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Le silence des forêts est fait de murmures (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018




    
— Le silence des forêts est fait de murmures
de plaintes, de sanglots de larmes et de cris
des femmes convoitées qui y trouvaient refuge,
des hommes pourchassés qui défendaient leurs terres,

Le silence des forêts est fait de messages
transmis aux nouveau-nés par les sages inspirés,
qui annonçaient la bienveillance des astres,
où les assauts de forces invisibles, hostiles,

Le silence des forêts est fait de paniques,
des multiples chants des oiseaux innombrables,
de l’envol des rapaces fondant sur leur proie,
du lent écoulement des pluies sur les fougères,

Le silence des forêts est fait de l’écho,
du frôlement des branches, des cris des rongeurs,
de la chute des bogues sur les feuilles mortes,
de la fuite des biches effrayées par le vent ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Drame ou porte fermée (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018




    
Drame ou porte fermée

La jeunesse sans escorte de nuages,
Les murs, volonté de tempêtes,
La lampe comme un éventail dedans ou dehors,
Disent éloquemment ce qu’on n’ignore pas,
Ce qu’un beau jour faiblement
On abandonne devant la mort même.

Os écrasé par la pierre des rêves,
Que faire, privés d’issue
Autre que le pont jeté par l’éclair
Pour unir deux mensonges,
Mensonge de vie ou mensonge de chair ?

Nous ne savons que sculpter des biographies
Sur des musiques hostiles ;
Nous ne savons que compter affirmations
Ou négations, chevelure de nuit ;
Nous ne savons qu’invoquer tels des enfants le froid
De peur de nous en aller seuls à l’ombre du temps.

***

Drama o puerta cerrada

La juventud sin escolta de nubes,
Los muros, voluntad de tempestades,
La lámpara, como abanico fuera o dentro,
Dicen con elocuencia aquello no ignorado,
Aquello que algún día débilmente
Ante la muerte misma se abandona.

Hueso aplastado por la piedra de sueños,
e Qué hacer, desprovistos de salida,
Si no es sobre puente tendido por el rayo
Para unir dos mentiras,
Mentira de vivir o mentira de carne ?

Sólo sabemos esculpir biografías
En músicas hostiles;
Sólo sabemos contar afirmaciones
O negaciones, cabellera de noche ;
Sólo sabemos invocar como niños al frío
Por miedo de irnos solos a la sombra del tiempo.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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VILLE, BROUHAHA… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



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VILLE, BROUHAHA…

Ville, brouhaha, continuel va-et-vient des rues,
Ô vie sale, hostile, inutilement usée,
Savoir qu’il y a la mer et les plages nues,
Des montagnes sans nom et des plaines plus vastes
Que le plus vaste des désirs,
Et moi, en toi enfermée, je vois seulement
Des murs et des façades, je ne peux voir
Ni les marées qui montent, ni le changement des lunes.

Savoir que tu me prends la vie
Et qu’à l’ombre de tes murs tu traînes
Mon âme promise
Aux vagues blanches et aux vertes forêts.

***

CIDADE, RUMOR…

Cidade, rumor e vaivém sem paz das ruas
Ó vida suja, hostil, inutilmente gasta,
Saber que existe o mar e as praias nuas,
Montanhas sem nome e planicíes mais vastas
Que o mais vasto desejo,
E eu estou em ti fechada e apenas vejo
Os muros e as paredes, e não vejo
Nem o crescer do mar, nem o mudar das luas.

Saber que tomas em ti a minha vida
E que arrastas pela sombra das paredes
A minha alma que fora prometida
As ondas brancas e ás florestas verdes.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration

 

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DE LA TOUR (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
DE LA TOUR

Cette terre grise lissée par le vent dans ses croupes,
dans son galop vers la mer,
dans sa ruée de troupeaux sous les dômes
et les contreforts de l’intérieur, vue
dans le vertige depuis les glacis, file
la lumière, file de mystérieuses années-lumière,
file un seul destin de multiples façons,
dit : « regarde-moi, je suis ton étoile »
et en cet instant s’enfonce plus profond
dans le coeur l’épine de la vie.
Cette terre toscane nue et pure
où court la pensée de celui qui reste
ou qui, issu d’elle, s’en éloigne.

