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Poésie

Posts Tagged ‘humain’

Pas une mince affaire (Kobayashi Issa)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017


 


 

Pas une mince affaire
que d’être né humain
crépuscule d’automne

(Kobayashi Issa)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Tu es donc Je suis (Satish Kumar)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2017


 



    
Être, c’est appartenir
à un immense réseau de relations.
Et ce réseau ne se limite pas à l’espèce humaine:
il englobe toutes les formes de vie.

Tu es
donc
Je suis

(Satish Kumar)

 

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Poème du Fou (Alain Jean-André)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017




    
Poème du Fou (fagus: ancien du hêtre)

1
toi
qu’on appelait fou
hêtre

dont le nom
sonne
comme
l’être
nous sommes frères
car je suis
aussi
fou
que
toi

2
hêtre de l’hiver
dans le vent aigre
et bougonneur

penché
du côté
ascendant

être mien
dans les bois
qui penche du côté
du fou
du côté
ascendant

3
avec pour compagnon
le hêtre
— hors
la raison —
dans un pays
plus grand

plus grand
ô oui
où je ne rencontre
personne
que ces élans
de sève

4
fou qui s’incline
devant quel maître ?
fou dans la clarté
du matin
fou sous la pluie

jusqu’aux limites
où l’on ne voit
plus
les fumées
des maisons
humaines

5
gesticulant
sur ce chemin
sacrant
chantant

ah mes compagnons
les hêtres
me regardant
aller vers eux

6
j’écoute leur
murmure de
fou

leur babil de
feuilles
sur la route
des vents

leur chant
océanique

7
fous et fougères
autour
de moi

quelle terre haute
quel ciel ardent
émergent

(Alain Jean-André)

 

Recueil: Chemins profonds
Editions: Jacques Brémond

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Exil (Saint-John Perse)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017



Illustration
    

Exil

III

« … Toujours il y eut cette clameur,
toujours il y eut cette splendeur,
« Et comme un haut fait d’armes en marche par le monde,
comme un dénombrement de peuples en exode,
comme une fondation d’empires par tumulte prétorien, ha !
comme un gonflement de lèvres sur la naissance des grands Livres,
« Cette grande chose sourde par le monde
et qui s’accroît soudain comme une ébriété.

« … Toujours il y eut cette clameur,
toujours il y eut cette grandeur,
« Cette chose errante par le monde,
cette haute transe par le monde,
et sur toutes grèves de ce monde,
du même souffle proférée, la même vague proférant
« Une seule et longue phrase sans césure à jamais inintelligible…

« … Toujours il y eut cette clameur,
toujours il y eut cette fureur
« Et ce très haut ressac au comble de l’accès,
toujours, au faîte du désir,

la même mouette sur son aile, la même mouette sur son aire,
à tire-d’aile ralliant les stances de l’exil,
et sur toutes grèves de ce monde, du même souffle proférée,
la même plainte sans mesure
« A la poursuite, sur les sables, de mon âme numide… »

Je vous connais, ô monstre ! Nous voici de nouveau face à face.
Nous reprenons ce long débat où nous l’avions laissé.
Et vous pouvez pousser vos arguments comme des mufles bas sur l’eau :
je ne vous laisserai point de pause ni répit.
Sur trop de grèves visitées furent mes pas lavés avant le jour,
sur trop de couches désertées fut mon âme livrée au cancer du silence.

Que voulez-vous encore de moi, ô souffle originel ?
Et vous, que pensez-vous encore tirer de ma lèvre vivante,
Ô force errante sur mon seuil,
ô Mendiante dans nos voies et sur les traces du Prodigue ?

Le vent nous conte sa vieillesse, le vent nous conte sa jeunesse…
Honore, ô Prince, ton exil !
Et soudain tout m’est force et présence, où fume encore le thème du néant.

« … Plus haute, chaque nuit, cette clameur muette sur mon seuil,
plus haute, chaque nuit, cette levée de siècles sous l’écaille,
« Et, sur toutes grèves de ce monde, un ïambe plus farouche à nourrir de mon être !…

« Tant de hauteur n’épuisera la rive accore de ton seuil,
ô Saisisseur de glaives à l’aurore,
« Ô Manieur d’aigles par leurs angles,
et Nourrisseur des filles les plus aigres sous la plume de fer !

« Toute chose à naître s’horripile à l’orient du monde,
toute chair naissante exulte aux premiers feux du jour !
« Et voici qu’il s’élève une rumeur plus vaste par le monde, comme une insurrection de l’âme…

« Tu ne te tairas point clameur !
que je n’aie dépouillé sur les sables toute allégeance humaine.
( Qui sait encore le lieu de ma naissance ? ) »

(Saint-John Perse)

 

Recueil: Apologie du poète
Editions: Fata Morgana

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La révolution (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



Illustration
    
La révolution comme l’acte religieux a besoin d’amour.
La poésie est un véhicule intérieur de l’amour.

