Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘humble’

Je demande (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019




    

Je demande

Je me demande chaque heure mille fois
D’où me vint cette conscience d’un poids,
Ce souffrir sourd, toujours plus profond.
J’ai perdu depuis longtemps toute joie
De m’éprouver dans l’épuisement,
Je suis tourmentée dans mon cheminement
Et amère de ne savoir me garder.

Je me secoue en m’exhibant vers les cieux,
M’essaie à la jouissance et à la frénésie.
J’ai rompu avec Dieu et son monde
Et même à genoux n’ai jamais senti
Qu’existe cette paix humble
Que les autres atteignent si facilement.

Cependant, je dois être de Dieu, en toute contradiction.
Pour le croire comme il me faut croire,
Il faut bien qu’il me donne de son rayonnement.
Comme tu es las, monde qui m’as enfantée,
Pour n’être prêt qu’à m’imposer des chaînes et,
Alors que je peux m’enflammer, m’enchanter,
Ensevelir en moi plus fixement tes ombres.

***

Ich frage

Ich frage mich aile Stunden tausendmal,
Woher mir dieses Lastbewußtsein kam,
Dies dumpfe immer tiefer Schmerzen.
Ich habe aile Freude längst verloren,
Mich zu empfinden in den Mattigkeiten,
Ich bin gequält in meinem Weiterschreiten
Und bitter, daß ich mich nicht wehren kann.

Ich schüttel mich in himmelwärt’ger Schau,
Versuch mich in Genuß und Raserei.
Ich bin mit Gott und seiner Welt zerfallen
Und habe selbst im Knieen nie gefühlt,
Daß es den Demutfrieden gibt,
Den aile andern sich so leicht erdienen.

Ich doch Gottes sein, in allem Widerspruch.
Ihn so zu glauben, wie ich glauben
Mie er notwendig mich aus seinem Strahle geben.
Wie bist du müde, Welt, die mich geboren,
Einzig bereit, mir Ketten aufzudrücken
Und, wo ich lodern kann und mich entzücken,
Mir deine Schatten fester einzugraben.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vent du soir, que fais-tu de l’humble marguerite? (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



Vent du soir, que fais-tu de l’humble marguerite?
Mer, que fais-tu des flots? Ciel, du nuage ardent?
O mon rêve est bien grand et je suis bien petite,
Destin, qu’en feras-tu de mon rêve géant?

Lumière, que fais-tu de l’ombre taciturne,
Et toi qui de si loin l’appelle près de toi,
O flamme, que fais-tu du papillon nocturne?
Songe mystérieux, que feras-tu de moi?

(Louise Michel)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

La vie dure (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



Illustration: Stéphane Pencréac’h
    
La vie dure

Est-ce faiblesse de la tête
ou suis-je un pâle volontaire
plus de vigueur pour cette quête
rien que sommeil goût de se taire

lente érosion d’un terrain mou
et jour à jour l’humble négoce
le pain l’argent le toit les gosses
le chant happé dans quel remous

mais talon frappe et je remonte
à la surface où l’air est vie
de l’air encore je veux mon compte
qu’à d’autres fêtes on me convie

crache l’eau crache l’eau
rouge soufflet qui te déplie
poumon terrible – poésie –
relance en moi le sang des mots!

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le pur amour (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



Pourtant, l’amour, le pur amour est beau
Et digne d’acceptation. Le feu est vif,
Que brûle le temple ou le lin. Un même éclat
Bondit dans la flamme du cèdre ou du foin.
Et l’amour est feu; et lorsque je dis
Je t’aime… note! Je t’aime! … en ton regard
Je me tiens transfigurée, glorifiée,
Consciente des rayons qui irradient
De mon visage vers le tien. Rien n’est bas
Dans l’amour le plus bas: Dieu accepte
L’amour des plus humbles créatures.
Et ce que je sens, parmi les moindres traits
De ce que je suis , brille en soi, et montre
Comme l’œuvre d’Amour parfait la Nature.

(Elizabeth Browning)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Idylle morte (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



Illustration
    
Idylle morte

Que fait donc à cette heure Rita ma douce andine
de jonc et de cape;
maintenant que m’asphyxie Byzance, et que sommeille
en moi le sang, comme un pâle cognac.

Où peuvent être ses mains qui d’un humble geste
repassaient dans le soir des blancheurs futures ;
maintenant, sous cette pluie qui m’enlève
l’envie de vivre.

Que sont devenus sa jupe de flanelle; ses
rêves; sa démarche;
sa saveur de canne à sucre d’un Mai villageois.

Elle doit être au soir sur le seuil regardant quelque nuage,
puis elle dira en tremblant : « Quel froid il fait… mon Dieu!»
et pleurera sur les tuiles un oiseau sauvage.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Expression (Rachel Bluwstein)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Expression

Je connais tant d’adages, de formules précieuses,
De tournures pompeuses,
Martelant leur passage dans la phrase,
Pleins d’emphase.

