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Poésie

Posts Tagged ‘honnête’

Oui au … (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2019




    
Oui au désir mais avec respect.
Oui à la force mais avec douceur.
Oui au corps, mais avec l’esprit.
Oui à la prise, mais avec l’offrande, avec le partage.
Oui à l’altérité, mais il faut un accord.
Oui à la différence, mais il faut l’harmonie.

Autrement c’est raté.

Il faut avoir de la patience,
accepter la longueur du travail
que suppose l’approche de l’autre,
qui est toujours très différent ou très différente.

Être honnête, avoir de la probité, ne pas tricher, ne pas mentir.
Être très attentif à l’autre.
Se livrer au dialogue sans mensonge.

Autrement c’est raté.

Ne pas compter.
S’ouvrir à l’autre.
Souhaiter faire équipe avec l’autre.

Autrement c’est raté.

(Michel Serres)

 

Recueil: L’amour, chronique du 14 février 2010 / Petites chroniques du dimanche soir 4 – Janvier 2009-Juin 2010
Traduction:
Editions: Le Pommier

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Ainsi s’est elle elle-même proclamée (Morten Nielsen)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018



Illustration: Peyton Sawyer
    
Ainsi s’est elle elle-même proclamée

Je n’ai absolument rien à offrir.
Proclamation vraie et honnête.
C’est la raison pour laquelle cela est fini
avant même d’avoir commencé.

Mes caresses ne valent rien.
Mes mots hésitants sont trop petits.
Tu dois comprendre pour de bon
que je ne serai jamais proche de toi.

De la pauvreté dans mes yeux. Mon coeur
est vide comme la voûte flottante.
Une seule flamme brûle
— moi-même.

***

Saadan har hun forkyndt sig selv

Jeg har intet og intet at gi.
Det er sandt og renfærdigt forkyndt.
Derfor er det jo ogsaa forbi,
for det endnu er begyndt.

Mine Kaertegn er ingenting værd.
Mine tovende Ord er for smaa.
At jeg aldrig vil komme dig nær
maa du omsider forstaa.

Det er fattigt i mine Ojne.
Mit Hjerte er tomt som det drivende Hvælv..
Der er kun een Flamme som brænder
– — den er miglv selv

(Morten Nielsen)

 

Recueil: Guerriers sans armes Krigere uden vaaben
Traduction: Pierre Grouix
Editions: Grèges

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SPHINX (Germain Nouveau)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Illustration: Gustave Moreau
    
SPHINX

Toutes les femmes sont des fêtes,
Toutes les femmes sont parfaites,
Et dignes d’adoration,
Sous les fichus ou sous les mantes
Toutes les femmes sont charmantes,
Oui, toutes, sans exception;

Toutes les femmes sont des Belles
Sous les chapeaux ou les ombrelles
Et sous le petit bonnet blanc;
Toutes les femmes sont savantes,
Les princesses et les servantes,
Les ignorantes… font semblant;

Toutes les femmes sont des reines :
Impératrices souveraines
Et grisettes de magasin,
Et premières communiantes,
Avant comme après si liantes
Avec les lèvres du cousin;

Toutes les femmes sont honnêtes,
Le coeur loyal et les mains nettes,
En sabots, ou sur les patins;
Adorables prostituées,
Nous mériterions vos huées :
C’est nous qui sommes les… pantins.

Toutes les femmes sont des saintes,
Surtout celles qui sont enceintes
Tous les neuf mois sans perdre un jour,
Et qui de janvier à décembre
Se pâment la nuit dans leur chambre
Par la volonté de l’Amour.

Toutes, toutes, sont bienheureuses
D’élargir leurs grottes ombreuses
D’où l’amour a fichu la peur
Par la fenêtre… déchirée,
« Et la fille déshonorée »?
Rit dans sa barbe… de sa peur,

Plus fines que nous et meilleures,
Efles nous sont supérieures…
Chaque Français, dans tous les cas,
S’il les aborde se découvre
Et c’est le plus grand, dans le Louvre,
Qui sait saluer… le plus bas,

Belle, parfaite, reine, sainte,
Honnête si ce n’est enceinte,
Tout cela s’applique fort bien
A la femme que tu veux être…
Mais… si l’on pouvait Vous connaître,
Ah!… quant à moi… je ne sais rien…
Devant Vous je songe, immobile,
Tel, droit, sur son cheval Kabyle,
Bonaparte, au regard de lynx,
Sans suite, seul, un grand quart d’heure,
Au soleil des sables, demeure
Fixe et rêveur, devant le Sphinx!

(Germain Nouveau)

 

Recueil: La Doctrine de l’Amour Valentines
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je veux chanter ma folie (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018




    
Je veux chanter ma folie
En jouant du mirliton,
Mettre à ma mélancolie
Un nez en carton,

Et rire, et faire des frasques,
Sauter, crier dans un bal,
Suivre le troupeau des masques,
Comme un carnaval.

Je donnerai la venette
Aux épouses des badauds
En pinçant leur gorge honnête
Dans le bas du dos;

Et je casserai les vitres
Avec mes poings et mes pieds;
Je serai le roi des pitres
Et des hurlubiers.

Mais en vain je fais le brave
Et je raille mes chagrins ;
Ils dominent d’un ton grave
Le bruit des crincrins.

