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Poésie

Posts Tagged ‘hostile’

TYRANNIE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019




TYRANNIE

Ô dame sans coeur, ô fille du ciel,
viens à mon secours en cette heure solitaire,
violente, indifférente comme une arme
avec ton sens de l’oubli sans pardon.

Un temps absolu tel un océan,
une blessure confuse telle un nouvel être,
étreignent la racine tenace de mon âme
rongeant le coeur de ma confiance.

Quel sourd battement s’agite en mon coeur
tel une vague qu’auraient faite toutes les vagues,
et ma tête se lève, désespérée
en un effort de saut et de mort.

Un hostile imprécis tremble en ma certitude,
grandissant ou naissant des larmes,
telle une plante déchirante et dure
faite de feuilles enchainées, amères.

(Pablo Neruda)

Illustration

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26 MAI 1828 (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2018



   Alexandre Pouchkine 
    
26 MAI 1828

Vie, don inutile, don fortuit,
à quoi bon m’es-tu donnée ?
Pourquoi un mystérieux destin
aux supplices m’a-t-il voué ?

Qui donc aux pouvoirs hostiles
du néant m’a rappelé,
chargé le coeur de passions
et rongé l’esprit de doute… ?

J’ai l’âme vide, l’esprit oiseux,
n’ai plus aucun but en vue ;
le bruit monotone de la vie
m’emplit de mélancolie.

***

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: L’heure de la nuit Poèmes
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Vie (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2018



Illustration
    
Vie, don stérile et fortuit,
de quoi me sers-tu, ma vie ?
Pourquoi un destin caché
à la mort t’a-t-il vouée ?

Qui, dans un dessein hostile,
m’a tiré hors du néant,
liant à mon âme ardente
un esprit rongé de doutes ?

Nul but au bout de ma route :
un coeur vide, un esprit vain
qu’empoisonne d’amertume
le bruit morne de mes jours.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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JE T’AIME, HOSTILE OISEAU (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2018



 

Adolph Gottlieb  cri

JE T’AIME, HOSTILE OISEAU

Ce n’est pas de mourir que nous mourrons

Mais de porter le jour en mille échardes
D’être la proie d’un seul de nos visages
De tenir nos maisons pour le lieu

Ce n’est pas de mourir que nous mourrons

Mais de l’écume qui perd mémoire
de ses tempes d’océan

De l’herbe forcée dans son repaire
Des plaines que l’heure racornit

Gorgés de forêts insondables
de n’en dévoiler qu’un rameau
Et du hasard,
atoll qui se réduit

Vie tigrée sur nos vies
A quel filet te prendre ?

Je t’aime, hostile oiseau.

(Andrée Chedid)

Illustration: Adolph Gottlieb

 

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LIEU CHER (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



 

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LIEU CHER

Nous avions erré tout l’après-midi à la recherche
d’un lieu où faire de nos deux vies une seule.

Pleine de rumeurs la vie, adulte, hostile,
menaçait notre jeunesse.

Mais arrivés ici où chantent encore les grillons,
quel silence sous cette lune.

(Umberto Saba)

Illustration

 

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Don aveugle, don stérile (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



 Alexandre Pouchkine   
    
Don aveugle, don stérile,
Vie, pourquoi m’es-tu donnée,
Toi qu’une puissance hostile
Au supplice a condamnée?

Quel dessein que je redoute
M’a fait naître du néant,
M’a rongé l’esprit de doute,
Brûlé de passion le sang?

J’erre ainsi sans but au monde,
Sans pensée et sans amour,
Dans l’ennui poignant où gronde
L’uniforme bruit des jours.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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L’EXODE (Max Elskamp)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Francine Mayran-Hertzog l'_exode-80x100

L’EXODE

C’est la misère qu’on a eue,
C’est la peine qu’on a portée,

Ce sont des choses qu’on a tues,
Parce qu’on n’en pouvait parler,

C’est notre âme de réfugiés,
Frères, que nous avons vécue,

Toute de haine et de rancune,
Toute d’amour et de pitié,

Pendant les jours dont l’amertume,
Au fond du coeur nous est restée,

Frères, encore vous souvient-il,
Frères des mains, frères des pieds,

Lorsque toutes brûlaient nos villes,
Et qu’on partait, et qu’on marchait,

Frères d’exode sur la route,
Où pieds saignants, yeux révulsés,

Bouche amère et clamant ses doutes,
Sous le ciel nous avons passé,

Frères, encore vous souvient-il,
Frères, de l’exode et l’exil?

