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Poésie

Posts Tagged ‘hôte’

Notturno (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
Notturno

En cette heure-là
tu étais devant ma bouche
comme une comète.
Je saisis tes mains
comme pour une prière.
Là où notre haleine se rejoignit
se trouvaient les incendies,
qui vifs s’enflammèrent
et sans égard me soulevèrent
en une vague.

Dans le désert aucun puits
jamais encore ne me fit
courber de soif
comme le tendon de tes blanches épaules.
Ton habit ajusté
ma main a toléré
plus qu’en hôte.

Tu étais mien.
Dans aucun mot, dans ton silence uniquement
je lisais ton bonheur.
Puis tu repris pourtant
le chemin du matin gris.

Combien de fois encore immobile, le regard fixe
et rêvant, je t’exige et t’attends et t’espère
et me tourmente en pensant de nouveau à toi.
Mais comme les présents trop rares
que l’on perd, aucun jour ne te ramène.
Combien de fois aussi je t’appelle
dans les plaintes et les prières.

Ton ombre est également une lumière
qui s’étend infiniment
Un son venu des profondeurs de la mer
Sur la corde de silence un chant.

Elle est la douleur à vif, étrangère
Et angoisse dans les rêves
Elle pousse un cri en se déchaînant
Dans un lâcher d’écume bouillonnant.

Dans la plus belle des nuits étoilées
La fraîcheur tout autour s’épanouit
Et sur le monde transfiguré
Une incandescence élevée jaillit.

***

Notturno

In jener Stunde
warst du vor meinem Munde
wie ein Komet.
Ich fasste deine Hände
wie zum Gebet.
Wo unser Hauch sich traf
standen die Brände,
die hell entfacht
mich ohne Bedacht
hoben zur Welle.

Wie deiner weissen Schultern Band
so hiess noch keine Quelle
in einem Wüstenland
mich dürstend neigen.
Dein schmiegendes Gewand
duldete meine Hand
mehr, denn als Gast.

Du warst mein Eigen.
In keinem Wort, nur deinem Schweigen
las ich dein Glück.
Dann gingst du doch zurück
den morgengrauen Weg.

Wieviele Male steh ich noch und starre
und träum, verlange dein und barre
und schmerze mich in neuem Dein-Gedenken.
Doch gleich den seltenen Geschenken,
Die man verliert, bringt dich kein Tag.
Wieviele Male ich auch klag
und betend nach dir rufe.

Dein Schatten ist ein Licht zugleich
Von ungemessner Weite
Ein Klang aus einem tiefen Meer
Ein Sang auf stiller Saite.

Und ist der wunde fremde Schmerz
Und Bangigkeit in Träumen
Und jauchzt entfesselt einen Ruf
In freiem Überschäumen.

Und in der schönsten Sternennacht
Ist Kühle rings im Blühen
Und über der verklärten Welt
Entspringt ein hohes Glühen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Le coeur soudain privé (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



 

Christian Schloe  15

Le coeur soudain privé,
l’hôte du désert devient
presque lisiblement
le coeur fortuné,
le coeur agrandi,
le diadème.

(René Char)

Illustration: Christian Schloe

 

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Les uns et les autres (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2019


 

Loin du souci des histoires de femmes
l’égalité d’un soir a parfois réuni
les derniers jardinets sur la route incurvée
le profil d’un homme à mains ouvertes
et l’animal sincère
en toutes ses journées
mais d’autres restés en proie
aux plus vieilles douleurs
serrent leurs poings autour des candélabres
éclairent le visage d’un hôte imaginaire
et cherchent en pleine nuit
le visage d’amour.

(Jean Follain)

Illustration

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L’Impasse (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Elena Kalis  -1

Surprends l’inconnu d’en face,
surprends l’hôte de l’impasse.

[…]

Serais-tu dans cette impasse
un fuyant reflet de glace ?

(Georges Libbrecht)

Illustration: Elena Kalis

 

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Écrit sur la cellule d’un bonze (Wang Tch’ang-Ling)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019




    
Écrit sur la cellule d’un bonze

Les fleurs de palmier couvrent la cour,
La mousse envahit la cellule solitaire.

