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Posts Tagged ‘(Hilda Doolittle)’

Pour Uriel, pas de temple (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



Uriel [800x600]

Hommage aux anges
[18]

Pour Uriel, pas de temple,
mais partout,

les enceintes externes et les places
sont fragrantes ;

le festival ouvre comme avant
avec le murmure des colombes ;

pour Uriel, pas de temple
mais les bosquets sacrés de l’Amour,

flétris à Thèbes et à Tyr,
fleurissent ailleurs.

***

For Uriel, no temple
but everywhere,

the outer precincts and the squares
are fragrant;

the festival opens as before
with the dove’s murmuring;

for Uriel, no temple
but Love’s sacred groves,

withered in Thebes and Tyre,
flower elsewhere.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Il est peut-être même le Juif authentique (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Christ de Vélasquez [800x600]

Les murs ne tombent pas
[19]

Il est peut-être même le Juif authentique
sorti de Vélasquez ;

ces paupières chez Vélasquez
sont baissées sur des yeux

qui, ouverts, méduseraient, dérouteraient
et nous frapperaient d’un ancien sentiment de culpabilité

et de peur, mais la terreur de ces yeux
voilés dans leur agonie est terminée ;

je t’assure que les yeux
du crucifié de Vélasquez

te regardent à présent dans les yeux,
et qu’ils sont ambre et qu’ils sont feu.

[20]

Or il apparaît clairement
que le Saint-Esprit,

mystérieuse énigme de l’enfance
est le Rêve ;

cette voie d’inspiration
est toujours ouverte,

et ouverte à tous ;

il agit en intermédiaire, interprète,

il explique les symboles du passé
en images d’aujourd’hui,

il fusionne l’avenir lointain
avec la plus lointaine antiquité,

énonce économiquement
en une simple équation-rêve

la plus profonde philosophie,
divulgue le secret de l’alchimiste

et suit le Mage
dans le désert.

***

He might even be the authentic Jew
stepped out from Velasquez;

those eye-lids in the Velasquez
are lowered over eyes

that open, would daze, bewilder
and stun us with the old sense of guilt

and fear, but the terror of those eyes
veiled in their agony is over;

I assure you that the eyes
of Velasquez’ crucified

now look straight at you,
and they are amber and they are fire.

Now it appears very clear
that the Holy Ghost,

childhood’s mysterious enigma,
is the Dream;

that way of inspiration
is always open,

and open to everyone;
it acts as go-between, interpreter,

it explains symbols of the past
in to-day’s imagery,

it merges the distant future
with most distant antiquity,

states economically
in a simple dream-equation

the most profound philosophy,
discloses the alchemist’s secret

and follows the Mage
in the desert.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Velasquez

 

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La fragrance (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Frederick Arthur Bridgman 1

La floraison du bâton

[43]
Mais elle parla et il la regarda,
elle était timide et simple et jeune ;

elle dit, Sire, la fragrance est des plus belles,
comme de toutes les choses fleuries à la fois ;

mais Kaspar savait que le sceau de la jarre était intact,
il ignorait si elle savait

que la fragrance venait du bouquet de myrrhe
qu’elle tenait dans ses bras.

***

But she spoke so he looked at her,
she was shy and simple an d young;

she said, Sir, it is a most beautiful fragrance,
as of all flowering things together;

but Kaspar knew the seal of the jar was unbroken.
he did not know whether she knew

the fragrance came from the bundle of myrrh
she held in her arms.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Frederick Arthur Bridgman

 

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C’était un homme d’une grande bonté (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Gaspard

La floraison du bâton

[39]
C’était un homme d’une grande bonté
et il avait d’innombrables enfants,

mais il n’était pas Abraham revenu ;
il était Kaspar le Magian ;

il dit je suis Kaspar,
car il lui fallait se tenir à quelque chose ;

je suis Kaspar, dit-il quand une mince jeune fille
qui portait une jarre, lui demanda avec déférence

si elle pouvait la faire descendre dans son puits ;
je suis Kaspar ; si sa tête était voilée

et voilée elle l’était presque toujours,
il se souviendrait, bien que jamais

un instant il n’eût vraiment oublié
la torsion d’un poignet qui nouait un foulard,

la forme safran de la sandale,
les plis de la robe, le drapé du vêtement

quand Marie souleva le loquet et la porte s’entrouvrit,
et la porte se ferma, et il y avait la porte plate

qu’il fixait encore et encore,
comme si la ligne du bois, le bord rugueux

de la surface polie ou brute,
avaient chacun un sens, comme si chaque trace et marque

était un hiéroglyphe, un parchemin d’incroyable valeur
ou une carte de marin.