Mes sanglots de douleur folle
Ont crevé le mirliton,
Et mon flux de pleurs décolle
Le nez en carton.

(Jean Richepin)

 

 

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DEUX HEXAMÈTRES (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018




    
DEUX HEXAMÈTRES

Être honnête, à quoi bon, Si de toute façon
un cercueil nous attend !
Malhonnête ? A quoi bon, si de toute façon
un cercueil nous attend !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Fleur de pêcher (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



Fleur de pêcher

—Je suis née dans un verger, de parents honnêtes;
mais … ici, un violent accès de toux lui coupa la parole.
—Ne faites pas attention, reprit-elle
en coupant chacun de ses mots:
malgré le mauvais temps, j’ai voulu me montrer
avec une robe blanche un dimanche d’avril dernier,
et j’ai pris un catarrhe.
Elle voulut continuer, mais à chaque instant
une toux de plus en plus opiniâtre l’arrêtait.
—Reposez-vous, lui dit le Cactus: vous êtes frileuse de votre nature,
et malheureusement pour vous, aussi coquette que frileuse.
Nous devinons votre histoire sans qu’il soit besoin que vous la racontiez.
Ne faites pas d’efforts inutiles qui aggraveraient encore votre mal.
Vous étiez jeune, l’hiver vous avait claquemurée dans votre cellule,
vous étiez impatiente de vous faire voir avec votre beau déshabillé neuf,
qui vous rendait si jolie;
mais une robe blanche ne fait pas le printemps.

(J.J. Grandville)

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Une étrange boutique (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



 

vieux livres

Une étrange boutique où l’on vend de vieux livres
donne sur une rue écartée de Trieste.
Les ors variés d’anciennes reliures
réjouissent les yeux errant sur les rayons.

C’est dans cet air que vit tranquille un poète.
Dans ce vivant tombeau des morts
il remplit sa tâche honnête et joyeuse,
songeant d’amour, inconnu, solitaire.

Mourir brisé d’une ferveur secrète,
tel est son voeu ; sur les écrits aimés
fermer ses yeux qui ont tant contemplé.

Ce qu’il n’a pas connu du temps ni de l’espace,
l’art le peignit pour lui de plus belles couleurs,
et le chant lui donna plus de douceur encore.

(Umberto Saba)

 

 

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Source (Michel Voiturier)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017



Illustration: Jean-Jacques Henner
    
Source

L’une se pencha. Elle tendit sa paume vers l’eau.
La peau prenait l’allure d’une amphore.
La main s’approcha, coupe charnelle.

Le forestier était créature honnête.
Il tira d’abord en l’air.
Ensuite il ajusta, comme au stand d’entraînement.
De façon que le corps en tombant ne rougisse pas le flux transparent
et ne perturbe pas les poissons autorisés à aller et revenir selon leur fantaisie.

(Michel Voiturier)

 

Recueil: Dits en plain désert
Editions: Clarisse

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Bancs publics (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



Illustration: Michal
   

Bancs publics

Les gens qui voient de travers
Pensent que les bancs verts
Qu’on voit sur les trottoirs
Sont faits pour les impotents ou les ventripotents
Mais c’est une absurdité
Car à la vérité
Ils sont là c’est notoire
Pour accueillir quelque temps les amours débutants

Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des « Je t’aime » pathétiques
Ont des p’tit’s gueul’ bien sympathiques

Ils se tiennent par la main
Parlent du lendemain
Du papier bleu d’azur
Que revêtiront les murs de leur chambre à coucher
Ils se voient déjà doucement
Ell’ cousant, lui fumant
Dans un bien-être sûr
Et choisissent les prénoms de leur premier bébé

Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des « Je t’aime » pathétiques
Ont des p’tit’s gueul’ bien sympathiques

Quand la saint’ famill’ machin
Croise sur son chemin
Deux de ces malappris
Ell’ leur décoche hardiment des propos venimeux
N’empêch’ que tout’ la famille
Le pèr’, la mèr’, la fille
Le fils, le Saint Esprit
Voudrait bien de temps en temps pouvoir s’conduir’ comme eux

Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des « Je t’aime » pathétiques
Ont des p’tit’s gueul’ bien sympathiques

Quand les mois auront passé
Quand seront apaisés
Leurs beaux rêves flambants
Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds
Ils s’apercevront émus
Qu’ c’est au hasard des rues
Sur un d’ces fameux bancs
Qu’ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour

Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécott’nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des « Je t’aime » pathétiques
Ont des p’tit’s gueul’ bien sympathiques

(Georges Brassens)

 

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L’amour ressemble un champ (Marguerite de France)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



    
L’amour ressemble un champ, le laboureur l’amant;
L’un et l’autre présume, à la fin de l’année,
Selon qu’elle sera mauvaise ou fortunée,
Moissonner le chardon, la paille ou le froment.

La paille est la douceur d’un vain contentement,
Mais le vent la dérobe aussitôt qu’elle est née;
Le chardon la rigueur d’une Dame obstinée;
Et la grâce est le grain qu’on recueille en l’aimant.

L’amant ne peut gagner, pour service qu’il fasse,
Un point d’honneur plus haut qu’être en la bonne grâce
D’une Dame accomplie, objet de sa langueur.

La grâce vient du coeur, et toute autre espérance
S’éloigne du devoir d’honnête récompense.
Que désire-t-on plus en amour que le coeur?

(Marguerite de France)

 

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