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Posts Tagged ‘horloge’

CHAUMIÈRE (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2020



CHAUMIÈRE

Pousse la porte. Personne. Voici les vers luisants
du petit feu dans l’âtre, le banc-coffre verni, la huche,
les lits-clos et, dans le silence enfumé qui sent le pain
bis et le lait, le solennel et doux tic-tac de la grande horloge noire
où la Mort se tient cachée.

(Paul-Alexis Robic)

 

 

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COMPLAINTE DE LA PETITE MORT DANS L’ÂME (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2020



Illustration: Frédéric Martin
    
COMPLAINTE DE LA PETITE MORT DANS L’ÂME

La petite mort dans l’âme, à force de tourner elle
s’était perdue.
Peut-être l’avez-vous rencontrée à l’Armée du Salut
ou au coin de la rue ?

La petite mort dans l’âme si fatiguée, si sale et si
grelottante,
le faux sommeil de trois heures du matin dans les salles
d’attente.

Son tablier percé, ses mains gercées, ses lèvres crevassées,
ses souliers très usés, ses bras très reprisés, ses épaules très
méprisées.

Maintenant je suis sûr de l’avoir déjà aperçue en mil neuf cent
quarante.
au Mesnil les Trois Chemins, sous une pluie battante.

La petite mort dans l’âme ce jour-là était devenue folle.
On lui avait tué son mari, il était si gentil, un si bon homme,
et il s’appelait Paul.

Elle était restée toute seule dans le village.
L’église ouverte en deux, les saints de Saint-Sulpice pleuraient
leur plâtre peint sous l’orage.

Mais la petite mort dans l’âme a bien fini par reprendre la
route.
Je l’ai revue dans les Ardennes, sa charrette arrêtée, elle cassait
la croûte.

Elle avait emporté un matelas, un édredon, les douze
casseroles de cuivre,
le panier à salade, l’horloge de grand’mère, la cage de l’oiseau
et le chien Pataud à pied pour la suivre.

La petite mort dans l’âme marchait tout le temps et ne dis
rien :
il faudra bien que ça finisse, tout a une fin, il faudra bien.

La petite mort dans l’âme, on lui a fait voir du pays
Amsterdam, Varsovie, Coventry, Cologne, Oradour,
Hiroshima, Paris.

Les voyages forment la jeunesse, et la petite mort dans l’âme
à force d’aller partout et d’en voir de toutes les couleurs
devint une vraie dame.

La petite mort dans l’âme en mil neuf cent quarante-trois
s’était mariée en Pologne au coin d’un bois l’hiver, il faisait
très grand froid.

Elle avait épousé le nommé Juif Errant Isaac Laaquedem,
mais il est mort en déportation pauvre petite, et elle n’était
pas au bout de ses peines.

(Elle n’a pas pu toucher sa pension : les papiers n’étaient pas
en ordre.
Et la petite mort dans l’âme a dû chercher du travail, ah ! ce
n’est pas commode).

Dans les ruines d’Aix-la-Chapelle que les Allemands
nomment Aachen,
la petite mort dans l’âme m’a parlé en allemand Ich nicht
spricht deutsch, nichtfertig, alors à quoi bon ta rengaine ?

La petite mort dans l’âme a été voir sa grand’mère Mort Dans
l’Âme pour lui porter, acheté au marché noir, un quart de beurre.
Mais sa grand’mère était morte de froid rue Mouffetard, et
c’est bien du malheur.

(Elle habitait au huitième dans une chambre sous les toits.
Les employés des Pompes funèbres ont eu du mal avec leur
caisse, l’escalier est étroit).

J’ai rencontré la petite mort dans l’âme, ses yeux bleus pleins
de larmes, et comme elle était belle !
parmi ce qui reste d’une maison blitzée, dans une rue triste de Whitechapel !

Mais plus tard, c’était encore elle, je ne m’y suis pas trompé,
qui disait cigarette, cigarette, à Oslo,
aux matelots anglais sur le port avec son odeur de goudron et
d’eau.

