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Poésie

Posts Tagged ‘hêtre’

l’Hêtre (Ronald Knox)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2021




    
Il était un jeune homme qui dit
« Dieu doit trouver insolite
de penser qu’un hêtre
doit continuer d’être
quand la cour est déserte. »

Réponse:
« Monsieur, votre étonnement m’étonne,
je suis toujours dans la cour.
Et c’est pourquoi le hêtre
continuera d’être
puisqu’il est observé par Votre bien dévoué,
Dieu.

***

There was a young man who said
« God Must find it exceedingly odd
To think that the tree
Should continue to be
When there’s no one about in the quad. »

Reply:
« Dear Sir: Your astonishment’s odd;
I am always about in the quad.
And that’s why the tree
Will continue to be
Since observed by, Yours faithfully,
God.”

(Ronald Knox)

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La source dans les bois (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



La source dans les bois

Source limpide et murmurante
Qui de la fente du rocher
Jaillis en nappe transparente
Sur l’herbe que tu vas coucher,

Le marbre arrondi de Carrare,
Où tu bouillonnais autrefois,
Laisse fuir ton flot qui s’égare
Sur l’humide tapis des bois.

Ton dauphin verdi par le lierre
Ne lance plus de ses naseaux,
En jets ondoyants de lumière,
L’orgueilleuse écume des eaux.

Tu n’as plus pour temple et pour ombre
Que ces hêtres majestueux
Qui penchent leur tronc vaste et sombre
Sur tes flots dépouillés comme eux.

La feuille que jaunit l’automne
S’en détache et ride ton sein,
Et la mousse verte couronne
Les bords usés de ton bassin.

Mais tu n’es pas lasse d’éclore :
Semblable à ces cœurs généreux
Qui, méconnus, s’ouvrent encore
Pour se répandre aux malheureux.

Penché sur ta coupe brisée,
Je vois tes flots ensevelis
Filtrer comme une humble rosée
Sous les cailloux que tu polis.

J’entends ta goutte harmonieuse
Tomber, tomber, et retentir
Comme une voix mélodieuse
Qu’entrecoupe un tendre soupir.

Les images de ma jeunesse
S’élèvent avec cette voix ;
Elles m’inondent de tristesse,
Et je me souviens d’autrefois.

Dans combien de soucis et d’âges,
O toi que j’entends murmurer,
N’ai-je pas cherché tes rivages
Ou pour jouir ou pour pleurer !

A combien de scènes passées
Ton bruit rêveur s’est-il mêlé !
Quelle de mes tristes pensées
Avec tes flots n’a pas coulé!

Oui, c’est moi que tu vis naguères,
Mes blonds cheveux livrés au vent,
Irriter tes vagues légères
Faites pour la main d’un enfant.

C’est moi qui, couché sous les voûtes
Que ces arbres courbent sur toi,
Voyais, plus nombreux que tes gouttes,
Mes songes flotter devant moi.

L’horizon trompeur de cet âge
Brillait, comme on voit, le matin,
L’aurore dorer le nuage
Qui doit l’obscurcir en chemin.

Plus tard, battu par la tempête,
Déplorant l’absence ou la mort,
Que de fois j’appuyai ma tète
Sur le rocher d’où ton flot sort !

Dans mes mains cachant mon visage,
Je te regardais sans te voir,
Et, comme des gouttes d’orage,
Mes larmes troublaient ton miroir.

Mon cœur, pour exhaler sa peine,
Ne s’en fiait qu’à tes échos ;
Car tes sanglots, chère fontaine,
Semblaient répondre à mes sanglots.

Et maintenant je viens encore,
Mené par l’instinct d’autrefois,
Écouter ta chute sonore
Bruire à l’ombre des grands bois.

Mais les fugitives pensées
Ne suivent plus tes flots errants,
Comme ces feuilles dispersées
Que ton onde emporte aux torrents ;

D’un monde qui les importune
Elles reviennent à ta voix,
Aux rayons muets de la lune,
Se recueillir au fond des bois.

