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Poésie

Posts Tagged ‘hésitation’

PHOTOGRAPHIE (extérieur) (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
PHOTOGRAPHIE (extérieur)

Auparavant la vérité
descendait la colline sur les paroles du berger ;
et les brebis n’étaient pas seules à les saisir. Je me
souviens
de ces collines vertes
sous les pluies du printemps, glaciales par vent
d’avril et lumineuses comme le soleil du nord. C’était
un matin. Les femmes préparaient encore le
four à pain — et déjà un rythme obscur annonçait
la naissance des fruits, c’est-à-dire,
l’équivoque de la faux au moment
de la récolte.
C’étaient bien ses paroles. Un
mouvement qui parcourait la surface
des rizières, qui ridait l’échine
des dunes, qui repoussait les mouettes vers
l’estuaire. Cependant, les vieux
le comprenaient; et quelques innocents, dont
l’esprit se confondait à la transparence
de l’eau, répétaient ce qu’il disait en un murmure
de ruisseau. Mais ce n’était pas à eux qu’il
s’adressait.
Il évita l’ambiguïté, les sens complexes
de la philosophie, le fond noir
du poème. De fait, il n’allait jamais jusqu’au bout
de ses histoires — comme s’il ne pouvait pas
les terminer.. ou qu’il ne savait plus rien, au-delà
de ce que nous savons, maintenant que nous sommes peu
à se souvenir de lui. Moi, pourtant, je l’ai revu —
assis sur ce banc de gare, feuilletant un vieux
journal et suçant un vieux mégot —
avec le souffle avide d’un apprenti
en hésitations.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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CHOSES QUI FONT QU’ON SE DEMANDE POURQUOI ON EST TRISTE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



    

CHOSES QUI FONT QU’ON SE DEMANDE POURQUOI ON EST TRISTE

Écoute Est-ce le vent ? Écoute Réveille-toi
Est-ce un renard ? Le vent ? Est-ce un pas ? Qui hésite ?
Est-ce un oiseau de nuit clopinant sur le toit ?
Est-ce un chagrin de mes dix ans ayant rejoint ma piste ?

Ou bien l’hésitation à la marge des bois
d’une bête en suspens entre l’ombre et la fuite ?

Écoute On a marché Il faudrait aller voir
C’est peut-être le vent qui fait battre un volet
dans une maison basse au fond de ma mémoire
que j’ai oublié de fermer avant de m’en aller
pour toujours il y a des années
et le volet n’en finit pas dans une autre nuit noire
de battre sur le mur disparu comme si le mur et lui existaient.

Écoute Est-ce la pluie ou bien le vent dehors
qui font glisser le long du silence étonné
le chuchotis furtif d’une averse qui s’endort
puis qui reprend fait halte encore et recommence à pianoter ?
Ai-je rêvé que je pleurais ? Ai-je rêvé que j’étais mort ?
Et maintenant est-ce la pluie sur cette joue ou les larmes que j’ai rêvées ?

Était-ce toi qui m’attendais minuit d’une autre vie ?
Je me suis égaré J’ai cherché très longtemps l’orée et le chemin
J’ai dû marcher des heures dans l’humus sous la pluie
et quand j’ai reconnu la barrière l’allée d’ormeaux le grand pin
qui donc était sur le seuil soulevant la lampe à pétrole dans la nuit ?
(et dans la cheminée brûlait un grand feu qui sentait la lavande et le pin)

Écoute C’est le vent qui se trompe d’années
qui confond les saisons les pays mon absence
le vent qui ne sait plus où il s’est égaré
C’est lui qui bat Ou bien mon coeur À quoi pense
t-il ? Il bat si loin de moi comme à la dérobée
Est-ce que tu te souviens de la promesse d’enfance ?

On a frappé Je vais ouvrir Ce n’est que moi
Je venais visiter celui que j’ai cru être
Où est la lampe ? Qui a éteint le feu de bois ?
Je passais par ici Il y avait autrefois une allée de grands hêtres
Non C’étaient des ormeaux On les a abattus
Je vais repartir Ne vous occupez pas Il fait déjà froid

Ce n’est que moi Et je m’en vais Odeur d’hiver et de salpêtre
Écoute Est-ce le vent ? Était-ce moi ? Une heure sonne

Ce n’est que moi Ou bien le vent Ou bien personne

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Tu m’aimes ? (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2019




    
Tu m’aimes ?

Un peu ? Beaucoup ?
Passionnément ? Vraiment ?

