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Poésie

Posts Tagged ‘hostie’

La lune (Henri Pichette)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



la lune
comme un hublot
comme un oeil de bateau
comme une perle dans les flots

la lune
comme un bol de lait
comme une bulle d’or
comme une balle de cristal

la lune
comme une croissant d’ivoire
comme une galette de givre
comme un fromage blanc

la lune
comme une tailladin de citron
comme un quartier d’orange
comme une barque de melon

la lune
comme un plateau de nacre
comme un cerceau de papier de riz
comme un lampion chinois

la lune
comme un zéro plein
comme un masque lisse
comme un miroir hanté d’un lis

la lune
comme une peau de banjo
comme une cymbale silencieuse
comme un tambour de brodeuse

la lune
comme une épouse seule
comme un bouclier d’archange
comme une arme blanche
une alfange

la lune
comme une soie découpée
comme un sabot enneigé
comme les cornes d’un boeuf dans les nuages

la lune
comme une pièce d’eau glacée
comme un feu de phare fantôme
comme une médaille dans un encens de brume

la lune
comme une céramique séraphique
comme une cible pacifique
comme une hostie dans le ciel

la lune
comme un cadran d’horloge effacé par le temps
comme une obole dans la sébile de la nuit
comme un soleil en sommeil

la lune.

(Henri Pichette)

Illustration

 

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LE PÉCHÉ (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



 

Le Vieux Moulin

LE PÉCHÉ

Sur sa butte que le vent gifle,
Il tourne et fauche et ronfle et siffle,
Le vieux moulin des péchés vieux
Et des forfaits astucieux.

Il geint des pieds jusqu’à la tête,
Sur fond d’orage et de tempête,
Lorsque l’automne et les nuages
Frôlent son toit de leurs voyages.

Sur la campagne abandonnée
Il apparaît une araignée
Colossale, tissant ses toiles
Jusqu’aux étoiles.

C’est le moulin des vieux péchés.

Qui l’écoute, parmi les routes,
Entend battre le coeur du diable,
Des sa carcasse insatiable.

Du travail d’ombre et de ténèbres
S’y fait, pendant les nuits funèbres
Quand la lune fendue
Gît 1à, sur le carreau de l’eau,
Comme une hostie atrocement mordue.

C’est
le moulin de la ruine
Qui moud le mal et le répand aux champs
Infini, comme une bruine.

Ceux qui sournoisement écornent
Le champ voisin en déplaçant les bornes ;
Ceux qui valets d’autrui, sèment l’ivraie
Au lieu de l’orge vraie ;
Ceux qui jettent les poisons verts dans l’eau
Où l’on amène le troupeau ;
Ceux qui, par les nuits seules,
En brasiers d’or font éclater les meules,
Tous passèrent par le moulin.

Encore :

Les vieux jeteurs de sorts et les sorcières
Que vont trouver les filles-mères ;
Ceux qui cachent dans les fourrés
Leurs ruts sinistrement vociférés ;
Ceux qui n’aiment la chair que si le sang
Gicle aux yeux, frais et luisant ;
Ceux qui s’entr’égorgent, à couteaux rouges,
Volets fermés, au fond des bouges ;
Ceux qui scrutent l’espace
Avec, au bout du poing, la mort pour tel qui passe,
Tous passèrent par le moulin.

Aussi :

Les vagabonds qui habitent des fosses
Avec leurs filles qu’ils engrossent ;
Les fous qui choisissent des bêtes
Pour assouvir leur rage et ses tempêtes ;
Les mendiants qui déterrent les mortes
Atrocement et les emportent ;
Les couples noirs, pervers et vieux,
Qui instruisent l’enfant à coucher entre eux deux ;
Tous passèrent par le moulin.

Tous sont venus, sournoisement,
Choisissant l’heure et le moment,
Avec leurs chiens et leurs brouettes,
Et leurs ânes et leurs charrettes ;
Tous sont venus, jeunes et vieux,
Pour emporter jusque chez eux
Le mauvais grain, coûte que coûte ;
Et quand ils sont redescendus
Par les sentes du haut talus,
Les grand’routes charriaient toutes
Infiniment, comme des veines,
Le sang du mal, parmi les plaines.

