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Poésie

Posts Tagged ‘honteux’

Ar re goz (Anthony Lhéritier)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



Ar re goz

Et regardez les vieux, plus anciens que la pluie
Le ciel pesait sur eux avant d’être nommé
Maigres cadavres ambulants
Presque honteux d’être vivants
Le temps ne peut plus rien contre eux, le temps s’ennuie
Et c’est Dieu le plus étonné.

Ils n’iront pas au Panthéon
A Saint-Denis, aux Invalides,
Par un doux soir d’accordéon
Ils gagneront leur Paradis à la godille.

Chacun son temps, chacun son tour
Chez nous on meurt au jour le jour.

(Anthony Lhéritier)

Illustration

 

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Nous y voilà, nous y sommes ! (Fred Vargas)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020




    
Nous y voilà, nous y sommes !

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance.

Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air,
nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde,
nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche,
nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles,
comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre,
déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome,
enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses
que de biner des pommes de terre.

Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.

De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié :

Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.

D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs,
éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin,
relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille)
récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines,
on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer. Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

(Fred Vargas)

Fred Vargas – 7 novembre 2008 – EuropeEcologie.fr

Lu mise en musique par Philippe Torreton et Richard Kolinka
https://twitter.com/elsaboublil/status/1253749194910838785?s=20

 

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GRAMMAIRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2020



Illustration: Philippe Geluck
    
GRAMMAIRE

Peut-être et toujours peut-être
adverbes que vous m’ennuyez
avec vos presque et presque pas
quand fleurissent les apostrophes

Est-ce vous points et virgules
qui grouillez dans les viviers
où nagent les subjonctifs
je vous empaquette vous ficelle

Soyez maudits paragraphes
pour que les prophéties s’accomplissent
bâtards honteux des grammairiens
et mauvais joueurs de syntaxe

Sucez vos impératifs
et laissez-nous dormir
une bonne fois
c’est la nuit
et la canicule

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Nue (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2019




    
Nue

Ôte tes habits, laisse tomber le voile.
Couvre-toi seulement de ta robe de beauté nue,
Tenue d’une demoiselle céleste vêtue de lumière.
Forme plantureuse tel un lotus épanoui,
Un festin de la vie, de la jeunesse et de la grâce.
Apparais et tiens-toi seule dans la merveille qu’est ce monde.
Laisse envahir tes membres par le clair de la lune,
Laisse envahir tes membres par les caresses du zéphyr,
Plonge dans l’infini bleu de ton ciel
Telle la Nature nue toute parsemée d’étoiles.
Atanu’ peut dissimuler sa face dans le pli de sa tunique,
La tête baissée, honteux du corps fleuri.
Invite l’aube immaculée jusqu’à chez l’homme,
Virginité éhontée toute blanche et nue.

***

Nude

Shed your garments, drop the veil.
Be just clad in naked beauty’s robe
Attire of a heaven-lass dressed in light.
The buxom body like a full-blossomed lotus,
A feast of life and youth and grace.
Come and stand alone in the wonder, this world.
Let permeate your limbs with the beams of your moon,
Let permeate your limbs with zephyr’s caress.
Plunge into the infinite blue of the sky
Like naked Nature spangled with stars.
Let Atanu’ conceal his face with his tunic’s fold,
With bended head ashamed of the body’s bloom.
Invite immaculate dawn at men’s abode,
Shameless virginity, white, naked.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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A Marcelle – La cigale et le poète (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



 

George Frederic Watts -

A Marcelle – La cigale et le poète

Le poète ayant chanté,
Déchanté,
Vit sa Muse, presque bue,
Rouler en bas de sa nue
De carton, sur des lambeaux
De papiers et d’oripeaux.
Il alla coller sa mine
Aux carreaux de sa voisine,
Pour lui peindre ses regrets
D’avoir fait – Oh : pas exprès ! –
Son honteux monstre de livre !…
–  » Mais : vous étiez donc bien ivre ?
– Ivre de vous !… Est-ce mal ?
– Écrivain public banal !
Qui pouvait si bien le dire…
Et, si bien ne pas l’écrire !
– J’y pensais, en revenant…
On n’est pas parfait, Marcelle…
– Oh ! c’est tout comme, dit-elle,
Si vous chantiez, maintenant !  »

