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Posts Tagged ‘huche’

La reine de tulipe (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017



La reine de tulipe

à Florence
Sous le toit c’est le grenier
sous le grenier la maison.
Au-dessus le ciel ses oiseaux
et autour
le bourg
ses porches
ses cloches
ses colombiers la rivière ses roseaux
les fourches les huches
les sources les roches les ruches…
Et autour
du bourg
dort le Valois
qui est une île en France.
Et autour de la France
c’est la tête ronde
de la terre ses plateaux ses déserts
ses vallons ses volcans
ses savanes ses mers
ses roses des vents
ses archipels ses océans…
Mais sous le toit c’est le grenier
où la terre
demeure enfermée
dans le coeur les yeux les mains
les dix doigts merveilleux d’un gamin
où la terre gît enfermée
à côté des chapeaux des nacres des ors des nippes
des jais des Arlequins des illustrés des pipes

comme l’été dort entier
dans un oignon de tulipe
dans un oignon séché
de la Reine de Tulipe.

(Armand Lanoux)

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La huche à pain (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



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La huche à pain

Je ne suis pas d’ici, je partirai demain
Je laisserai les bois éblouis par l’aurore
La Loire qui mangeait dans le creux de ma main
Le sang blessé des fruits sur les bols de faïence.

Je ne suis pas d’ici. Je laisserai la terre
Charbonner comme un coeur usé par son trésor ;
Je n’écouterai plus le cri des taureaux vers
Le vent d’aube, éveillé par le voix des fermières.

Je ne suis pas d’ici, je suis déjà parti
Je sommeille à pleins yeux le pays des prairies
Les perdreaux dépliées dans la chaleur de juin
Les chevaux de l’été, le foin sucré des pluies
Le goût du feu de bois qui me gante les mains

(Luc Bérimont)

 

 

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L’ARMOIRE NORMANDE (Robert Campion)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



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L’ARMOIRE NORMANDE

Près de la huche, sous le chaume
Où fleurit Jeanne ainsi qu’un lis,
Comme la reine du royaume
Se tient l’armoire du pays.
C’est le bijou de la famille,
Un ancêtre le cisela ;
C’est aussi la dot d’une fille,
Ce vieux grand meuble que voilà.

Elle est solidement montée :
Sa ferrure est en fer forgé,
Et de sa corbeille sculptée
Pas une rose n’a bougé.
En ses rosaces se marie
L’églantine aux fleurs du pommier,
Et la tourterelle apparie
Son rêve au rêve d’un ramier.

Chacune de ses quatre planches
Supporte de beaux draps de lin,
Des nappes, des chemises blanches,
Des robes, des rubans sans fin.
Et tout en haut, touchant le faîte,
Encore animé d’un frisson,
Gît le bonnet des jours de fête,
En dentelle et point d’Alençon.

Elle est en chêne fin, si grande
Qu’on y pourrait dormir à deux

Et qu’il n’est pas une Normande
Qui n’y cache son amoureux.
En ses tiroirs sont les reliques
Du vieux et du bon temps passé,
Des médaillons, des bucoliques
Et les cheveux d’un trépassé.

Quand il faudra marier Jeanne,
Je veux qu’en plus de son trousseau
Elle ait mes chandeliers, mon âne,
Mon armoire à double panneau.
Sa richesse serait complète,
Si dans le coin du souvenir
Elle y trouvait une layette
Pour mon petit-fils à venir.

(Robert Campion)

Illustration

 

 

 

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La sève effleure aussi le lieu (Pierre-Alain Tâche)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



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La sève effleure aussi le lieu
ses cours aux paupières closes
s’épuise au sol battu des étables béantes
où la paille est tressée encore

Les gonds durcissent
le bois grisonne aux tempes des maisons
Le chancre ourle les seuils
hante la huche farineuse
bouillonne au bord du four
Le bec d’ambre des volailles
fauche les roses pâles des lambris

(Pierre-Alain Tâche)

Illustration: Edgar Hunt

 

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CHAUMIÈRE (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2015



CHAUMIÈRE

Pousse la porte. Personne. Voici les vers luisants
du petit feu dans l’âtre, le banc-coffre verni, la huche,
les lits-clos et, dans le silence enfumé qui sent le pain
bis et le lait, le solennel et doux tic-tac de la grande horloge noire
où la Mort se tient cachée.

(Paul-Alexis Robic)

 

 

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La maison du poète (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2015



 

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La maison du poète

Au bord d’un verger vert envahi d’herbe en fête
Se dressait le palais superbe du poète.

La maison était vieille au moins trois cent ans,
On entendait craquer ses poutres au printemps.

Les arbres se pressaient contre elle à s’étouffer,
Poiriers portant le nid mélodieux d’Orphée.

Mais les tuiles volaient au vent à tire-d’aile
– Fort bien, dit le poète: on verra mieux le ciel!

Quand il pleuvait, la pluie entrait comme chez elle
– Bon, c’est la porte aussi qu’emprunte l’hirondelle!

Les murs épais, dorés, ruisselaient de feuillages:
Vigne, lierre, rosiers pleins de lézards sans âge.

Au grenier résidait l’effraie, oiseau de nuit.
– C’est moi qui vis chez toi, Sagesse à l’oeil qui luit!

Deux chiens fous, un vieux puits, peu de pain dans la huche
– Mais du soleil au coeur plus que le miel en la ruche!

Depuis longtemps l’horloge s’était arrêtée
– Que l’heure loge ailleurs: pas le temps de compter!

Les cigales vibraient sans fin, de chaleur ivres,
Une plume fumait, dedans, les mots d’un livre.

Et le chant du poète en silence embaumait
La nature alentour ainsi qu’une fumée.

(Marc Alyn)

Illustration: Dao Hai Phong

 

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Cher coeur, reine du céleri et de la huche (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2015



Cher coeur, reine du céleri et de la huche,
petite panthère du fil et de l’oignon,
que j’aime voir briller ton minuscule empire,
les armes de la cire et de l’huile et du vin,
de l’ail, et de ce sol que tes mains ont ouvert,
de la substance bleue qu’elles ont allumée,
de la transmigration du songe à la salade,
du serpent enroulé du tuyau d’arrosage.
De ta faucille tu soulèves les senteurs,
je te vois présider au savon dans la mousse,
tu gravis mes échelles et mes escaliers fous,
et tu découvres dans le sable du cahier,
fouillant les symptômes de ma calligraphie
les lettres égarées qui ont cherché ta bouche.

***

Corazón mío, reina del apio y de la artesa :
pequeña leoparda del hilo y la cebolla :
me gusta ver brillar tu imperio diminuto,
las armas de la cera, del vino, del aceite,
del ajo, de la tierra por tus manos abierta,
de la substancia azul encendida en tus manos,
de la transmigración del sueño a la ensalada,
del reptil enrollado en la manguera.
Tú, con tu podadora levantando el perfume,
tú, con la dirección del jabón en la espuma,
tú, subiendo mis locas escalas y escaleras,
tú, manejando el síntoma de mi caligrafía
y encontrando en la arena del cuaderno
las letras extraviadas que buscaban tu boca.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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