***

Fie was a very kind man
and he had numberless children,

but he was not Abraham come again;
he was the Magian Kaspar;

he said I am Kaspar,
for he had to hold on to something;

I am Kaspar, he said when a slender girl
holding a jar, asked deferentially

if she might lower it into his well;
I am Kaspar; if her head were veiled

and veiled it almost always would be,
he would remember, though never

for a moment did he quite forget
the turn of a wrist as it fastened a scarf,

the saffron-shape of the sandal,
the pleat of the robe, the fold of the garment

as Mary lifted the latch and the door half-parted,
and the door shut, and there was the flat door

at which he stared and stared,
asif the line of wood, the rough edge

or the polished surface or plain,
were each significant, as if each scratch and mark

were hieroglyph, a parchment of incredible worth
or a mariner’s map.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Pas en notre temps, ô seigneur, le coutre pour l’épée (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Henri Lindegaard  H JONAS 08 DANS LA TEMPETE

Hommage aux anges
[4]

Pas en notre temps, ô seigneur,
le coutre pour l’épée,

pas en notre temps, la lame,
repue de sang vital et de vie,

pour tailler la vigne stérile ;
pas de feuille de vigne pour l’épine,

pas de fleur de vigne pour la couronne ;
pas en notre temps, ô Roi,

la voix pour étouffer la tempête
qui tonne et rassemble ses forces.

***

Not in our time, O Lord,
the plowshare for the sword,

not in our time, the knife,
sated with life-blood and life,

to trim the barren vine;
no grape-leaf for the thorn,

no vine-flower for the crown;
not in our time, O King,

the voice to quell the re-gathering,
thundering storm.

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Henri Lindegaard

 

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L’image-Christos (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Les murs ne tombent pas
[18]

L’image-Christos
est des plus difficiles à démêler

du bric-à-brac artisanal de la brocante,
barbouillage de plâtre médiéval,

souffrance aimée et symbole de mort,
c’est pour cela, je crois, que le Rêve

orchestrait habilement les pièces
vides, si propres, des premiers colons,

sans vitrail, sans peinture,
sans image ni couleur,

car il semble à présent évident
qu’Amen est notre Christos.

***

The Christos-image
is most difficult to disentangle

from its art-craft junk-shop
paint-and-plaster medieval jumble

of pain-worship and death-symbol,
that is why, I suppose, the Dream

deftly stage-managed the bare, clean
early colonial interior,

without stained-glass, picture,
image or colour,

for now it appears obvious
that Amen is our Christos.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Jacques Barcat

 

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Je suis tellement heureuse (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



Paul Signac _l_age_d_or

La floraison du bâton

[8]
Je suis tellement heureuse,
je suis la première ou la dernière

d’un vol ou d’un essaim ;
je suis pleine de nouveau vin ;

je suis marquée par un mot,
je suis brûlée par le bois,

tirée de braises rougeoyantes,
ni coupée, ni marquée par l’acier ;

je suis la première ou la dernière à renoncer
au fer, à l’acier, au métal ;

je suis allée en avant,
je suis allée en arrière,

je suis allée de l’avant depuis le bronze et le fer,
jusque dans l’Âge d’Or.

***

I am so happy,
I am the first or the last

of a flock or a swarm;
I am full of new wine;

I am branded with a word,
I am burnt with wood,

drawn from glowing ember,
not cut, not marked with steel;

I am the first or the last to renounce
iron, steel, metal;

I have gone forward,
I have gone backward,

I have gone onward from bronze and iron,
into the Golden Age.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Paul Signac

 

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Hermès (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



Saint-Michel

Hommage aux anges
[33]

Hermès emprunta son attribut
de guide-des-morts à Toth

et la croix-T devient caducée ;
l’ancienne église invoque

saint Michel et Notre Dame
sur le lit de mort ; Hermès Trismégiste

transperce, avec saint Michel,
les ténèbres de l’ignorance,

jette le Vieux Dragon
dans l’abîme.