Elle avait perdu son bébé quand elle avait treize ans, il était
mort en couches,

à cause des privations, du temps des Allemands, avec qui il
avait bien fallu qu’à la fin elle couche.
La petite mort dans l’âme a été putain à Naples et à Rome,

marchande de croissants au métro Réaumur, et de piles
électriques entre Villiers et Rome.

On lui a tondu les cheveux en août 1944 et c’était une erreur,
elle n’aurait jamais cru qu’elle avait de quoi tant pleurer dans
le coeur.

Elle est toujours ici, parmi nous, au noir de notre coeur,
Et quand tu te crois seul, d’Athènes, de Madrid, de France, de
Chine ou d’Amérique,

de tous les coins de ce monde bête et triste,
voilà qu’elle est en toi, la petite mort dans l’âme, à
l’improviste.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Tendresse (Francis Blanche)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2020




J’ai connu un commissaire de police
qui était clown en dehors de ses heures de service

J’ai connu des glycines roses plus que la rose elle-même
c’était dans un jardin
chez les Bénédictins
à Solesmes
J’ai connu des cinémas pour bonbons à la menthe
j’ai connu ce vieux zèbre triste qui se lamente
et lentement se décolore au Jardin des Plantes
J’ai même connu l’homme qui prêtait sa voix pour l’horloge parlante
mais un matin lavé de ma vie de mes livres
neuf comme une larme Adieu tour Eiffel
je reviendrai vers l’arbre aux sources du vivre
apprendre à chanter pour le vent

Et le vent m’apprendra les parfums de la plaine
et le vent m’apprendra les senteurs de l’été
Coquillages d’odeurs dans la brume incrustés
vous ne reviendrez plus aviver quelque peine
Non je n’ai plus soif et je laisse
cette vie d’ardoise et de pierre
couler couler
et déborder les verres

Tendresse

(Francis Blanche)

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La maison du poète (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

Dao Hai Phong VIE1538L [1280x768]

La maison du poète

Au bord d’un verger vert envahi d’herbe en fête
Se dressait le palais superbe du poète.

La maison était vieille au moins trois cent ans,
On entendait craquer ses poutres au printemps.

Les arbres se pressaient contre elle à s’étouffer,
Poiriers portant le nid mélodieux d’Orphée.

Mais les tuiles volaient au vent à tire-d’aile
– Fort bien, dit le poète: on verra mieux le ciel!

Quand il pleuvait, la pluie entrait comme chez elle
– Bon, c’est la porte aussi qu’emprunte l’hirondelle!

Les murs épais, dorés, ruisselaient de feuillages:
Vigne, lierre, rosiers pleins de lézards sans âge.

Au grenier résidait l’effraie, oiseau de nuit.
– C’est moi qui vis chez toi, Sagesse à l’oeil qui luit!

Deux chiens fous, un vieux puits, peu de pain dans la huche
– Mais du soleil au coeur plus que le miel en la ruche!

Depuis longtemps l’horloge s’était arrêtée
– Que l’heure loge ailleurs: pas le temps de compter!

Les cigales vibraient sans fin, de chaleur ivres,
Une plume fumait, dedans, les mots d’un livre.

Et le chant du poète en silence embaumait
La nature alentour ainsi qu’une fumée.

(Marc Alyn)

Illustration: Dao Hai Phong

 

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LA FENÊTRE (Forough Farrokhzad)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2020



Illustration: Barbaras BilderKunst
    
LA FENÊTRE

Quand ma foi
s’accrochait au faible fil de la justice
et que partout en ville
les cœurs de mes lampes
se brisaient et volaient en éclats,
quand le foulard noir de la loi
bandait les yeux d’enfant de mon amour
et que des fontaines de sang
giclaient des pauvres temples de mon désir,
quand la vie n’était rien de plus,
rien d’autre que le tic – tac d’une horloge,
j’ai découvert que je dois,
de manière absolue et sans mesure
dois aimer.

***

***

THE WINDOW

When my faith was hanging
by the weak thread of justice
and in the whole city
the hearts of my lamps were
being torn to pieces,
when the childlike eyes of my love
were being blindfolded by law’s black kerchief,
and fountains of blood were gushing forth
from the distressed temples of desire,
when my life was no longer anything,
nothing but the tick-tock of a wall clock,
I discovered that I must,
that I absolutely had to
love madly.

