sang tiède,
Un lambeau d’un couchant pourpré.

Je voudrais me mêler à l’océan des seigles
Qui réfléchit le ciel en son déferlement;
Aux palpitations des sainfoins qu’un vent frêle,
En juin, berce languissamment;

Devenir l’or des blés fauchés qu’on enjavèle,
Le chaume ensoleillé où des moissonneurs las
Dressent les lourds gerbiers dont la cime étincelle
Et qu’entoure une ombre lilas.

Je voudrais, quand la lune en manteau d’améthyste
Vers le gouffre des puits se penche, m’écouler
Et sangloter unie aux plaintes de l’eau triste,
S’égouttant des joints descellés.

Je voudrais que mon âme errante s’évapore
Comme un parfum flottant de lavande et de buis,
Confondue au sourire éclatant de l’aurore,
Aux larmes que verse la nuit.

(Marie Dauguet)

 

 

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S’asseoir sur un murger… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Alexander Nedzvetskaya
    
S’asseoir sur un murger…

S’asseoir sur un murger, les pieds dans les broussailles
Et les doigts enlacés aux rugueuses pierrailles,
Seule avec les lointains où le soleil se meurt,
Seule avec sa pensée et seule avec son coeur.

Respirer le parfum des herbes attiédies,
Ecouter la cigale aux lentes psalmodies
Vibrer parmi les brins séchés des serpolets,
Voir s’embrumer du soir le vitrail violet.

Voir s’élever du creux des placides jachères,
En arceaux imprécis, l’encens crépusculaire,
Et l’orchis opalin de la lune, aux prés bleus
Du ciel, éparpiller son pollen nébuleux.

Savourer cette odeur de la lande que baigne
Quelque ruisseau muet et filtrant sous les sphaignes,
Savourer cette odeur enivrante qui sort
Mystérieusement de la gèbe qui dort.

Goûter le souffle obscur de la forêt prochaine
Dont le frisson murmure au feuillage des chênes,
La fauve et l’âcre odeur qui vient comme un baiser
De faune sur la bouche ardemment se poser.

Et n’être que la nuit, le parfum, la bruyère,
Le tourbillon léger des derniers éphémères,
Etre le serpolet bruissant sous ma main,
Fuir hors de ce cachot qu’on nomme un coeur humain,

Mais, dans l’humilité douce des moindres choses,
Devenir l’herbe morte où le grillon repose,
Ou bien le roitelet lassé de pépier
Qui perche sommeilleux aux branches des ronciers.

(Marie Dauguet)

 

 

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LES PARFUMS (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Malinowsky
    
LES PARFUMS

J’ai recueilli tous vos trésors, molles errances,
Haleine aux soirs dormants qu’ont les chanvres rouis,
Les trèfles que l’on fauche en la brume enfouis
Et les sainfouins qu’un souffle matinal balance.
J’ai recueilli tous vos trésors, molles errances.

Je connais la douceur que vos parfums renferment,
Chambres à four où le pain brûlant fume encor,
Margelle des vieux puits parés de mousse d’or
Et, pleine de fumier, cour sereine des fermes.
Je connais la douceur que vos parfums renferment.

J’ai saisi quelquefois, rêvant dans l’écurie,
Où le souffle des boeufs sortant des mufles blonds
Monte en brouillard d’azur, un peu l’âme qu’ils ont
De résignation calme et de paix fleurie.
J’aime l’odeur qui flotte aux murs de l’écurie.

J’ai goûté bien souvent l’arôme ambrosiaque
Des sarrasins meurtris qu’écrasent les fléaux
Et des tiges s’entassent en pourpres monceaux,
Pendant que le grain noir jaillit et qu’on l’ensaque.
J’ai goûté bien souvent l’arôme ambrosiaque,

En septembre, des fruits tombant dans l’herbe humide,
De l’estragon, des lys, des floraisons d’asters
Et des noyers livrant leurs feuillages amers,
Sous le ciel pluvieux, au vent qui les oxyde.

Et j’ai fait un linceul à mes désirs défunts,
Par les vergers d’automne et que la brume inonde,
De l’effeuillement doux des roses moribondes:
Mon âme est une amphore où dorment des parfums.

(Marie Dauguet)

 

 

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Tant d’ouate… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Martine Ivaldi
    
Tant d’ouate…

Tant d’ouate sanguinolente,
Parmi les marais s’entassant,
Toutes ces odeurs si ferventes
Qu’exhale l’étang croupissant…

Il monte des mauves bourbiers
Où pourrit l’herbe par torchées,
Des parfums comme extasiés
Vers quelles déités cachées?

Des parfums d’un tel idéal
Evocateurs et d’une ivresse
Si pénétrante qu’ils font mal:
Poignard aigu qui vous transperce,

Ou langoureux baiser qui mord.
Quel secret profond balbutie
Par delà l’amour et la mort
La vase où baignent les orties?

(Marie Dauguet)

 

 

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Le soleil… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le soleil…

Le soleil, une braise en un sombre encensoir
Dont la sanglante flamme aux bords des gués s’allume;
Le pâquis submergé jusqu’à l’horizon fume,
La rivière galope à travers les prés noirs.

Et partout, cette odeur d’herbe morte et d’écume,
D’inconnu s’enfuyant dans la brume du soir,
Comme un souffle d’amour si douce à percevoir
Parmi les joncs courbés que sa lqngueur parfume.

Mais le lointain soleil insensiblement meurt,
A peine reflétée à l’eau trouble qui vire,
La dernière clarté en frissons lents expire.

Tel un errant baiser, plus rien que cette odeur
Voluptueuse autant qu’un appel de chair nue
Qui monte dans la nuit où la clarté s’est tue.

(Marie Dauguet)

 

 

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Viens nous-en… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration
    
Viens nous-en…

Viens nous-en aux pentes rudes
Où la bruyère fleurit,
Ecouter la solitude,
Le bris

De l’herbe sèche et la brume
S`égoutter des ajoncs morts;
Aux bouleaux mouillés qui fument
L’essor

Des geais fuyards, et cette aigre
Chanson vibrer du vent faux,
Promenant dans l’herbe maigre
Sa faux.

La rauque plainte s’étrangle
De l’eau sous les joncs fleuris,
D’où quelque vol en triangle
Surgit.

Ecoutons tomber les baies
Blettes au pied des sorbiers
Et pleurer la sourde plaie
De nos désirs prisonniers.

(Marie Dauguet)

 

 

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A l’ombre des alisiers… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration
    
A l’ombre des alisiers…

A l’ombre des alisiers,
J’écoute la mouille lascive
Et son cantique à la dérive
Si tendrement psalmodié.

Je l’écoute à travers la vase
Le sanglotement jamais las,
Plaintes que vous eûtes, suaves
Livres que l’amour assembla.

J’aime l’odeur des herbes rousses,
Fourrure où s’enfoncent mes mains
Et que l’eau fuyante rebrousse
En se frayant de bleus chemins.

J’aime l’amertume qui rôde,
Forte et puissante comme un cri,
Des bois que l’automne corrode,
Appel que mes sens ont compris.

J’aime me coucher sur la terre
Comme sur un coeur oppressé;
Appuyer mon coeur solitaire
D’immenses désirs harassé;

Sentir mon corps ardent se fondre,
Métal dans un creuset dissous,
Nature, en ta langueur profonde,
Près de la mouille aux spasmes doux.

(Marie Dauguet)

 

 

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La neige charge l’herbe fine (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017




    
La neige charge l’herbe fine.
Elle tombe en tournoyant comme les graines de l’érable,
comme une seule ample et silencieuse graine blanche sur le village.
Ou la lune mince au-dessus des ramilles noires.

(Philippe Jaccottet)

 

Recueil: La semaison
Editions: Gallimard

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