Mes années, plus de quarante, essaiment toutes
hors de leur nid d’abeilles. Elles cherchent
ici plus qu’ailleurs leur pain, s’enquièrent
de nous, de vous murés dans la croûte
de ce corps lumineux. Et persiste,
persiste à pulluler la mort — la vie —
tendre et hostile, claire et inconnaissable.

Voilà ce que l’oeil saisit de cette tour de guet.

***

DALLA TORRE

Questa terra grigia lisciata dal vento nei suoi dossi
nella sua galoppata verso il mare,
nella sua ressa d’armento sotto i gioghi
e i contrafforti dell’interno, vista
nel capogiro dagli spalti, fila
luce, fila anni luce misteriosi,
fila un solo destino in moite guise,
dice : « guardami, sono la tua stella »
e in quell’attimo punge più profonda
il cuore la spina della vita.
Questa terra toscan brulla e tersa
dove corre il pensiero di chi resta
o cresciuto da lei se ne allontana.

Tutti i miei più che quarant’anni sciamano
fuori del loro nido d’ape. Cercano
qui più che altrove il loro cibo, chiedono
di noi, di voi murati nella crosta
di questo corpo luminoso. E seguita,
seguita a pullulare morte e vita
tenera e ostile, chiara e inconoscibile.

Tanto afferra l’occhio da questa torre di vedetta.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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REPRENDRE HALEINE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017




    
REPRENDRE HALEINE

J’ai toujours voulu
tout accueillir tout aimer
tout faire vivre
d’un seul regard démultiplié
m’accorder à ma ligne de plus haute tension
par-delà la fatigue
par-delà l’épuisement
tout accueillir tout
aimer
aller
aller plus avant
vers les grands creusets de l’effervescence
ne jamais en finir avec l’infini
doter chaque instant
d’une présence authentique
dernier souffle premier souffle

Écouter enfin
écouter autrement
écouter toute la palette
de mon radar intime
m’ouvrir
à tous les confins
vivre sept ou neuf vies
en vigueur folle
en vibrant retour de présence
faire jongler la création
ne pas cesser
d’apprendre à naître
jouer en tous lieux et en tous temps
de mon clavier d’apesanteur
comme d’un absolu trait d’union
dernier souffle premier souffle

Autrement
obstinément

où les corps s’électrisent
dans l’insoupçonnable
don de soi

où l’on fait chanter les contraires
au pays
des langues-univers
des immersions fertiles
des transes ciselées
des justesses transformantes

où l’on se reconnaît toujours
dernier souffle premier souffle

Un seul mot
et le monde cesse d’être hostile
un seul mot
et je rejoins le point d’orgue des éblouis
j’entre en résonance
avec la ferveur du big-bang
je convoque mes frères d’altitude
chasseurs subtils
blasons de pur vertige
danseurs d’accélération
tous ceux qui vont et viennent
s’attardent ou jaillissent
entre la vie et la mort
l’eau et le feu
l’oubli et l’extase
dernier souffle premier souffle

Face aux pièges à néant
aux grandes schizophrénies mortifères
qui dévastent
l’esprit même de la planète
je me voue
inlassablement
à l’aïkido du coeur
libre
d’être toujours plus libre
tel un guerrier des bienveillances radicales
libre de tout donner
pour ces instants où la sève
déborde
s’enfièvre davantage
fermente en turbulences
dernier souffle premier souffle

Venise New York Bénarès
au centre
de la ligne d’horizon
l’esprit et l’espace
respirent
ensemble
la lumière irrigue
le réseau des veines
mille poèmes
en amont du poème
mille voix
en amont de la voix
l’amour l’énergie l’amour
il est temps de plonger
pour étreindre les sirènes
dernier souffle premier souffle