Oubliant le fleuve où t’entraîne
Ta course que rien ne suspend,
Je remonte, de veine en veine,
Jusqu’à la main qui te répand.

Je te vois, fille des nuages,
Flottant en vagues de vapeurs,
Ruisseler avec les orages
Ou distiller au sein des fleurs.

Le roc altéré te dévore
Dans l’abîme où grondent tes eaux,
Où le gazon, par chaque pore,
Boit goutte à goutte tes cristaux,

Tu filtres, perle virginale,
Dans des creusets mystérieux,
Jusqu’à ce que ton onde égale
L’azur étincelant des cieux.

Tu parais! le désert s’anime ;
Une haleine sort de tes eaux ;
Le vieux chêne élargit sa cime
Pour t’ombrager de ses rameaux.

Le jour flotte de feuille en feuille,
L’oiseau chante sur ton chemin,
Et l’homme à genoux te recueille
Dans l’or ou le creux de sa main.

Et la feuille aux feuilles s’entasse,
Et, fidèle au doigt qui t’a dit :
« Coule ici pour l’oiseau qui passe ! »
Ton flot murmurant l’avertit.

Et moi, tu m’attends pour me dire :
« Vois ici la main de ton Dieu!
Ce prodige, que l’ange admire,
De sa sagesse n’est qu’un jeu. »

Ton recueillement, ton murmure,
Semblent lui préparer mon cœur :
L’amour sacré de la nature
Est le premier hymne à l’auteur.

A chaque plainte de ton onde,
Je sens retentir avec toi
Je ne sais quelle voix profonde
Qui l’annonce et le chante en moi.

Mon cœur grossi par mes pensées,
Comme tes flots dans ton bassin,
Sent, sur mes lèvres oppressées,
L’amour déborder de mon sein.

La prière brûlant d’éclore
S’échappe en rapides accents,
Et je lui dis : « Toi que j’adore,
Reçois ces larmes pour encens. »

Ainsi me revoit ton rivage,
Aujourd’hui différent d’hier :
Le cygne change de plumage,
La feuille tombe avec l’hiver.

Bientôt tu me verras peut-être,
Penchant sur toi mes cheveux blancs,
Cueillir un rameau de ton hêtre
Pour appuyer mes pas tremblants.

Assis sur un banc de ta mousse,
Sentant mes jours près de tarir,
Instruit par ta pente si douce,
Tes flots m’apprendront à mourir !

En les voyant fuir goutte à goutte
Et disparaître flot à flot,
« Voilà, me dirai-je, la route
Où mes jours les suivront bientôt. »

Combien m’en reste-t-il encore ?
Qu’importe ! je vais où tu cours ;
Le soir pour nous touche à l’aurore :
Coulez, ô flots, coulez toujours !

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Ramures (Kristel Saint-Cyr)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



Ramures

En face à face de ciel
Huilés de clarté
Là-bas
Si nus
En élan si pur
Les hêtres
Où s’évade le jour
Où lèvent des lueurs d’été
Et s’exile l’hiver
S’exile
L’amer
Des ramures désertées
Ramures offertes
A l’Infini
Sa lumière
Et d’Infini saisies

(Kristel Saint-Cyr)

 Illustration: Magdalena Bronakowska

 

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Que faut-il oublier? (Claude-Hélène Lambert)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2019



Pour suivre sans faillir
Le vol de l’hirondelle
Pour écouter le pic frapper le hêtre
Et chercher vers le ciel
Le grand élan des arbres

Que faut-il oublier?
Que faut-il oublier?

(Claude-Hélène Lambert)


Illustration

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Devant la forêt des hêtres (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




Illustration: Gustav Klimt
    
Devant la forêt des hêtres

La première fois que je le rencontrai

devant la forêt des hêtres
Ton visage me dit qu’amour n’était
Ni impatience ni force
Mais je ne te crus pas et je m’en allai

par toutes sortes de routes
Dans les nuées

Puis vint le jour où mon fantôme

Avec plaisir te reconnut à l’orée de la même forêt

Toi aussi tu le retrouvas et la voix parla dans l’air

«Amour, dis-tu, n’est ni impatience ni hâte!»

