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Posts Tagged ‘hiver’

Mon coeur, si doux à prendre (Jean-Paul Toulet)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2019



Mon coeur, si doux à prendre
Entre tes mains,
Ouvre-le, ce n’est rien
Qu’un peu de cendre.

Toute allégresse a son défaut
Et se brise elle-même.
Si vous voulez que je vous aime,
Ne riez pas trop haut.

C’est à voix basse qu’on enchante
Sous la cendre d’hiver
Ce coeur, pareil au feu couvert,
Qui se consume et chante.

(Jean-Paul Toulet)

Illustration

 

 

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Dimanches (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



 

Léon Spilliaert jrl

Dimanches

Le ciel pleut sans but, sans que rien l’émeuve,
Il pleut, il pleut, bergère ! sur le fleuve…

Le fleuve a son repos dominical ;
Pas un chaland, en amont, en aval.

Les Vêpres carillonnent sur la ville,
Les berges sont désertes, sans idylles.

Passe un pensionnat (ô pauvres chairs ! )
Plusieurs ont déjà leurs manchons d’hiver

Une qui n’a ni manchon, ni fourrures
Fait, tout en gris, une pauvre figure.

Et la voilà qui s’échappe des rangs,
Et court ! Ô mon Dieu, qu’est-ce qu’il lui prend

Et elle va se jeter dans le fleuve.
Pas un batelier, pas un chien Terr’ Neuve.

Le crépuscule vient ; le petit port
Allume ses feux. (Ah ! connu, l’décor ! )

La pluie continue à mouiller le fleuve,
Le ciel pleut sans but, sans que rien l’émeuve.

(Jules Laforgue)

Illustration: Léon Spilliaert

 

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Veillée (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2019



 

Wilhelm Hammershoi   6973 

Veillée

Quand ma lampe est éteinte, et que pas une étoile
Ne scintille en hiver aux vitres des maisons,
Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons,
Et que la lune marche à travers un long voile,
Ô vierge ! ô ma lumière ! En regardant les cieux,
Mon coeur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.

Non ! Tout n’est pas malheur sur la terre flottante :
Agité sans repos par la mer inconstante,
Cet immense vaisseau, prêt à sombrer le soir,
Se relève à l’aurore élancé vers l’espoir.
Chaque âme y trouve un mât pour y poser son aile,
Avant de regagner sa patrie éternelle.

Et tous les passagers, l’un à l’autre inconnus,
Se regardent, disant :  » D’où sommes-nous venus ?  »
Ils ne répondent pas. Pourtant, sous leur paupière,
Tous portent le rayon de divine lumière ;
Et tous ces hauts pensers m’éblouissent… j’ai peur ;
Mais je me dis encor :  » Non, tout n’est pas malheur !  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Wilhelm Hammershoi

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Regret (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



 

Jean-Jacques Henner er

Regret

Des roses de Lormont la rose la plus belle,
Georgina, près des flots nous souriait un soir :
L’orage, dans la nuit, la toucha de son aile,
Et l’Aurore passa triste, sans la revoir !

Pure comme une fleur, de sa fragile vie
Elle n’a respiré que les plus beaux printemps.
On la pleure, on lui porte envie :
Elle aurait vu l’hiver ; c’est vivre trop de temps !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Jean-Jacques Henner

 

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Au bois joli (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



Au bois joli

L’arbre ne va pas à l’école
L’arbre ne va pas à la guerre
L’arbre se plaît là où il est
L’arbre ne fait pas de tourisme
L’arbre ne va pas au travail
L’arbre ne prend pas de vacances
Il accepte le temps qu’il fait
L’arbre prend le temps comme il vient
Et l’arbre ne se plaint de rien.

L’arbre monte à la lumière et creuse vers l’antipode.
Ni maître, ni disciple, ni patron, c’est l’arbre.
Arbre appelle oiseau, nid, hamac, écureuil.
L’automne le décoiffe, il se découvre même pour saluer
l’hiver.

On s’imagine qu’il a élu là sa racine de toute éternité.
On pense toujours qu’il ne passera pas l’hiver.
Mais il n’empêche, c’est lui qui nous enterre.
L’arbre, il lui faut un siècle pour se faire.
Au bipède déprédateur, il suffit d’une minute pour
l’assassiner, d’un déjeuner d’affaires, d’un conseil
d’administration pour organiser le massacre des arbres.
Si les hommes savaient comme il s’en moque, l’arbre !
Lui qui fera de l’ombre sur leurs marbres.

L’arbre ne fait pas le mal, l’arbre ne fait pas d’argent,
l’arbre ne fait pas d’histoire, l’arbre ignore la colère,
la fatigue, le sommeil.
Flammèches chlorophyliennes, éphéméride végétal,
confident du temps.
Philosophie de son mutisme, lui le télépathe du ciel, le
vigilant guetteur des vents.

Arbre mon ami, arbre au coeur secret, mon voisin discret,
il faut te couper pour savoir ton âge.
Arbre du cercueil, ta sève vaut notre sang.
L’arbre est innocent.
Même si l’animal vertical l’a destiné aux bois de justice,
aux croix, aux poteaux d’exécution, aux gibets, aux pals,
aux garrots, aux cages, aux clôtures, aux piloris, aux
crosses, aux échafauds, aux miradors, aux palissades,
aux bâtons, aux triques, aux baguettes de tambour, aux
matraques, aux carcans.

Ô la tristesse des feux de joie !
L’arbre est éponge, humus, poumon, calendrier, livre,
ombre et lyre.
L’arbre habille le globe de sa robe oxygène.
L’arbre c’est la paix, la fidélité, froufrou du silence, un
bloc de patience, la stabilité, le gnomon des jours.
L’arbre fait la vie.
Et l’arbre sait se taire.

L’arbre
libre.

(Bernard Lorraine)

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Le sable où nos pas ont crié (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019



    
Le sable où nos pas ont crié, l’or, ni la gloire,
Qu’importe, et de l’hiver le funèbre décor.
Mais que l’amour demeure, et me sourie encor
Comme une rose rouge à travers l’ombre noire.

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’ai envie (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2019




    
J’ai envie

De tout faire
À l’envers

Manger des épinards
Au petit déjeuner

Offrir mes potions
Au poisson

Jeter l’argent à la porte

Siffler les femmes
Dans la rue

Enfourcher une hirondelle
En hiver

Et quoi d’autre

Croire que je suis belle
Quand même

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Arbre l’hiver (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019


arbre

 

L’arbre, ici, maintenant, debout,
Rien que du bois,
Comme un oiseau figé debout
La tête en bas.

L’arbre vécu
Comme du bois
Et comme oiseau
Ne bougeant pas.

(Guillevic)

Illustration

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Il est des mots (Michel Dugué)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Le sol est dur. L’hiver
le baigne d’un soleil
très blanc.

Il est des mots
qu’on aimerait
éprouver ainsi.

Infracassables
après le retrait du poème.

(Michel Dugué)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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II y a seulement le moment (Thomas Stearns Eliot)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2019



 

Dina Shubin  (3)

II y a seulement le moment auquel nous ne prêtons
pas attention, le moment à l’intérieur et à l’extérieur du temps,
l’accès de distraction, perdu dans un rayon de lumière du soleil,
le thym sauvage non vu, ou l’éclair de l’hiver,
ou la chute d’eau, ou la musique entendue si profondément
qu’elle n’est pas entendue du tout, mais tu es la musique
tant que dure la musique.

(Thomas Stearns Eliot)

Illustration: Dina Shubin

 

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