***

***

A JANELA

Quando a minha fé ainda dependia
do fio fraco da justiça
e em toda a cidade
os corações das minhas lâmpadas ficaram
feitos em pedaços;
quando os olhos infantis do meu amor
foram vendados com o pano escuro da lei,
e fontes de sangue escorriam aos borbotões
dos templos angustiados do meu desejo;
quando a minha vida já não era nada,
nada mais do que o tique-taque de um relógio de parede,
descobri então que devia,
que tinha obrigatoriamente
que amar com loucura.

***

LA VENTANA

Cuando mi fe aun pendía
del hilo débil de la justicia
y en toda la ciudad
los corazones de mis lámparas quedaron
hechos pedazos;
cuando los ojos infantiles de mi amor
fueron vendados con el pañuelo negro de la ley,
y fuentes de sangre manaban a borbotones
de los templos angustiados de mi deseo;
cuando mi vida ya no era nada,
nada más que el tic-tac de un reloj de pared,
descubrí entonces que debía,
que tenía absolutamente
que amar con locura.

****

DAS FENSTER

Als mein Glaube
am seidenen Faden der Gerechtigkeit hing
und in der ganzen Stadt
die Herzen der Lichter
in Stücke gerissen waren,
als die kindlichen Augen meiner Liebe
mit dem schwarzen Kopftuch des Gesetzes verbunden wurden,
und Fontänen von Blut
aus den verzweifelten Tempeln meines Verlangens strömten,
als mein Leben nichts mehr war,
nichts anderes als das Ticken einer Wanduhr,
entdeckte ich dass ich lieben muss,
dass ich unbedingt,
wahnsinnig lieben muss.

***

FEREASTRA

Când mi-a rămas credința suspendată
de firul gingaș al dreptății atârnând
iar prin oraș, răpusă la pământ,
inima razei mele a zăcut
călcată în picioare,
când din nevinovații ochi ai dragostei
sub vălul negru și reglementar ascunși
prinse-a țâșni izvorul sângelui
ce-a inundat locașul cel mai sfânt,
viața-mi pierdu orice valoare,
și numai sunetul pendulei
a mai bătut secundele
în care-am înțeles că negreșit
va trebui himeric să iubesc.

***

HET VENSTER

Toen mijn geloof
aan de zwakke draad van de gerechtigheid hing
en overal in de stad
de harten van mijn lampen
gebroken en versplinterd waren,
toen de kinderlijke ogen van mijn liefde
geblinddoekt werden door het zwarte hoofddoek van de wet,
en fonteinen van bloed
uit armoedige tempels van mijn verlangen gutsten,
toen mijn leven niets meer was,
niets anders, dan de tik tak van een wandklok,
ontdekte ik dat ik moet,
dat ik absoluut en mateloos
moet beminnen.

***

***

私の信念が正義という 名の細い糸でぶらさがり
街中で心臓の灯りが粉々に砕け散る時、
また、恋人の子どものような眼が
法律の黒いスカーフで覆われていて、
血の泉が打ちひしがれた欲望の寺院から湧き出る時
もう私の命は何ものでもなく
壁時計のチクタク鳴る音でしかない
その時に私は気づくのだ
狂ったように人を愛さなければいけないことを

***

GLUGGINN

Þegar trú min hékk
í veikum þræði réttlætis
og hjörtu lampa minna
voru tætt í sundur
út um alla borg,
þegar svartur klútur laganna
var bundinn fyrir barnsleg augu elskunnar minnar
og blóðið gaus fram úr
illa förnum hofum ástarinnar,
þegar líf mitt var ekki lengur neitt,
ekkert nema tifið í klukkunni á veggnum,
fann ég að ég yrði,
að ég gæti ekki annað
en elskað hömlulaust.