L’hôte et le visiteur
ayant échangé des paroles sublimes
se taisent.

Dans l’air,
on sent flotter un parfum inconnu.

(Wang Tch’ang-Ling)

 

 

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J’étreins la fée (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018




    
J’étreins la fée

J’étreins la fée, elle est mon outre-monde.
Sans elle ici, je ne serais qu’une ombre.

Je la chéris car elle est ma croyance
comme une sainte et qu’on ne peut prier.

Elle a surgi de mes contes d’enfance
pour venir vivre avec moi dans ma vie.

Elle est si belle et ses yeux m’illuminent
comme un sapin de Noël en été.

Je la contemple et ne demande rien.
Elle est le don, sa présence suffit.

Qu’elle me touche et fasse de mon corps
un crapaud noir, je la remercierais.

Je ne dis rien. Son silence est en moi,
en moi qui suis l’hôte de son étoile.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Le regret de ses réseaux (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018




    
Le regret de ses réseaux

L’air et l’eau dans ton nuage
Si nuage est ce regard
Cette pensée qui disperse
Le regret de ses réseaux

L’air nocturne sur ta bouche
L’animal pur de ton souffle
Et l’hôte impur de ta couche
Où mourir dans ta dépouille

Quand la hanche et las ton ventre
Soudainement s’alourdissent
L’air est noir sur ta bouche lisse
L’eau de la nuit vient dans tes jambes

Langue soumise et volontaire
Dans la fraîcheur et le feu
Muscle frais dans la caverne
Où ne règne aucune parole

Je n’ai pas de raison plus juste
De clairière plus résolue
A m’instruire en impatience
À l’exemple de la mort

Pressé de vivre en ce lieu
Dans la maison de l’abîme
De chair et de peau sublime
À la trace enfin de Dieu

(Jacques Chessex)

 

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ENFIN (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




ENFIN l’occasion attendue, du temps libre
De toutes ces tâches, imposées volontairement ou non,
Cependant maintenant, prise au piège, je m’affole, j’essaie
De trouver un prétexte, n’importe quoi pour me dérober
À une confrontation avec la page blanche.
Il n’y a pas d’hôte invisible dans ma chambre:
Les temps et les lieux sont à eux, non à nous,
Rendant leur présence présente, infinie.
Ce vide est le terme
De bien des dérobades: nous nous détournons
Rien qu’un instant en l’incommensurable absence.

***

AT LAST the awaited opportunity, time free
Of all those tasks, imposed or self-imposed,
Yet now, trapped, I panic, try
To think of some pretext, anything to evade
A confrontation with the unwritten page.
There is no invisible visitant in my room:
The times and places are theirs, not ours,
Who make their presence present, infinite.
This blankness is the term
Of many evasions: we turn aside
Only for a moment into immeasurable absence.

(Kathleen Raine)

Illustration: Catherine Mayet

 

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Douce âme errante (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Rigide, pâle, nue
Amie et hôte du corps,
Où maintenant ta demeure,
Douce âme errante?

***

Rigid, naked, pale —
Body’s friend and guest,
Where now your abiding place,
Gentle wandering soul?

(Kathleen Raine)

Illustration: Odilon Redon

 

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Sur maigre touffe d’herbe (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration
    
Sur maigre touffe d’herbe

Un jour j’étais couché sur maigre touffe d’herbe
Naturellement j’imaginais ma mort dans cette posture
Un autre jour j’étais à l’écoute du ciel
Et je riais de ses hôtes et de leurs trompettes pour rien

Sur maigre touffe d’herbe

Parle un fantôme

Tu m’avais dit que je verrais les anges

Au fond du ciel !

Je n’aperçois que d’autres touffes de buée

Puis plus rien

Que peut faire un mortel de sa voix mortelle

Si le gouffre est plein d’ailes que je ne vois pas

O sainte guerre!

Dormir sur l’herbe comme un mort

Voyager dans chaque heure avec l’idée de mon

fantôme
Braver le concert des témoins d’en haut
Manger de l’os sous la pulpe
De la cendre humide sous l’herbe humide de la seule
Rosée!

(Jacques Chessex)

 

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