[34]

Ainsi saint Michel
régent de la planète Mercure,

n’est pas absent
quand nous convoquons les autres Anges,

une autre bougie apparaît
sur le grand-autel,

elle brûle d’une flamme puissante
mais frémit

et s’avive et s’assombrit
et s’avive à nouveau ;

souviens-toi, c’était Thot
avec une plume

qui pesait les âmes
des morts.

***

Hermes took his attribute
of Leader-of-the-dead from Thoth

and the T-cross becomes caduceus ;
the old-church makes its invocation

to Saint Michael and Our Lady
at the death-bed; Hermes Trismegistus

spears, with Saint Michael,
the darkness of ignorance,

casts the Old Dragon
into the abyss.

So Saint Michael,
regent of the planet Mercury,

is not absent
when we summon the other Angels,

another candle appears
on the high-altar,

it burns with a potent flame
but quivers

and quickens and darkens
and quickens again;

remember, it was Thoth
with a feather

who weighed the souls
of the dead.

(Hilda Doolittle)

 Illustration

 

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Osiris (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



 

osiris [800x600]

Les murs ne tombent pas
[40]

Par exemple :
Osiris égale O-sir-is ou O-sire-is ;

Osiris,
l’étoile Sirius,

rattache le mythe de la résurrection
à la réalité de la résurrection

à travers les âges ;
plâtrier, maçon grossier,

assez mal outillé, ma pensée
comblerait des brèches déplorables

dans le temps, révélerait le schisme regrettable,
comblerait ce schisme avant-et-après,

(avant qu’Abraham fût, je suis)
découvrirait des croissances cancéreuses

dans la philosophie de notre temps,
en tentant de préparer,

pour ainsi dire, le patient pour le Guérisseur ;
corrélerait foi avec foi,

recouvrerait le secret d’Isis,
qui est : il y avait Un

au commencement, Créateur,
Nourricier, Concepteur, Même-à-jamais

dans le marais de papyrus
dans la prairie de Judée.

***

For example:
Osiris equates 0-sir-is or 0-Sire-is;

Osiris,
the star Sirius,

relates resurrection myth
and resurrection reality

through the ages;
plasterer, crude mason,

not too well equipped, my thought
would cover deplorable gaps

in time, reveal the regrettable chasm,
bridge that before-and-after schism,

(before Abraham was I am)
uncover cankerous growths

in present-day philosophy,
in an endeavour to make ready,

as it were, the patient for the Healer;
correlate faith with faith,

recover the seoret of Isis,
which is: there was One

in the beginning, Creator,
Fosterer, Begetter, the Same-forever

in the papyrus-swamp
in the Judean meadow.

(Hilda Doolittle)

 

 

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N’aies d’autres dieux devant moi (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Nicolas Poussin veau d'or p

Les murs ne tombent pas
[37]

N’aies d’autres dieux devant moi ;
pas sur la mer

nous ne supplierons Triton ou Dauphin,
pas sur la terre

nous n’élèverons de visage ravi ni de mains jointes
devant le laurier ou le chêne,

pas dans le ciel
nous n’invoquerons séparément

Orion ou Sirius
ou les admirateurs de l’Ourse,

pas dans les hautes sphères de l’air
d’Algorab, Regulus ou Deneb

nous ne demanderons
de l’aide — ou alors, le ferons-nous ?

***

Thou shalt have none other gods but me;
not on the sea

shall we entreat Triton or Dolphin,
not on the land

shall we lift rapt face and clasp hands
before laurel or oak-tree,

not in the sky
shall we invoke separately

Orion or Sirius
or the followers of the Bear,

not in the higher air
of Algorab, Regulus or Deneb

shall we cry
for help—or shall we?

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Nicolas Poussin

 

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