Et le moulin tournait au fond des soirs
La croix grande de ses bras noirs,
Avec des feux, comme des yeux,
Dans l’orbite de ses lucarnes
Dont les rayons gagnaient les loins.
Parfois, s’illuminaient des coins,
Là-bas, dans la campagne morne,
Et l’on voyait les porteurs gourds,
Ployant au faix des péchés lourds,
Hagards et las, buter de borne en borne.

(Emile Verhaeren)

 

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Extase (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017



Illustration: Louis Pierre Verwee
    
Extase

D’un coeur passionné savourons notre rêve
Avant que la vie dure et fausse nous l’enlève,
O mon amour, viens nous asseoir
Sous les saules d’azur pleurant au bord du soir.

Tout fuit intensément, embrassons notre songe;
Que l’heure nous oublie et pour nous se prolonge,
Et que, sans jamais s’épuiser,
Renaissent, floraisons brûlantes, nos baisers.

La cétoine s’endort gitée au coeur des roses;
Comme une hostie au fond d’un ciboire repose,
Qu’entoure un mystique halo,
Dans ton âme et ta chair tout mon être est enclos.

Et nous nous étreignons, expirants, bouche à bouche,
Pendant que les grands lys penchés sur notre couche
Y versent des parfums d’autel.
Anéantis au flux du désir immortel,

Aimons-nous, mes amours! Ayons pour seule envie,
Puisque l’heure agonise et que s’enfuit la vie,
Lèvre à lèvre, d’avoir goûté,
Dans un spasme trop bref, toute une éternité!

(Marie Dauguet)

 

 

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Extase (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Malanie Quentin
    
Extase

D’un coeur passionné savourons notre rêve
Avant que la vie dure et fausse nous l’enlève,
O mon amour, viens nous asseoir
Sous les saules d’azur pleurant au bord du soir.

Tout fuit intensément, embrassons notre songe;
Que l’heure nous oublie et pour nous se prolonge,
Et que, sans jamais s’épuiser,
Renaissent, floraisons brûlantes, nos baisers.

La cétoine s’endort gitée au coeur des roses;
Comme une hostie au fond d’un ciboire repose,
Qu’entoure un mystique halo,
Dans ton âme et ta chair tout mon être est enclos.

Et nous nous étreignons, expirants, bouche à bouche,
Pendant que les grands lys penchés sur notre couche
Y versent des parfums d’autel.
Anéantis au flux du désir immortel,

Aimons-nous, mes amours! Ayons pour seule envie,
Puisque l’heure agonise et que s’enfuit la vie,
Lèvre à lèvre, d’avoir goûté,
Dans un spasme trop bref, toute une éternité!

(Marie Dauguet)

 

 

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Reviendras-tu (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2017



    
Reviendras-tu si je disais la terre est au bout de tes doigts
comme une branche calcinée et déjà refroidie?
les oiseaux sont morts plusieurs fois à pic contre tes cheveux blonds
ils avaient adopté la mer pour vice
à cause des algues sonores
et des pistes qui se défont
lentement
trop tard pour naître chaque instant
à genoux devant des visages où toute couleur est hostie

comme une gorge prise au bétail qui dévore un rayon de soleil

reviendras-tu si je disais la mer est au bout de tes doigts?

(Nadia Tueni)

 

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Retouche à la perfection (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2017




    
retouche à la perfection

oeil en hostie
sur le calice de la lumière

ailleurs
de toutes parts l’abîme

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: De laine et soie Retouches
Editions: Gallimard

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BRAISES (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2016



BRAISES

Pour Domingo Parra del Riego

J’éclairerai pour Tilia, dans la tragédie,
mes strophes en lourdes grappes;
chaque fruit mélodieux ensanglantera,
tel un soleil funèbre, des vins lugubres.
Tilia possédera la croix
toute de lumière à l’heure suprême.

