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Posts Tagged ‘herse’

La nuit (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2020



 

Victor Hugo  Le Pendu b384 [1280x768]

La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette
De flèches et de tours à jour la silhouette
D’une ville gothique éteinte au lointain gris.
La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris
Secoués par le bec avide des corneilles
Et dansant dans l’air noir des gigues non-pareilles,
Tandis que leurs pieds sont la pâture des loups.
Quelques buissons d’épine épars, et quelques houx
Dressant l’horreur de leur feuillage à droite, à gauche,
Sur le fuligineux fouillis d’un fond d’ébauche.
Et puis, autour de trois livides prisonniers
Qui vont pieds nus, un gros de hauts pertuisaniers
En marche, et leurs fers droits, comme des fers de herse,
Luisent à contresens des lances de l’averse.

(Paul Verlaine)

Illustration: Victor Hugo

 

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Floridum mare (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Salvador Dali papillons s [800x600]

Floridum mare

La moisson débordant le plateau diapré
Roule, ondule et déferle au vent frais qui la berce ;
Et le profil, au ciel lointain, de quelque herse
Semble un bateau qui tangue et lève un noir beaupré.

Et sous mes pieds, la mer, jusqu’au couchant pourpré,
Céruléenne ou rose ou violette ou perse
Ou blanche de moutons que le reflux disperse,
Verdoie à l’infini comme un immense pré.

Aussi les goëlands qui suivent la marée,
Vers les blés mûrs que gonfle une houle dorée,
Avec des cris joyeux, volaient en tourbillons ;

Tandis que, de la terre, une brise emmiellée
Éparpillait au gré de leur ivresse ailée
Sur l’Océan fleuri des vols de papillons.

(José-Maria de Hérédia)

Illustration: Salvador Dali

 

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Un arrosoir (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Un arrosoir, une herse à l’abandon dans un champ,
un chien au soleil, un cimetière misérable,
un infirme, une petite maison de paysan,
tout cela peut devenir le réceptacle de mes révélations.

Chacun de ces objets, et mille autres semblables
dont un oeil ordinaire se détourne avec une indifférence évidente,
peut prendre pour moi soudain, en un moment qu’il n’est nullement en mon pouvoir de provoquer,
un caractère sublime et si émouvant,
que tous les mots, pour le traduire, me paraissent trop pauvres
[..]

Cherche, parmi tous ces objets misérables et grossiers de la vie paysanne,
celui, posé ou appuyé et n’attirant point l’oeil,
dont la forme insignifiante, dont la nature muette
peut devenir la source de ce ravissement énigmatique, silencieux, sans limite.

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration: Patrick Martin

 

 

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MÉRIDIEN (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



 

MÉRIDIEN

Tout l’été,
calibré par l’âpre lumière déclinante
de nos mains sombres, forgeant dunes : tes pierres,
s’écroulant pour revivre
autour de toi.

Dans la transparence de mes cils, noir corbeau,
une seule étoile précoce,
débusquée d’un enfer de ronces,
te dresse, innocente,
vers le matin, et peuple ton ombre
de noms.

Rimés de nuit. Aux profondeurs de herse.
Près.

(Paul Auster)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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COUPLE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



Illustration: Pablo Picasso
    
COUPLE

L’homme sortit pour voir
la peau de sa compagne tressaillit
près des fleurs jamais nue
sauf ce soir
passèrent les herses flamboyantes ;
retourné dans la pièce à tout faire
il contempla un visage
un torse usés à peine
la robe déposée
un instant lui sembla
comme le drapeau noir
au temps de l’anarchie
et des vieux parents.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES BRODEUSES (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Charles Frederic Ulrich
    