Par-delà ces tremblements d’ailes noires
libre
de tout donner pour ce désir
souriant
libre de ne plus croire à rien
sinon
au baume du doute
à l’ardente lucidité
libre
d’exacerber les
précipices
de consentir à l’imprévisible
souffle du sommeil
souffle du poème
dernier souffle premier souffle
second souffle

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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J’écoute les bruits de la ville (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016


 


 

Jean-Claude Forez_Le_gros_appetit

J’écoute les bruits de la ville
Et prisonnier sans horizon
Je ne vois rien qu’un ciel hostile
Et les murs nus de ma prison

Le jour s’en va voici que brûle
Une lampe dans la prison
Nous sommes Seuls dans ma cellule
Belle clarté Chère raison

(Guillaume Apollinaire)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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PARDON (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



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PARDON

Nous passons ensemble. Le rêve
lèche nos pieds quelle douceur ;
et tout se déplace, sans douceur,
en hâves renoncements.

Nous passons ensemble. Les âmes
mortes, celles qui, comme nous,
ont traversé l’amour,
en de malades pas opales,
revêtent leurs crêpes rigides
et ondulent à notre endroit.

Aimée, allons au bord
fragile d’un tas de terre.
Ointe d’huile et de pureté,
l’aile va. Mais le coup
en tombant je ne sais où,
fait chaque larme
dent hostile qu’il affûte.

Et un soldat, un soldat valeureux,
aux épaulettes-blessures,
s’anime dans le soir héroïque ;
A ses pieds, comme un horrible caparaçon
funèbre, montrant parmi les rires
le cerveau de la Vie.

Nous passons ensemble, l’un contre l’autre,
lumière invaincue, pas malade;
nous frôlons ensemble les lilas
moutarde d’un cimetière.

***

ROMERÍA

Pasamos juntos. El sueño
lame nuestros pies qué dulce;
y todo se desplaza en pálidas
renunciaciones sin dulce.

Pasamos juntos. Las muertas
almas, las que, cual nosotros,
cruzaron por el amor,
con enfermos pasos ópalos,
salen en sus lutos rígidos
y se ondulan en nosotros.
Amada, vamos al borde
frágil de un montón de tierra.
Va en aceite ungida el ala,
y en pureza. Pero un golpe,
al caer yo no sé dónde,
afila de cada lágrima
un diente hostil.

Y un soldado, un gran soldado,
heridas por charreteras,
se anima en la tarde heroica,
y a sus pies muestra entre risas,
como una gualdrapa horrenda,
el cerebro de la Vida.

Pasamos juntos, muy juntos,
invicta Luz, paso enfermo;
pasamos juntos las lilas
mostazas de un cementerio.

(César Vallejo)

 

 

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Splendeur de la vie (Kafka)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



 

Il est parfaitement concevable
que la splendeur de la vie se tienne prête
à côté de chaque être et toujours
dans sa plénitude,
mais qu’elle soit voilée,
enfouie dans les profondeurs,
invisible, lointaine.
Elle est pourtant là,
ni hostile, ni malveillante, ni sourde;
qu’on l’invoque par le mot juste,
par son nom juste,
et elle vient.
C’est là l’essence de la magie,
qui ne crée pas,
mais invoque.

(Kafka)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Étant donné que plus rien n’a d’équilibre (Christophe Bregaint)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



Étant donné que
Plus rien
N’a d’équilibre
Le long des ravins

Tu avances
En fantôme
Enroulé
Dans une vie
Qui n’en finit pas
D’être
Arrimée

À l’hostile

(Christophe Bregaint)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Gao Xingjian

 

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Tes longs cheveux me protègent de la lumière (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2016



Tes longs cheveux me protègent de la lumière
et du bruit. Ils filtrent les lueurs de la place
et les cris des buveurs. Tu captures l’espace
entre le clair du coeur et la peur des clairières
entre le désir de caresser ton profil
et la douce raison de le voir qui caresse
le visage des nuits hostiles
pour me l’offrir sans qu’il me blesse.

(Robert Mallet)

Illustration: Alfons Mucha

 

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