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Nous avons eu trop de consécration (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Les murs ne tombent pas
[39]

Nous avons eu trop de consécration,
pas assez d’affirmation,

trop : mais ceci, ceci, ceci
s’est avéré hérétique,

pas assez : je sais, je sens
le sens que cachent les mots ;

ce sont des anagrammes, des cryptogrammes,
de petites boîtes, conditionnées

pour faire éclore des papillons…

***

We have had too much consecration,
too little affirmation,

too much:but this, this, this
has been proved heretical,

too little: I know, I feel
the meaning that words hide;

they are anagrams, cryptograms,
little boxes, conditioned

to hatch butterflies .. .

(Hilda Doolittle)

 

 

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Soleil (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Soleil

[De la difficulté de convertir un Aztèque]
Une fois baptisé sous le nom d’Esteban, l’Aztèque se fixa à Mexico,
où il vécut d’une pension modique que lui faisait le gouvernement
en qualité de descendant de Montézuma.
Des doutes s’étaient élevés plusieurs fois sur la sincérité de sa conversion,
et on songeait à le faire passer de nouveau devant le saint-office, lorsqu’il tomba gravement malade.
Il demanda à voir un médecin: ses voisins, plus charitables, lui envoyèrent un prêtre.

—Frère Esteban, lui dit le prêtre, le moment est venu de recommander votre âme à Dieu.
—Je ne m’appelle pas Esteban, dit la cacique, on me nomme Tumilco. Allez-vous en.
—Songez à Dieu, mon frère.
—Ton Dieu n’est pas le mien, reprit Tumilco; qu’on ouvre les fenêtres.
On obéit à ce désir. Le soleil à son déclin brillait encore à l’horizon.
—Voilà mon Dieu, s’écria le cacique, c’est celui de mes pères. Soleil, reçois ton enfant dans ton sein.
—Le prêtre se cacha les yeux avec la main, fit le signe de la croix, et murmura: Vade retro Satanas.
—Vous empêcheriez plutôt le tournesol de suivre le marche du soleil,
que ces héritiques de revenir au culte de leur astre. Voilà ce qu’on a gagné à ne pas le brûler.

Le voisin charitable qui prononçait cette oraison funèbre, ne se doutait pas que Tumilco le cacique
n’était autre chose que l’incarnation du Tournesol.
En adorant le soleil, il ne faisait que suivre la loi de la nature.

(J.J. Grandville)

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CHORAL (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

CHORAL

Henni par le silex,
au train de rêve qui te faisait galoper
sur le champ
envahi de trèfle :

le peu de
terre qui remonte péniblement
vers nous brisé
par l’aigre stridence du fifre
qui te fouaille, des millions de fois,
dans ton ultime
parole hérétique.

Lentement,
tu enfonces ton doigt dans la plaie
d’où ma voix
s’échappe.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Perds-toi dans mon jardin hérétique (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



 

Perds-toi dans mon jardin hérétique
cache-toi dans la poussière de mes os
dans les taches du mur et de mes yeux
dans la nuit ancienne de mes mots
ta peine est une braise
qui nourrit les oiseaux et les abeilles
quand brûle la cire de tes larmes

ton coeur se transforme en gouttes
d’eau et de lumière

fleur sans racine
de mon jardin de suie

(Luis Mizón)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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La blanchisserie (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2017



La blanchisserie

Les inquisiteurs sont parmi nous.
Ils vivent dans les sous-sols des grands immeubles.
Et seule l’inscription BLANCHISSERIE trahit leur présence.
Des tables aux muscles marron bandés,
de puissants rouleaux qui écrasent lentement mais précisément,
une impitoyable courroie d’entraînement nous y attendent.
Les draps qu’on emporte de la blanchisserie
sont comme les corps exsangues des sorcières et des hérétiques.

(Zbigniew Herbert)

 

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ENERVEMENT D’ANGOISSE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2016



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ENERVEMENT D’ANGOISSE

Douce juive, décloue ma dormition d’argile,
décloua ma tension nerveuse et ma douleur…
Décloue, éternelle aimée, mon interminable ahan et les
deux clous de mes ailes et le clou de mon amour !

Je reviens du désert où je suis beaucoup tombé ;
retire la ciguë et offre-moi tes vins ;
chasse, dont la mimique est la cécité ferrée de Longins,
mes sicaires, avec des pleurs d’amour.

Décloue mes clous, oh ma nouvelle mère!
Symphonie d’oliviers, verse à longs flots tes pleurs !
Alors, tu attendras, assise près de ma chair morte,
la menace qui cède et l’alouette qui s’enfuit !

Tu passes… tu reviens… Ton deuil tresse mon grand cilice
avec des gouttes de curare, tranchants de l’humanité,
la dignité de roc présente dans ta chasteté,
le mercure judithesque de ton miel intérieur.

Il est huit heures d’un matin sorcier crème…
Il y a du froid… Un chien passe rongeant l’os de l’autre
chien qu’il fut. Commence à pleurer dans mes nerfs
l’allumette que j’éteignis en capsules de silence!

Dans mon âme hérétique, chante sa douce fête asiatique
un dionysiaque ennui de café…!

***

NERVAZÓN DE ANGUSTIA

Dulce hebrea, desclava mi tránsito de arcilla;
desclava mi tensión nerviosa y mi dolor….
Desclava, amada eterna, mi largo afán y los
dos clavos de mis alas y el clavo de mi amor!

Regreso del desierto donde he caído mucho;
retira la cicuta y obséquiame tus vinos:
espanta con un llanto de amor a mis sicarios,
cuyos gestos son férreas cegueras de Longinos!

Desclávame mis clavos ¡oh nueva madre mía!
¡Sinfonía de olivios, escancia tu llorar!
Y has de esperar, sentada junto a mi carne muerta,
cuál cede la amenaza, y la alondra se va!

Pasas… vuelves… Tus lutos trenzan mi gran cilicio
con gotas de curare, filos de humanidad,
la dignidad roquera que hay en tu castidad,
y el judithesco azogue de tu miel interior.

Son las ocho de una mañana en crema brujo….
Hay frío….Un perro pasa royendo el hueso de otro
perro que fue….Y empieza a llorar en mis nervios
un fósforo que en cápsulas de silencio apagué!

Y en mi alma hereje canta su dulce fiesta asiática
un dionisiaco hastío de café….!

(César Vallejo)

 Illustration: Daria Petrilli

 

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