Alors seulement je te crus

Maintenant la neige put s’étendre

Sur toute parole inutile et silencieuse

(Jacques Chessex)

 

 

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Bonheur simple et doux (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



 

Paul Cézanne apples-and-biscuits-1895 [1280x768]

Bonheur simple et doux

On ne sait pas si ce sont les chaises
Avec leur bon visage de paille,

Les mésanges qui se chamaillent
Dans l’ombre fraîche de la haie

Ou la claire rangée de hêtres
Qu’on voit d’ici par la fenêtre,

Si ce sont les moutons familiers
Qui broutent l’or du calendrier

Ou le sourire de ma mère
Qui coud, assise dans la lumière,

Qui font ce bonheur simple et doux
Comme une pomme sur la table

Et cette paix si admirable
Qu’on jetterait à genoux.

(Maurice Carême)

Illustration: Paul Cézanne

 

 

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Les dimanches (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018



Les dimanches, les bois sont aux vêpres.
Dansera-t-on sous les hêtres?
Je ne sais… Qu’est-ce que je sais?
Une feuille tombe de la croisée…
C’est tout ce que je sais ..

L’église. On chante. Une poule.
La paysanne a chanté, c’est la fête.
Le vent dans l’azur se roule.
Dansera-t-on sous les hêtres?
Je ne sais pas. Je ne sais.

Mon cœur est triste et doux
Dansera-t-on sous les hêtres?
Mais tu sais bien que, les dimanches, les bois sont aux vêpres.

Penser cela, est-ce être poète?
Je ne sais pas. Qu’est-ce que je sais?
Est-ce que je vis ? Est-ce que je rêve?

Oh! ce soleil et ce bon, doux, triste chien…
Et la petite paysanne
à qui j’ai dit : vous chantez bien…

Dansera-t-elle sous les hêtres?
Je voudrais être, voudrais être
celui qui lentement laisse tomber,
comme un arbre ses baies,
sa tristesse pareille, sa tristesse
pareille aux bois qui sont aux vêpres.

(Francis Jammes)

Illustration: Watteau

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SILENCE (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




    
SILENCE

L’ombre tourne sous le hêtre
sans que le soleil descende.
Le soleil stagne au zénith,
les pommiers plient sous leur charge.

La respiration d’une herbe,
le chemin secret des taupes,
la fumée droite et tranquille
d’un hameau qui brûle au loin.

Sous le silence on entend
un autre silence.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Nathanaël
Traduction:
Editions: Gallimard

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La fenêtre (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



La fenêtre

Elle est si jolie, la fenêtre,
Dans la lumière du printemps!
Elle est si jolie, la fenêtre
Où vient chanter l’oiseau du hêtre
Et fleurir le géranium blanc.

Qui dirait qu’à cette croisée
La fillette du menuisier
Est morte à l’aube en regardant
Chanter le bel oiseau du hêtre
Et fleurir le géranium blanc?

(Maurice Carême)

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LA MORT D’UN CHÊNE (Victor de Laprade)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



 

Caspar David Friedrich  chene_neige

LA MORT D’UN CHÊNE
[…]

Ne penche plus ton front sur les choses qui meurent ;
Tourne au levant tes yeux, ton coeur à l’avenir.
Les arbres sont tombés, mais les germes demeurent ;
Tends sur ceux qui naîtront tes bras pour les bénir.

Poète aux longs regards, vois les races futures,
Vois ces bois merveilleux à l’horizon éclos ;
Dans ton sein prophétique écoute les murmures ,
Écoute ! au lieu d’un bruit de fer et de sanglots,

Sur des coteaux baignés par des clartés sereines,
Où des peuples joyeux semblent se reposer,
Sous les chênes émus, les hêtres et les frênes,
On dirait qu’on entend un immense baiser.

(Victor de Laprade)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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