Mais mon coeur me porte vers l’expression naïve
Comme l’enfant nouveau né,
Humble comme poussière.
J’ai connu des mots par milliers —
J’ai choisi de me taire.

Sauras-tu discerner même au sein du silence
Ma parole éloquente ?
La capter, la garder, en compagnon, en frère,
La blottir en ton sein comme ferait une mère ?

(Rachel Bluwstein)

Illustration: Francine Van Hove

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Bonsoir m’Amour ! (Karl Ditan)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2019



diplome-mamour

Bonsoir m’Amour !

Un joli teint frais de rose en bouton,
Des cheveux du plus beau blond,
Ouvrière humble et jolie,
Ell’ suivait tout droit sa vie,
Lorsqu’un jeune homm’ vint, comm’ dans un roman,
Qui l’avait vue en passant,
Et qui, s’efforçant de la rencontrer,
S’était mis à l’adorer.
Et, timide, un soir que la nuit tombait,
Avec un sourire il lui murmurait :

Refrain
« Bonsoir m’amour, bonsoir ma fleur,
Bonsoir toute mon âme !
O toi qui tient tout mon bonheur
Dans ton regard de femme !
De ta beauté, de ton amour,
Si ma route est fleurie,
Je veux te jurer, ma jolie,
De t’aimer toujours ! »

Ça fit un mariage et ce fut charmant ;
Du blond, du rose et du blanc !
Le mariag’ c’est bon tout d’même
Quand c’est pour la vie qu’on s’aime !
Ils n’eur’nt pas besoin quand ils fur’nt unis
D’faire un voyag’ dans l’ midi :
Le midi, l’ciel bleu, l’soleil et les fleurs,
Ils en avaient plein leur cœur.
L’ homme, en travaillant, assurait l’av’nir
Et chantait le soir avant de s’endormir :

Refrain

Au jardin d’amour les heureux époux
Vir’nt éclore sous les choux,
Sous les roses ou sous autr’chose
De jolis p’tits bambins roses?
Le temps a passé, les enfants sont grands,
Les vieux ont les ch’veux tout blancs
Et quand l’un murmure : « y a quarante ans d’ça ! »
L’autre ému répond : « Déjà ! »
Et le vieux redoute le fatal instant
Où sa voix devrait dire en sanglotant :

Refrain

« Adieu, m’amour! adieu, ma fleur !
Adieu toute mon âme !
O toi qui fit tout mon bonheur
Par ta bonté de femme !
Du souvenir de ses amours
L’âme est toute fleurie,
Quand on a su toute la vie
S’adorer toujours ! »

(Karl Ditan)

 Illustration: http://www.mon-diplome.fr/

 

Définition du mot M’amour : 
– Terme familier de mignardise et de tendresse 
  dont on se sert encore quelquefois en parlant à une femme, à une petite fille.

– Familièrement. Faire des m’amours, faire des caresses, des flatteries.

Deux enregistrements.. d’époque!

 

 

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

NE REFUSE JAMAIS (Francis André)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2019



 

NE REFUSE JAMAIS

Ne refuse jamais
Les pas, les humbles pas
Que, parfois, font vers toi
Les bêtes qui t’entourent :
Ton cheval, ton chien ou ton chat,
Ou cet oiseau perdu, transi,
Qui vient frapper à ta fenêtre.

Ne refuse jamais
L’humble parfum que tend vers toi
Un brin de fleur sur ton chemin.
Ne refuse jamais
De donner ta main à cet homme
Que tu croises sur ton chemin,

Sur le chemin des terres éternelles.
Songe à cet homme qui vient de loin,
De par-delà mers et montagnes
Quel est cet homme ? on ne sait pas,
Mais il est ton frère ici-bas.

Donne-lui ta main en passant,
Donne-lui ta main et tes yeux,
Et puis va-t’en, et lui s’en va,
Et vous vous perdez l’un et l’autre…
Mais il y a eu quelque chose:

— Un moment humain qui demeure.

(Francis André)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

DON DE L’HUMBLE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019



Illustration: Catherine Fortin

    
DON DE L’HUMBLE

Le désert se lamente : tu m’apportes tant d’eau, pauvre créature que je suis,
Que puis-je t’offrir en échange ? Je ne possède rien !

Le nuage répond : Ô désert, je ne te demande rien,
Tu m’accordes le plaisir de te laisser un don.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LA FIN (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019




    
LA FIN

Au bout de l’effort immense,
Me voici vainement
Arbre tempétueux

Inhabile mortel appliqué,
Plus ignorant que le plus humble des miens,

Plus ancien…

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :