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Poésie

Posts Tagged ‘hostile’

Unité (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019




    
Unité

Cette nuit ma montre halète
près de ma tempe assombrie, comme
le barillet d’un revolver qui tourne
sous la gâchette sans trouver la balle.

La lune blanche, immobile, pleure,
et c’est un oeil qui vise… Et je sens comme
estampe sa marque le grand Mystère en une idée
hostile et ovoïde, en une balle vermeille.

Ah, main qui limite, qui menace
derrière toutes les portes, qui souffle
dans toutes les montres, qui cède et passe !

Sur l’araignée grise de ta structure,
une autre grande Main faite de lumière porte
une balle qui a la forme azur du coeur.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Je n’ai su parler que de moi (Rachel Bluwstein)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019



Je n’ai su parler que de moi.
Mon monde est exigu comme celui des fourmis,
Et j’ai chargé comme elles sur un bien faible dos
Un lourd et dur fardeau.

J’ai emprunté comme elles — pour grimper vers le faîte —
Une route marquée de peine et de dur labeur.
Une gigantesque main, hostile et assurée,
Se joue de moi et me fait reculer.

Ma peur secrète de la main gigantesque
Souvent m’a fait pleurer, dévier en chemin.
Pourquoi m’avoir appelée, rivages enchantés ?
Pourquoi m’avoir leurrée, clartés dans le lointain ?

(Rachel Bluwstein)


Illustration: Odilon Redon

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TYRANNIE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019




TYRANNIE

Ô dame sans coeur, ô fille du ciel,
viens à mon secours en cette heure solitaire,
violente, indifférente comme une arme
avec ton sens de l’oubli sans pardon.

Un temps absolu tel un océan,
une blessure confuse telle un nouvel être,
étreignent la racine tenace de mon âme
rongeant le coeur de ma confiance.

Quel sourd battement s’agite en mon coeur
tel une vague qu’auraient faite toutes les vagues,
et ma tête se lève, désespérée
en un effort de saut et de mort.

Un hostile imprécis tremble en ma certitude,
grandissant ou naissant des larmes,
telle une plante déchirante et dure
faite de feuilles enchainées, amères.

(Pablo Neruda)

Illustration

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26 MAI 1828 (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2018



   Alexandre Pouchkine 
    
26 MAI 1828

Vie, don inutile, don fortuit,
à quoi bon m’es-tu donnée ?
Pourquoi un mystérieux destin
aux supplices m’a-t-il voué ?

Qui donc aux pouvoirs hostiles
du néant m’a rappelé,
chargé le coeur de passions
et rongé l’esprit de doute… ?

J’ai l’âme vide, l’esprit oiseux,
n’ai plus aucun but en vue ;
le bruit monotone de la vie
m’emplit de mélancolie.

***

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: L’heure de la nuit Poèmes
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Vie (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2018



Illustration
    
Vie, don stérile et fortuit,
de quoi me sers-tu, ma vie ?
Pourquoi un destin caché
à la mort t’a-t-il vouée ?

Qui, dans un dessein hostile,
m’a tiré hors du néant,
liant à mon âme ardente
un esprit rongé de doutes ?

Nul but au bout de ma route :
un coeur vide, un esprit vain
qu’empoisonne d’amertume
le bruit morne de mes jours.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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JE T’AIME, HOSTILE OISEAU (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2018



 

Adolph Gottlieb  cri

JE T’AIME, HOSTILE OISEAU

Ce n’est pas de mourir que nous mourrons

Mais de porter le jour en mille échardes
D’être la proie d’un seul de nos visages
De tenir nos maisons pour le lieu

Ce n’est pas de mourir que nous mourrons

Mais de l’écume qui perd mémoire
de ses tempes d’océan

De l’herbe forcée dans son repaire
Des plaines que l’heure racornit

Gorgés de forêts insondables
de n’en dévoiler qu’un rameau
Et du hasard,
atoll qui se réduit

Vie tigrée sur nos vies
A quel filet te prendre ?

Je t’aime, hostile oiseau.

(Andrée Chedid)

Illustration: Adolph Gottlieb

 

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LIEU CHER (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



 

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LIEU CHER

Nous avions erré tout l’après-midi à la recherche
d’un lieu où faire de nos deux vies une seule.

Pleine de rumeurs la vie, adulte, hostile,
menaçait notre jeunesse.

Mais arrivés ici où chantent encore les grillons,
quel silence sous cette lune.

(Umberto Saba)

Illustration

 

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Don aveugle, don stérile (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



 Alexandre Pouchkine   
    
Don aveugle, don stérile,
Vie, pourquoi m’es-tu donnée,
Toi qu’une puissance hostile
Au supplice a condamnée?

Quel dessein que je redoute
M’a fait naître du néant,
M’a rongé l’esprit de doute,
Brûlé de passion le sang?

J’erre ainsi sans but au monde,
Sans pensée et sans amour,
Dans l’ennui poignant où gronde
L’uniforme bruit des jours.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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L’EXODE (Max Elskamp)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Francine Mayran-Hertzog l'_exode-80x100

L’EXODE

C’est la misère qu’on a eue,
C’est la peine qu’on a portée,

Ce sont des choses qu’on a tues,
Parce qu’on n’en pouvait parler,

C’est notre âme de réfugiés,
Frères, que nous avons vécue,

Toute de haine et de rancune,
Toute d’amour et de pitié,

Pendant les jours dont l’amertume,
Au fond du coeur nous est restée,

Frères, encore vous souvient-il,
Frères des mains, frères des pieds,

Lorsque toutes brûlaient nos villes,
Et qu’on partait, et qu’on marchait,

Frères d’exode sur la route,
Où pieds saignants, yeux révulsés,

Bouche amère et clamant ses doutes,
Sous le ciel nous avons passé,

Frères, encore vous souvient-il,
Frères, de l’exode et l’exil?

Choses du ciel et de la mer,
Lointaines vers où nous marchions,

Choses dont nous avons souffert,
Pays de trafic et marchand,

Choses des hommes et du temps,
Villes d’exil, villes amères,

Frères, encore vous souvient-il,
-Nous avons eu froid si souvent –

Frères des blancs hivers hostiles
En ce pays de tant de vent?

Toits de toile, vie transparente,
Dans un rond et nous alentour,

Nous avons dormi sous des tentes
Durant des nuits, durant des jours,

D’hiver et d’été longs d’attente,
Nous avons vécu sans amour,

Et yeux au loin, pensée absente,
-Frères, nos coeurs étaient si lourds-

De nos rancoeurs faisant le compte,
Frères, vous souvient-il toujours?

(Max Elskamp)

Illustration: Francine Mayran-Hertzog

 

 

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UNE FEMME EN PLEURS (Tang Wall)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



UNE FEMME EN PLEURS

Le monde est hostile
L’amour est infidèle
A l’approche de la nuit
La pluie fragilise les fleurs
Le vent matinal sèche mes larmes
Je m’appuie sur la balustrade
Silencieuse, j’essaie de vider mon coeur
Impossible ! Impossible ! Impossible !

Solitaire, je ne suis plus comme hier
Mon âme malade est désorientée
comme la corde de la balançoire
Le son du cor me fait frémir
Le soir est déjà profond
Par crainte d’être surprise
J’essuie mes larmes
Je m’efforce de dessiner un sourire
Trompeur ! Trompeur ! Trompeur !

(Tang Wall)

Illustration

 

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