(Tristan Corbière)

Illustration: George Frederic Watts

 

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AUTRE LENDEMAIN (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

Charles Frederic Ulrich brodeuse

AUTRE LENDEMAIN

D’un air languissant et rêveur
Justine a repris son ouvrage ;
Elle brode ; mais le bonheur
Laissa sur son joli visage
L’étonnement et la pâleur.
Ses yeux qui se couvrent d’un voile
Au sommeil résistent en vain ;
Sa main s’arrête sur la toile,
Et son front tombe sur sa main.
Dors et fuis un monde malin :
Ta voix plus douce et moins sonore,
Ta bouche qui s’entrouvre encore,
Tes regards honteux ou distraits,
Ta démarche faible et gênée,
De cette nuit trop fortunée
Révéleraient tous les secrets.

(Evariste Parny)

Illustration: Charles Frederic Ulrich

 

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LES DANSES AU CLAIR DE LUNE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: William Blake
    

LES DANSES AU CLAIR DE LUNE

Sur l’herbe molle, dans la nuit,
les jeunes filles aux cheveux de violettes ont dansé toutes ensemble,
et l’une de deux faisait les réponses de l’amant .

Les vierges ont dit : « Nous ne sommes pas pour vous. »
Et comme si elles étaient honteuses, elles cachaient leur virginité.
Un aegipan jouait de la flûte sous les arbres.

Les autres ont dit : « Vous nous viendrez chercher. »
Elles avaient serré leurs robes en tunique d’homme,
et elles luttaient sans énergie en mêlant leurs jambes dansantes.

Puis chacune se disant vaincue,
a pris son amie par les oreilles comme une coupe par les deux anses,
et, la tête penchée, a bu le baiser.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants

Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants
Est favorable à la flânerie à pas lents,
Par la rue, en sortant de chez la femme aimée,
Après un tendre adieu dont l’âme est parfumée.
Pour moi, je crois toujours l’aimer mieux et bien plus
Dans ce mois-ci, car c’est l’époque où je lui plus.
L’après-midi, je vais souvent la voir en fraude ;
Et, quand j’ai dû quitter la chambre étroite et chaude
Après avoir promis de bientôt revenir,
Je m’en vais devant moi, distrait. Le Souvenir
Me fait monter au coeur ses effluves heureuses ;
Et de mes vêtements et de mes mains fiévreuses
Se dégage un arôme exquis et capiteux,
Dont je suis à la fois trop fier et trop honteux
Pour en bien définir la volupté profonde,
– Quelque chose comme une odeur qui serait blonde.

(François Coppée)

Illustration

 

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Je suis las des gestes intérieurs (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



Je suis las des gestes intérieurs!
Je suis las des départs intérieurs!
Et de l’héroïsme à coups de plume
Et d’une beauté toute en formules.

Je suis honteux de mentir à mon oeuvre
Et que mon oeuvre mente à ma vie
Et de pouvoir m’accommoder,
En brûlant des aromates,
De l’odeur de moisi qui règne ici…

(Charles Vildrac)

Illustration: Latoya Smile

 

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LA JEUNE FILLE NUE (Li Chuang Kia)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



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LA JEUNE FILLE NUE

Pour aller retrouver son fiancé,
Sous le grand saule au bord du fleuve,
Elle avait mis ses deux plus belles robes

Lorsque le soleil commença de décliner,
ils causaient encore tendrement.
Tout à coup elle se leva, honteuse,
Car elle n’avait plus sa troisième robe :
L’ombre du saule.

(Li Chuang Kia)

 

 

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