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Posts Tagged ‘héroïne’

Femmes aux frontières (Elvire Maurouard)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2019



 

Harding Meyer 1964 - Brazilian Portrait painter -   (2)

Femmes aux frontières

Le soir qui les grandit tombe sur leur destin
Héroïnes sans noms d’obscures épopées
Elles vont frêles leurs enfants enveloppés
Scandant leur marche aux coups de tirs lointains

De temps en temps parmi la violence intense
Jaillit d’un gosier jeune un chant sonore et clair
Dont vibre longuement l’atrocité de l’air
Et le refrain en choeur des poitrines s’élance

Elles rentrent ainsi sous les cieux assoupis
Et toutes par degrés sont bientôt confondues
Au vague demi-jour des pâles étendues
Sous leur double fardeau de misère alanguie

(Elvire Maurouard)

Illustration: Harding Meyer

 

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ATTENTE (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017




ATTENTE

Je l’ai guetté, ton pas, sur les marches du temple.
Le moindre bruit lointain résonnait dans mon coeur.
Est-ce Elle qui s’avance au-devant de mon ample
désir impérial de la prendre en vainqueur !

Ta chair est dans ma chair ; ton sang est dans mon sang.
De la synthèse naît l’âme des ordalies.
La neige fond avec l’ébène incandescent.
Contraste harmonieux ! Hautes anomalies !

L’antithèse a charmé l’augure hypnotisé.
Les rites de l’épreuve ont tout exorcisé.
Je suis l’élan jailli du flanc noir des Tropiques

Et toi, la fleur de serre au long des blancs frimas :
Le miracle nous vient de nos propres climats
D’avoir eu la beauté des rêves utopiques.

*

Nous voici de nouveau face au lac de nos rêves.
Au silence s’unit un crépuscule pur.
Ma main cherche ta main par des caresses brèves.
La lune est pleine à faire éclater tout l’azur.

Quelles vagues d’extase ensemble nous soulèvent
et nous transportent jusqu’au champ des astres d’or.
Sur terre et dans les cieux, tous les amants sont morts :
Il nous revient, ce soir, d’assurer la relève.

L’héroïne, c’est toi dont j’annonce le titre
aux siècles éblouis par ta fière beauté.
Notre amour remplit seul tout le dernier chapitre

du livre que les dieux pour l’homme ont inventé ;
et pour nous être aimés comme jamais l’on aime
ils nous marquent du sceau de leur plus bel emblème !

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: Sabin Balasa

 

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BRAISES (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2016



BRAISES

Pour Domingo Parra del Riego

J’éclairerai pour Tilia, dans la tragédie,
mes strophes en lourdes grappes;
chaque fruit mélodieux ensanglantera,
tel un soleil funèbre, des vins lugubres.
Tilia possédera la croix
toute de lumière à l’heure suprême.

J’allumerai pour Tilia, dans la tragédie,
la goutte du fracas qui est sur mes lèvres ;
et la lèvre, en moutonnant au seuil du baiser,
en cent pétales sacrés se brisera.
Tilia tiendra le poignard,
le poignard floricide et auroral!

Déjà dans l’ombre, héroïne, intacte et martyre,
tu posséderas la Vie sous tes semelles ;
lors que tu voiles, en récitant mes strophes,
mon front, comme une hostie tachée de sang rouge.
Et dans l’iris, vorace,
mon sang, comme un virus, boiras!

***

ASCUAS

Para Domingo Parra del Riego

Luciré para Tilia, en la tragedia,
mis estrofas en ópimos racimos;
sangrará cada fruta melodiosa,
como un sol funeral, lúgubres vinos.
Tilia tendrá la cruz
que en la hora final será de luz!

Prenderé para Tilia, en la tragedia,
la gota de fragor que hay en mis labios;
y el labio, al encresparse para el beso,
se partirá en cien pétalos sagrados.
Tilia tendrá el puñal,
el puñal floricida y auroral!

Ya en la sombra, heroína, intacta y mártir,
tendrás bajo tus plantas a la Vida;
mientras veles, rezando mis estrofas,
mi testa, como una hostia en sangre tinta!
Y en un lirio, voraz,
mi sangre, como un virus, beberás!

(César Vallejo)

 

 

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LES STATUES (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2015



 

Aristide Maillol

LES STATUES

Les feuilles, une à une, et le temps, heure à heure,
Tombent dans le bassin dont le jet d’eau larmoie;
Iphigénie en sang près d’Hélène de Troie,
Danaé, Antigone, Ariane qui pleure,

Marbres purs que le vent soufflette ou qu’il effleure!
Si le torse se cambre ou si la tête ploie,
Héroïque au destin qui caresse ou rudoie,
La statue aux yeux blancs persévère ou demeure.

L’éternelle beauté subsiste à jamais belle.
Le Silence a ployé le crêpe de son aile
Et songe, assis, le coude au socle où il inscrit

Le nom de l’héroïne énergique ou morose
Qui dérobe un sourire ou cache un sein meurtri
Derrière les cyprès ou derrière des roses.

(Henri De Régnier)

Illustration: Aristide Maillol

 

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