Choses du ciel et de la mer,
Lointaines vers où nous marchions,

Choses dont nous avons souffert,
Pays de trafic et marchand,

Choses des hommes et du temps,
Villes d’exil, villes amères,

Frères, encore vous souvient-il,
-Nous avons eu froid si souvent –

Frères des blancs hivers hostiles
En ce pays de tant de vent?

Toits de toile, vie transparente,
Dans un rond et nous alentour,

Nous avons dormi sous des tentes
Durant des nuits, durant des jours,

D’hiver et d’été longs d’attente,
Nous avons vécu sans amour,

Et yeux au loin, pensée absente,
-Frères, nos coeurs étaient si lourds-

De nos rancoeurs faisant le compte,
Frères, vous souvient-il toujours?

(Max Elskamp)

Illustration: Francine Mayran-Hertzog

 

 

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UNE FEMME EN PLEURS (Tang Wall)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



UNE FEMME EN PLEURS

Le monde est hostile
L’amour est infidèle
A l’approche de la nuit
La pluie fragilise les fleurs
Le vent matinal sèche mes larmes
Je m’appuie sur la balustrade
Silencieuse, j’essaie de vider mon coeur
Impossible ! Impossible ! Impossible !

Solitaire, je ne suis plus comme hier
Mon âme malade est désorientée
comme la corde de la balançoire
Le son du cor me fait frémir
Le soir est déjà profond
Par crainte d’être surprise
J’essuie mes larmes
Je m’efforce de dessiner un sourire
Trompeur ! Trompeur ! Trompeur !

(Tang Wall)

Illustration

 

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LA DOUCEUR DE L’ANGÉLUS… (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Salvador Dali
    
LA DOUCEUR DE L’ANGÉLUS…

La douceur de l’angélus matinal et divin
que dispensent d’ingénues cloches provinciales,
dans l’air innocent, avec la force des pétales,
des prières, des visions virginales et des refrains

du rossignol, s’opposant en tout au rude destin
qui en Dieu ne croit pas… La pelote du jour en déclin
que le soir dévide derrière d’opaques cristaux
pour tisser d’une seule pièce l’étoffe de nos maux,

tout entiers faits de chair et parfumés de vin…
Et cette atroce amertume de n’avoir point de goût,
de ne pas savoir vers où diriger notre proue,

tandis que le pauvre esquif dans la nuit calfeutrée,
avance sur les vagues hostiles et de l’aurore privé…
(O cloches suaves, que l’aube fasse son entrée !)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Le monde est notre désir (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Le monde est notre désir.
Le monde est notre vouloir.
Il n’y a rien à dire du monde — sauf qu’il nous ressemble trait pour trait.
Si nous le trouvons médiocre — c’est que nous sommes médiocres.
Si nous le trouvons vain — c’est que nous sommes vains.
Si nous le trouvons affreux — c’est que nous sommes affreux.
Si nous le trouvons dur — c’est que nous sommes durs.
Si nous le trouvons morne — c’est que nous sommes mornes.
Si nous le trouvons petit — c’est que nous sommes petits.
Si nous le trouvons écœurant — c’est que nous sommes écœurants.
Si nous le trouvons hostile — c’est que nous sommes hostiles.
Il ne changera que quand nous changerons.
Il est nous et indéfiniment il nous ressemblera.
Pour l’instant c’est un monde de terre sèche.
Il y aura un brin d’herbe quand vous serez devenus brin d’herbe.
Ou…

(Louis Calaferte)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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