J’allumerai pour Tilia, dans la tragédie,
la goutte du fracas qui est sur mes lèvres ;
et la lèvre, en moutonnant au seuil du baiser,
en cent pétales sacrés se brisera.
Tilia tiendra le poignard,
le poignard floricide et auroral!

Déjà dans l’ombre, héroïne, intacte et martyre,
tu posséderas la Vie sous tes semelles ;
lors que tu voiles, en récitant mes strophes,
mon front, comme une hostie tachée de sang rouge.
Et dans l’iris, vorace,
mon sang, comme un virus, boiras!

***

ASCUAS

Para Domingo Parra del Riego

Luciré para Tilia, en la tragedia,
mis estrofas en ópimos racimos;
sangrará cada fruta melodiosa,
como un sol funeral, lúgubres vinos.
Tilia tendrá la cruz
que en la hora final será de luz!

Prenderé para Tilia, en la tragedia,
la gota de fragor que hay en mis labios;
y el labio, al encresparse para el beso,
se partirá en cien pétalos sagrados.
Tilia tendrá el puñal,
el puñal floricida y auroral!

Ya en la sombra, heroína, intacta y mártir,
tendrás bajo tus plantas a la Vida;
mientras veles, rezando mis estrofas,
mi testa, como una hostia en sangre tinta!
Y en un lirio, voraz,
mi sangre, como un virus, beberás!

(César Vallejo)

 

 

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Elévation du jour (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2016



Elévation du jour
sur le vin corrompu du sommeil

Gélive la phrase
sous les soies blanches
du silence

Graal émeraude du vide
la brise
aux lisières des choses
me surprend à son rite frileux

L’hostie du verbe
collée au palais

(Werner Lambersy)


Illustration: Vladimir Kush

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L’impossible retour (Jacques Charpentreau)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2016



L’impossible retour

La porte ouvrit sur un jardin,
L’eau du temps coulait des fontaines,
Et j’allais vers des voix lointaines
A l’horizon jamais atteint.

Au ciel d’argent, miroir sans tain,
Le soleil, promesse hautaine,
Hostie rouge sur sa patène,
S’offrait plus neuf chaque matin.

S’est fermé l’éventail des routes,
Les promesses se sont dissoutes,
Et toutes les joies se dénouent.

Les oiseaux ont mangé les miettes.
Je cherche dans la nuit inquiète
Le chemin perdu de chez nous.

(Jacques Charpentreau)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

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SOLITUDE (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2015



Albert Moore 6

SOLITUDE

C’est l’heure où dans le soir les pâles jeunes filles
Songeront à l’amour pour la première fois
Et verront le reflet vague sur leur aiguille
De la lune qui tremble et meurt dans les cieux froids.

La lune est dans le soir comme une grande hostie
Qui saigne par les cieux étoilés de clous d’or.
Aujourd’hui des enfants vont connaître la vie ;
Aujourd’hui des vieillards vont connaître la mort.

Et moi qui suis venu par une nuit pareille,
Et moi qui partirai par une même nuit,
Je promène muet mon angoisse qui veille
Au delà des vallons et des champs assoupis

Il passe dans l’air pur comme une souvenance
De jours élyséens où je n’ai pas vécu,
Et qui me font rêver et pleurer en silence
Et plier le genou dans le sentier herbu.

J’écoute longuement sous la nuit étoilée
Les rumeurs que le soir murmure dans les loins ;
Mais je n’entends monter du fond de la vallée
Que les sanglots d’un coeur plaintif comme le mien.

On dirait que la voix du canon s’est calmée
Et que dans l’azur bleu s’élève un chant de paix ;
Hélas ! par cette nuit limpide et parfumée
Il est des malheureux qui dorment à jamais.

Et je m’en vais songeant à des lèvres muettes
Qui ne sentiront plus le baume des baisers
Et je pleure ce soir pour de jeunes poètes
Qui sont morts bégayant des vers inachevés.

(Robert Goffin)

Illustration: Albert Moore

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