Nous devons donc, poètes, produire cette « sueur de sang »
qu’est l’élévation à des substances si profondes, ou si élevées,
qui dérivent de la pauvre, de la belle puissance érotique humaine.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Apologie du poète
Editions: Fata Morgana

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J’écris dans les interstices du Temps (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2017



J’écris dans les interstices du Temps.
Dans l’entre-deux
où l’objet et la parole se rencontrent ou seulement se croisent
– dans l’illusion de se confondre –
ou se devinent parallèles sans lien ni contact ?

J’écris dans un temps dérobé :
dérobé au Social, à la vie quotidienne – j’écris « à la dérobée » !
Le soir, après une journée de « travail », entre les « obligations » de la vie associative ou « professionnelle »,
sans disposer vraiment d’une « marge » pour ce « travail » et cette « obligation » :
écrire une parole poétique.
Devenir un individu. Devenir humain.

Écrire une « parole » – mieux :
casser l’écriture par l’irruption de la voix !
Comme un témoignage casse une « version » convenue d’un fait qui se donnait comme établi.
Écrire CONTRE – contre l’autorité de “l’écriture”
(au sens où elle se donne comme discours de pouvoir – sans discontinuer…)
et écrire pour la vérité, vers la vérité – vers la possibilité d’un « objet » à la parole…

Écrire une parole – pour laisser une trace
– une trace de qui s’évade sans fin –
ou sans recours. Dilapidée aussitôt :
la parole.

J’écris même quand la vie passe devant moi et que tout me manque (papier et stylo) pour écrire…
J’écris même quand je rêve soudain une parole intense et signifiante et que le réveil m’en prive.
J’écris même quand je traverse les épreuves de ma vie, de mes choix et que tout me manque (force et volonté)…
J’écris même lorsque l’Indicible impose à ma vue un horizon sans limites…

J’ÉCRIS DANS LES INTERSTICES DU TEMPS INVENTE PAR LA SOCIÉTÉ HUMAINE.
DANS L’ENTRE-DEUX OU L’OBJET EST ABSENT, ÉLOIGNE, INACCESSIBLE ET LA PAROLE ILLUSOIRE, INCERTAINE, INADÉQUATE
– ET OU POURTANT ILS SE RENCONTRENT, ICI ET MAINTENANT ou un jour prochain dans le cœur de l’autre –
qui est leur but et leur lieu, leur seuil imaginaire, transitoire mais voué à la seule chance d’une TRANSMISSION.

J’écris dans l’utopie de l’Être.

(Alain Suied)

Illustration: Misha Gordin

 

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Le ciel est gris mon âme est grise (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Le ciel est gris; mon âme est grise;
Elle se sent toute déprise,
Elle se sent un parloir nu;
Car le soir, ce soir, m’est venu
Comme un commencement de crise.

La pendule ourle de minutes
Le silence de la maison;
O soir, quel est donc le poison
Que parmi tes crêpes tu blutes,
Pour que j’aie encor ces rechutes ?

Couchant de cendre refroidie;
Crépuscule d’âme indistinct;
Mal du soir qui si mal m’atteint
Que c’est comme une maladie,
Et rien d’humain n’y remédie.

(Georges Rodenbach)

Illustration: Andrew Wyeth __ Christina’s World

 

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Je suis ce nu minéral (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



Je suis ce nu
minéral :
écho du souterrain :
je suis joyeux
de venir de si loin,
du fond de tant de terre :
je suis dernier, à peine
viscères, corps et mains,
qui sans savoir pourquoi ont déserté
la roche maternelle,
sans espoir de trouver ici la permanence,
décidé à l’humain, au transitoire,
destiné à vivre et à s’effeuiller.

Ah! ce destin
de la perpétuité enténébrée,
de l’être en soi — granite sans statue,
matière pure, irréductible, froide :
j’ai été pierre : pierre obscure
et violente fut la séparation,
une blessure dans ma naissance étrangère :
je veux revenir
à cette certitude,
à ce repos central, à la matrice
de la pierre mère
d’où je ne sais comment et d’où je ne sais quand
on m’a détaché pour que je me désagrège.

(Pablo Neruda)


Illustration: Lehmbruck

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Pourquoi trembles-tu (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017



Illustration: Fritz Zuber-Buhler
    
Pourquoi trembles-tu devant la beauté d’un visage?
Pourquoi pâlis-tu au son d’une voix?

Pourquoi es-tu pris de vertige
en contemplant des yeux de femme?

Pourquoi te sens-tu mourir
en baisant des lèvres mortelles?

Les splendeurs de la beauté humaine
révèlent-elles d’effrayants mystères ?

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Regarde moi bien ma petite fill (Abdelmajid Benjelloun)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2017



 

Regarde moi bien ma petite fille,
ma petite Houda
regarde tous les êtres humains
tous envoyés de la lumière
mais se bousculant tous autant qu’ils sont
dans une impasse organisée savamment en la vie.
Ils se prédisent tous une mort qui n’est pas la mort.
Mais savent-ils que l’éternité a commencé à sentir l’homme
avant le premier homme sur terre?

(Abdelmajid Benjelloun)

 

 

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