Pourquoi ? Comment ?
Et où ? Et quand ?

Amour en point d’interrogation
des doutes des questions
beaucoup d’hésitation.

Non ce n’est pas la solution :
il faut aimer sans raison
sans peur et sans explication.

Ah oui ?
Pourquoi ?

(Bernard Friot)

 

Recueil: Je t’aime, je t’aime, je t’aime… Poèmes pressés
Traduction:
Editions: Folio Junior

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Je nous oublie dans une ville de désert de douleurs et d’hésitation (Emmelie Prophète)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



 

Wilhelm Hammershoi o1_1280

Je nous oublie dans une ville de désert de douleurs et d’hésitation.
Des exilés sans ailleurs des compagnons de silence.
Mes voyages se meurent au fond d’un tiroir.
Ici on met le temps dans des verres d’eau.
La vie ne dure pas.
Elle m’a raconté enveloppée dans ses rides,
enveloppée dans son âge
l’avoir vu partir avec des morts inconnus.
Jour indiscret.
Saison des larmes.
Ma raison de tristesse est là.
Il y a une fenêtre entre elle et moi,
il y a du savon pour laver nos désirs, nos exils, nos amputations.
Je pousse mes rideaux de futilité et de nécessaire.

(Emmelie Prophète)

Illustration: Vilhelm Hammershoi

 

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Offrandes (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




    
Offrandes

Aux quatre points cardinaux du mot maintenant
À l’endroit à l’envers au cœur du mot ici
À la respiration d’ailes de papillon du mot peut-être
À l’entre soupir-et-sourire du mot autrefois
À l’hésitation sur la pointe des pieds du mot demain

À la clarté tranquille de ton nom à voix basse

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Où t’es-tu caché (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018


vache

 

Où t’es-tu caché. Je te poursuis,
je traverse la boue des marais,
j’entre dans l’hésitation des bois,
je cherche. Le vent secoue les feuilles,
me rapporte une odeur de brûlé,
frotte mon visage de lumière.
Je n’y vois plus et c’est un pré vide
avec au centre une seule vache.
Elle cesse de brouter. C’est là.

(Jacques Ancet)

 

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C’est là (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018



C’est là

Où t’es tu caché. Je te poursuis,
je traverse la boue des marais,
j’entre dans l’hésitation des bois,
je cherche. Le vent secoue les feuilles,
me rapporte une odeur de brûlé,
frotte mon visage de lumière.
Je n’y vois plus et c’est un pré vide
avec au centre une seule vache.
Elle cesse de brouter. C’est là.

(Jacques Ancet)

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L’AMANDE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

L’AMANDE

Un miracle à portée des sens bourgeonne dans l’air nu —
noyau de lait.

L’oeil le voit accroché à une branche déserte et l’aime pour sa nuance.

Mais que dire des lèvres réduites à l’hésitation ?
Une saveur virtuelle les frôle, tandis que cinq phalanges
rigides prétendent au pouvoir d’une main.

Ni hâte ni lenteur : où veillait une flamme converge le désir.

Je n’invente rien.

Gagée par l’arbre, une promesse est accomplie.

Dureté et délice ont commencé de joindre les dents et l’amande.

(Jules Tordjman)

 

 

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DONNER DES NOMS (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




    
DONNER DES NOMS

Elle se penche sur lui, elle murmure :
Veux-tu que nous donnions des noms encore,
Car sais-tu si jamais nous nous reverrons?
Oui, dit-il, je te nomme, hésitation

Qu’a eue ce martinet prenant son vol,
Qu’a-t-il vu qui le tint comme suspendu
Un instant dans le cri de tous ces autres ?
Je veux te dénommer pour me souvenir.

Puis il tourne la page. Ce qu’il voit,
C’est cette même jeune femme, souriante,
Elle semble rentrer d’un long voyage.

Comment me nommes-tu ? demande-t-elle,
Inquiète, tristement. Et la nuit tombe,
Ces martinets, une aile immense dans le ciel.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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PREMIER BAISER (Jacques Basse)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017



    

PREMIER BAISER

tout doucement,
timidement

après une hésitation
et dans l’émotion

moment de magie
proche de l’embellie

ô … ce premier baiser

pareil à celui qu’Adonis
donna jadis à Astarté
dont le mythe nous dit
qu’il fut bien le premier

depuis
nuit et jour
je pense à ce baiser si doux
dont je garde le goût

(Jacques Basse)

 

Recueil: Le temps des Résonances
Editions: Rafaël de Surtis

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