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Poésie

Posts Tagged ‘hospitalier’

Dieu (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



Illustration: Jeannette Guichard-Bunel
    
Dieu

Je sens Dieu marcher
tellement en moi, avec le soir et la mer.
Ensemble nous allons avec lui. La nuit tombe.
Ensemble nous sombrons dans la nuit, orpheline Solitude…

Mais je sens Dieu. Et même il semble
qu’il me dicte je ne sais quelle bonne couleur.
Comme un hospitalier, il est bon et triste;
s’étiole un tendre dédain d’amoureux :
son coeur doit lui faire très mal.

Oh, mon Dieu, je m’approche tout juste de toi,
maintenant que j’ai tant d’amour ce soir; maintenant
que dans la fausse balance des seins,
je mesure et pleure une fragile Création.

Et toi, comme tu pleureras… Toi, amoureux
d’un si énorme sein giratoire…
Je te sacre DIEU, parce que tu aimes tant;
parce que tu ne souris jamais; parce que ton coeur
toujours doit te faire très mal.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Nulle reine (Tahar Bekri)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019


monet

Nulle reine
mais la terrasse hospitalière
de ta joue
violente comme une pêche à l’aube
reçoit le soleil d’orange

(Tahar Bekri)

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VIDONS NOS VERRES (Wei Zhuang)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



trinquer

VIDONS NOS VERRES

Buvons ce soir tout notre soûl
Oublions demain devant la coupe
J’apprécie votre accueil si hospitalier
le gobelet rempli de votre amitié

Attention à ce que la nuit printanière soit courte
Les verres ne sont jamais trop pleins
Trinquons une fois encore
A notre vie qui passe comme l’éclair

(Wei Zhuang)

 

 

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Il y a beaucoup d’arbres (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017



    
Il y a beaucoup d’arbres qui vivent ensemble
Ils se sont pas tous de la même famille et ils s’entendent bien
Il y a beaucoup de têtes penchées les unes sur les autres

On a coupé quelques arbres pour que les hommes puissent passer
Mais les arbres semblent s’aimer beaucoup les uns les autres
Et ceux qui sont restés se tendent les bras par-dessus la route
Cette étrangère indifférente qui les sépare
Qui continue toujours et pourtant ne va pas partout

Les arbres ont très bon coeur la forêt est très hospitalière
C’est peut-être parce que les arbres ont toujours la tête près du ciel

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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C’est comme un arc-en-ciel (Lama Guendune)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



C’est comme un arc-en-ciel

Le bonheur ne se trouve pas
avec beaucoup d’effort et de volonté,
mais réside là, tout près,
dans la détente et l’abandon.

Ne t’inquiète pas, il n’y a rien à faire.
Tout ce qui s’élève dans l’esprit
n’a aucune importance,
parce que n’a aucune réalité.

Ne t’y attache pas.
Ne te juge pas.
Laisse le jeu se faire tout seul,
s’élever et retomber, sans rien changer,
et tout s’évanouit, et recommence à nouveau,
sans cesse.

Seule cette recherche du bonheur
nous empêche de le voir.

C’est comme un arc-en-ciel
que l’on poursuit sans jamais le rattraper.
Parce qu’il n’existe pas, et a toujours été là,
et t’accompagne à chaque instant.

Ne crois pas à la réalité des expériences
bonnes ou mauvaises,
elles sont comme des arcs-en-ciel.

À vouloir saisir l’insaisissable,
on s’épuise en vain.

Dès lors qu’on relâche cette saisie,
l’espace est là, ouvert, hospitalier, et confortable.

Alors profites-en.
Tout est à toi, déjà. Ne cherche plus.

Ne vas pas chercher dans la jungle inextricable
l’éléphant qui est tranquillement à la maison.

Rien à faire.

Rien à forcer.

Rien à vouloir.

Et tout se fait tout seul.

(Lama Guendune)

Illustration: Laszló Mindszenti

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Décapé par la bise (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2016



DÉCAPÉ par
la bise irradiante de ton langage
le bavardage bariolé du propre-
ment-vécu – le Mien-
poème aux cent bouches,
le Rien-poème.

Ouvert au tourbillon
des bourrasques,
dégagé libre
le chemin à travers
la neige aux formes d’humain,
la neige des pénitents, vers
les hospitalières
tables et tavernes de glacier.

Tout au fond
de la crevasse des temps,
près de la
glace alvéolaire,
attend, cristal de souffle.
ton inébranlable
témoignage.

***

WEGGEBEIZT vom
Strahlenwind deiner Sprache
das bunte Gerede des An-
erlebten – das hundert-
züngige Mein-
gedicht, das Genicht.

Aus-
gewirbelt,
frei
der Weg durch den menschen-
gestalteten Schnee,
der Büßerschnee, zu
den gastlichen
Gletscherstuben und –tischen.

Tief
in der Zeitenschrunde,
beim
Wabeneis
wartet, ein Atemkristall,
dein unumstößliches
Zeugnis.

***

Etched away from
the ray-shot wind of your language
the garish talk of rubbed-
off experience – the hundred
tongued pseudo-
poem, the noem.

Whirled
clear,
free
your way through the human-
shaped snow,
the penitents’ snow, to
the hospitable
glacier rooms and tables.

Deep in time’s crevasse
by the alveolate ice
waits, a crystal of breath,
your irreversible
witness.

(Paul Celan)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Tomas Januska

 

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Au temps où longuement j’avais souffert (Émile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



Au temps où longuement j’avais souffert,
Où les heures m’étaient des pièges,
Tu m’apparus l’accueillante lumière
Qui luit aux fenêtres, l’hiver,
Au fond des soirs, sur de la neige.

Ta clarté d’âme hospitalière
Frôla, sans le blesser, mon cœur,
Comme une main de tranquille chaleur.

Puis vint la bonne confiance,
Et la franchise, et la tendresse, et l’alliance
Enfin de nos deux mains amies,
Un soir de claire entente et de douce accalmie.

Depuis, bien que l’été ait succédé au gel,
En nous-mêmes, et sous le ciel,
Dont les flammes éternisées
Pavoisent d’or tous les chemins de nos pensées,
Et que l’amour soit devenu la fleur immense
Naissant du fier désir
Qui sans cesse, pour mieux encor grandir,
En notre cœur se recommence
Je regarde toujours la petite lumière
Qui me fut douce, la première.

(Émile Verhaeren)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration

 

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