LES BRODEUSES

Un geste engendre un autre geste mémorable
Sous la lampe. Les brodeuses
Filent l’or dans le temps régulier des horloges.
Ce soir encore le temps oscille et nous ne savons pas
Quelle heure dans la nuit toute proche s’avance.
Pour qui l’ouvrage sur vos genoux, Marie ?
Hier, dans le sillon, Novembre a découvert
Une hache rouillée perdue dans la ténèbre.
Toujours le même geste de vos mains, sous la lampe qui tremble,
Puis les ciseaux détachent le fil de la bobine, vivement
Dans la chambre à côté, l’enfant s’est endormi,
Ignorant de la mort, bercé
Par la voix qui chantonne.
La moisson lèvera sur le sol où l’on a combattu,
Les grains se mêleront aux souvenirs des morts.
Vous n’avez pas sourcillé quand il a dit : voici
Ce que la herse a fait surgir de la vieille terre.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Différence implacable (Séverine Daucourt-Fridriksson)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Oskar Kokoschka  
    
différence implacable des sexes,
herse où s’agripper ensemble.
adieu langage amour à refaire toujours

(Séverine Daucourt-Fridriksson)

 

Recueil: Salerni
Traduction:
Editions: La lettre volée

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Tronqué d’étoiles en épaves (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



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Tronqué d’étoiles en épaves spectralement irradiées mortes
dans les tremblements d’une peur insoutenable calcinée
le vide absence d’intervalles et de repères assurés
s’ouvre mâchoire clapet claquant orifice
où s’engouffrer à travers herses folles hallucinantes tours
venelles crénelées sur l’alignement des remparts
les villes désertées chancellent des tocsins
passent les processions à la cadence des ruptures
lapidaires effondrements décadences immatérielles
il reste l’écheveau des pistes confondues
le vague croisillon des évasions ratées
le cri incarcéré dans la gorge nouée
l’insulte refluant hors des égouts du temps
montent surmontent rampent à l’inouï silence tu
aux soleils engloutis dans les mémoires forestières
dès longtemps foudroyées

(Jean-Claude Demay)

 

 

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Au fond de l’étang il y a le château englouti (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



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Au fond de l’étang il y a le château englouti
où les fées de l’eau dansent
elles s’entremêlent aux algues
leurs volutes en oblique submergent la surface
aux profondeurs
un vent liquide fait claquer les oriflammes
à la dérive
la Dame aux voiles noirs pleure au donjon
tandis que des tournois refluent
à distance
au bout des ruelles filtrent des plaintes étouffées
ce sont des êtres morts brassant le vide
l’élément empêche de voir l’action
il n’y a pas de scène
seulement des personnages de songe
et des animaux fabuleux
La herse végétale retombe avec un bruit d’ailleurs
des corps inconnus filent en transparence
du sang goutte sur les pierres et la mousse
des spectres fracassés passent au loin
des femmes d’un autre âge et des hommes en armes
se croisent en souriant étranges
et disparaissent dans des méandres invisibles
toutes les chimères peuplent les collines de sable
des avalanches de monstres et de bêtes connues jadis
s’élèvent en lames de fond
les filles mouvantes se couchent aux douves

(Jean-Claude Demay)

 

 

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Le laboureur (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Le semoir, la charrue, un joug, des socs luisants,
La herse, l’aiguillon et la faulx acérée
Qui fauchait en un jour les épis d’une airée,
Et la fourche qui tend la gerbe aux paysans ;

Ces outils familiers, aujourd’hui trop pesants,
Le vieux Parmis les voue à l’immortelle Rhée
Par qui le germe éclôt sous la terre sacrée.
Pour lui, sa tâche est faite ; il a quatre-vingts ans.

Prés d’un siècle, au soleil, sans en être plus riche,
Il a poussé le coutre au travers de la friche ;
Ayant vécu sans joie, il vieillit sans remords.

Mais il est las d’avoir tant peiné sur la glèbe
Et songe que peut-être il faudra, chez les morts,
Labourer des champs d’ombre arrosés par l’Érèbe.

(José-Maria de Hérédia)

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