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Poésie

Posts Tagged ‘hérissé’

Les épines (Lucian Blaga)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018




    
Les épines

J’étais enfant. Je me souviens, j’étais allé cueillir
des roses sauvages.
Elles étaient tout hérissées d’épines,
mais je n’ai pas voulu les enlever.
je croyais que c’étaient — des bourgeons
qui un jour fleuriraient.

Plus tard je t’ai rencontrée. Ô, que d’épines,
que d’épines te hérissaient,
mais je n’ai pas voulu te les arracher —
je pensais qu’un jour elles fleuriraient.

Aujourd’hui, tout cela me revient
en mémoire et je souris. Je souris
et je vais par les vallées
jouant avec le vent. J’étais enfant.

(Lucian Blaga)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Les poèmes de la lumière
Traduction: Jean Poncet
Editions: Jacques André

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La porte (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
La porte

Parmi les vains chemins de cendres et de sable
Et les fauves soleils à l’éclat meurtrier,
Nous avons marché vers toi, Porte redoutable,
Qui fermes l’horizon de tes battants d’acier.

Ton métal flamboyait, tel le glaive de l’ange;
Emportant en nos coeurs l’espoir comme un bleuet,
Nous allions fascinés par ta splendeur étrange
Dans la dure clarté qui nous exténuait

Et plus nous approchions, plus tu semblais géante,
Assujettie au roc, faite d’éternité,
Reflétant les couchants à ta face sanglante,
Incarnant du Destin l’impassibilité.

Aujourd’hui nous voici les doigts à tes ferrures
Et les pieds à ton seuil hérissé de chardons,
Essayant vainement nos clefs à tes serrures,
Attaquant du ciseau tes impeccables gonds;

Nous voici, suppliants que navre ton obstacle,
Sur la rouge colline au sol d’aridité,
Ebranlant ton silence, espérant le miracle
Que depuis sa naissance attend l’humanité.

Nos gestes sont dolents, nos poitrines creusées
Pour avoir trop heurté l’airain de ton vantail
Où la chair de nos mains saignantes s’est lassée
Au cours d’un inutile et décevant travail.

De lents éplorements, des pleurs, des bras en rêve
Des groupes sous la toge et d’autres sous le froc…
Un incessant effort vers toi qui se soulève,
S’effondre en t’abordant, porte scellée au roc…

Tandis que, dominant la foule, oiseau de proie
Guettant quel Prométhée en ses ongles saisir,
Parmi le ciel brûlant obscurément tournoie,
Tel l’antique vautour, l’immuable Dèsir!

(Marie Dauguet)

 

 

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Cette vie (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2017


Cette vie qui se termine en aveugle,
En appel d’une muette, en chair
Hérissée de peines, de peurs, oubliant
Avoir été l’unique sourire au cœur
De l’éternité. Que laissera-t-elle?
Qu’attend-elle Reconnaîtra-t-elle ses pleurs
D’enfant dans l’innommé outre-regard?

(François Cheng)

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Hérissé oursin humain (Jacques Jouet)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2017



Un corps parmi les pins
plié tout blanc dans la paume des sables
couché comme incapable
d’agiter autre terme que la main
et piqué de piquants
le hérissé oursin humain s’étire
il se casse de rire
avant que de rouler demande quand
revient le sentiment.

(Jacques Jouet)

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Comment s’est-elle glissée (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2017



Comment s’est-elle glissée dans mes nattes sombres
Cette douce mèche d’argent —
Toi seul, rossignol sans voix,
Sauras comprendre ce tourment.

Tu tends l’oreille vers le lointain
Tout hérissé tu scrutes
Les fines branches du cytise, et si s’élève la chanson d’un autre,
Tu retiens ton souffle.

Il y a peu, si peu de temps encore,
Les peupliers, alentour, se taisaient,
Et ta joie éclatait,
Chantait, empoisonnée.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Bonhomme de neige (Wallace Stevens)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Bonhomme de neige

Il faut posséder un esprit d’hiver
Pour regarder le gel et les branches
Des pins sous leur croûte de neige ;

Avoir eu froid longtemps
Pour contempler les genévriers hérissés de glace,
Les épicéas, bruts dans l’éclat lointain

Du soleil de janvier ; et ne pas imaginer
De détresse aucune dans le bruit du vent,
Le bruit d’une poignée de feuilles,

Qui est le bruit de l’étendue
Emplie du même vent
Soufflant dans le même lieu nu

Pour qui écoute, écoute dans la neige,
Et, n’étant rien lui-même, ne contemple
Rien qui ne soit là et le rien qui est.

***

The Snow Man

One must have a mind of winter
To regard the frost and the boughs
Of the pine-trees crusted with snow;

And have been cold a long time
To behold the junipers shagged with ice,
The spruces rough in the distant glitter

Of the January sun; and not to think
Of any misery in the sound of the wind,
In the sound of a few leaves,

Which is the sound of the land
Full of the same wind
That is blowing in the same bare place

For the listener, who listens in the snow,
And, nothing himself, beholds
Nothing that is not there and the nothing that is.

(Wallace Stevens)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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En chemin (Léon Dierx)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2016



 

Euan MacLeod

En chemin

Les dieux sont muets, et la vie est triste.
Pour nous mordre au cœur, les crocs hérissés,
Un noir lévrier nous suit à la piste.
Sur les fronts pâlis, sous les yeux baissés,
Dans les carrefours que la foule obstrue,
Parmi les chansons, les bruits de la rue,
Dans les yeux éteints, sur les fronts penchés,
Je cherche et je trouve une angoisse affreuse,
Un doute, un souci vainement cachés,
Un vieux souvenir qui monte et qui creuse ;
Et je vais ainsi, trésorier des pleurs,
En chemin quêtant soupirs et douleurs.
Ô passants ! vous tous qu’un regret harcèle,
Que ronge un tourment, remords ou désir,
Vous que brûle encor la chaude étincelle
Du songe enflammé qu’on n’a pu saisir ;
Le destin commun avec vous m’emmène :
Inconnus, salut dans la vie humaine !
Vous tous qui passez près de moi sans fin,
Inquiets, furtifs, le long des murailles,
Ames, cœurs, esprits, corps, emplis de faim,
Quel que soit le mal qui tord vos entrailles,
Vous versez en moi, trésorier du fiel,
Un regard profond, dédaigné du ciel.
Au nom du poète ivre d’amertumes,
Confident discret qui de 1′oei1 vous suit ;
Au nom du passé perdu dans les brumes ;
Au nom du silence ! au nom de la nuit !
Dans la vie humaine où je vous salue,
Au nom de tout rêve en qui l’ombre afflue,
Au nom de demain, au nom de toujours,
Je dis à chacun d’entre vous qui passe :
« Au revoir, ailleurs, plus loin, dans l’espace,
Sous un ciel muet peuplé de dieux sourds ! »

(Léon Dierx)

Illustration: Euan MacLeod

 

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