***

ΠΑΡΑΘΥΡΟ

Καθώς η πίστη μου κρέμονταν
απ’ τη λεπτή κλωστή της δικαιοσύνης
και σ’ όλη την πόλη του φωτός μου η καρδιά
είχε θρυμματιστεί
καθώς τα παιδικά της αγάπης μου μάτια
είχαν δεθεί με του νόμου το μαντήλι
και συντριβάνια αίμα χύνονταν
απ’ το απελπισμένο τέμπλο της επιθυμίας
καθώς η ζωή μου δεν είχε πια καμμιάν αξία
τίποτα παρά ένα χτύπημα του ρολογιού στον τοίχο,
αποφάσισα ότι έπρεπε
αναμφισβήτητα
να ξαναγαπήσω.

***

OKNO

Kiedy moja wiara wisiała
na wątłej nici sprawiedliwości
i w całym mieście
serca moich lamp
wciąż rozrywano na kawałki,
kiedy dziecinne oczy mojej miłości
zawiązane były czarną chustą prawa,
i tryskały fontanny krwi
z nieszczęsnych świątyń pożądania,
kiedy moje życie nie było już czymkolwiek,
niczym tylko tykaniem ściennego zegara,
odkryłam, że muszę,
że absolutnie muszę
kochać szaleńczo.

***

***

窗 户
当我的信仰被
正义的丝线悬挂
在整个城市
我的灯心正
被撕成碎片,
当我的童贞爱眼
被法律的黑手帕蒙住,
血液之泉正从痛苦的
欲望神殿喷涌而出,
当我的生命不再昂扬,
只剩挂钟的滴答声,
我发现: 我必须,
我只得命定地
疯狂地爱。

(Forough Farrokhzad)

 

Recueil: ITHACA 617
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Persan / Anglais : Sudeep Sen / Arabe : Amal Bouchareb / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Allemand Wolfgang Klinck / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Hébreu Dorit Wiseman / Japonais : Japonais: Manabu Kitawaki / Grec Manolis Aligizakis / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Indi Jyotirmaya Thakur / Chinois William Zhou /
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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RIVIÈRE (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020


 


RIVIÈRE

La rive était fraîche encore
Ce matin quand nous passions.
Nous aurons vu bien des herbes
Renoncer à suivre l’eau.

Le geste ancien de boire
Les deux mains sur le bol
Quand l’horloge sonnait
Dans l’odeur de l’étable.

Le bois épais des bancs
Et de la table usée,
Où des mains s’accrochèrent
Qui tremblaient de colère.

(Eugène Guillevic)

 

 

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La femme cueille doucement (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2019



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La femme cueille doucement
le champignon dénommé marasme fraternel
un lézard gris vert
frôle une feuille immense à grosses nervures.
Près d’une masure
qu’entoure du blé noir
l’homme a pêché une brème carpée
il en est content, regarde l’horizon
le temps divisé par les horloges
qui sonnent l’une l’autre
va vers un avenir tenace.
Survient le sentiment du vide.

(Jean Follain)

 Illustration

 

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QUI? (Leiser Aichenrand)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2019




    
QUI?

Toi
Avec l’horloge des étoiles
Pour toute la durée des siècles
Réglée
À l’heure de Dieu.

Qui nous a
Envahis
Avec les sables du naufrage
– Instants épars
Du ciel muet ?

Qui provoqua
Au ciel de chaque époque
L’éclipse
De notre sang ?

Au fer rouge qui marqua
L’essor de notre parole
Sur les ailes de marbre
De la mort?

Sous les pelles des ténèbres
Toutes les horloges du silence
Ponctuent en battant
Notre interrogation.

(Leiser Aichenrand)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Fie-toi aux mirages (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2019



Fie-toi aux mirages
qui t’indiquent la route,
romps le pain avec le vent.

Ce temps se situe toujours
à l’écart des horloges,
dans ces territoires
auxquels l’oubli
ne porte pas atteinte.

Fais face aux précipices,
aux torrents, aux tourmentes,
tu rejoindras ce pays
où s’absentent les ombres,
où s’enracinent les éclairs.

(Max Alhau)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Au clocher vers midi (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2019




Au clocher vers midi,
L’horloge devient blanche
Et pèse comme un oeuf
Au centre de la paille.

(Guillevic)

 

 

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