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IL PLEUT (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



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IL PLEUT

Oui, il pleut comme jamais je n’ai vu…
Et cette lourde clarine assoupie,
Comme elle sonne en la grange pourrie !
Comme elle sonne en mon coeur qui s’est tu !

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Et pour le cerveau quel agacement !
Jour primitif plein de boue et rigoles !
Une pauvre voisine, à demi folle,
Hurle contre la pluie en ricanant…

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Oui, il pleut… Et cela sonne humblement
Comme tout ce qui est amour et haine…
Non loin un enfant, près d’une fontaine,
Joue à l’harmonica, très tristement.

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Que de vains contes disent les clarines !
Quel monde vide de tout rêve ! Rien !
… Comment lors ne pas pleurer tel un chien,
Oui, comment ne pas mourir fou, pardine !

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

(George Bacovia)

 Illustration

 

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Le dieu joyeux ne vient jamais me voir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Le garçon qui joue de la musette,
La fillette qui tresse sa couronne,
Deux sentiers qui se croisent dans le bois,
Loin, dans un champ lointain, une lumière,

Je vois tout. Je me rappelle tout.
Humblement, amoureusement, je le garde.
Il n’y a qu’une chose qui toujours m’échappe,
Dont même plus jamais je ne me souviendrai.

Je ne demande ni force ni sagesse.
Laissez-moi seulement me chauffer près du feu.
J’ai froid… Qu’il ait ou non des ailes
Le dieu joyeux ne vient jamais me voir.

(Anna Akhmatova)


Illustration: William Bouguereau

 

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J’ai de toi une image (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



 

Koh Sang Woo 1978 - Korean photographer -  (11) [1280x768]

J’ai de toi une image
Qui ne vit qu’en mon coeur.
Là, tes traits sont si purs
Que tu n’as aucun âge.

Là, tu peux me parler
Sans remuer les lèvres,
Tu peux me regarder
Sans ouvrir les paupières.

Et lorsque le malheur
M’attend sur le chemin,
Je le sais par ton coeur
Qui bat contre le mien.

Vers le soir, tu me parles parfois de la mort
Comme si tu étais déjà un peu absente,
Comme si ton coeur se détachait sans effort
De la vie dont tu fus la docile servante.

Tu me parles paisiblement de la maison
Qu’il ne faudra pas vendre et des vieux groseilliers
De ton jardin qu’on ne devra pas arracher,
Et des miettes de pain à donner aux pinsons
Qui viennent dès l’hiver picorer dans la cour,
Et de tous ces simples travaux de tous les jours
Que tes mains dénouées auront abandonnés.

Et ta voix coule alors, pareille à un ruisseau
Qui s’en va humblement, comme le veut sa pente,
Mais qui, sans le savoir, fait refleurir la menthe
Et met au creux des prés des morceaux de ciel bleu.

(Maurice Carême)

Illustration: Koh Sang Woo

 

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On me dicte des choses (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Illustration: Odilon Redon
    
On me dicte des choses,
non d’un autre monde, ou partant, d’autres êtres,
mais, plus humblement, du dedans.

Qui donc est au-dedans,
en plus de moi?
Ou peut-être n’y suis-je pas,
peut-être ai-je laissé la place
pour qu’un autre me dicte?

S’il en est ainsi, peu importe que la dictée
personne ne la comprenne.
Peu importe même
que moi je la comprenne.

Être n’est pas comprendre.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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DANS UN VIEIL ALBUM (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018




DANS UN VIEIL ALBUM

Tu reviens toujours, mélancolie,
O douceur à l’âme solitaire.
Pour sa fin s’embrase un jour doré.

Humblement devant la douleur
S’incline celui qui s’est fait patience.
Résonnant d’harmonie et de tendre folie.
Vois ! Il va faire noir déjà.

La nuit revient, quelque chose de mortel se plaint
Et quelque autre souffre avec elle.

Tremblant sous les étoiles d’automne
Chaque année la tête penche davantage.

***

IN EIN ALTES STAMMBUCH

Immer wieder kehrst du Melancholie,
O Sanftmut der einsamen Seele.
Zu Ende glüht ein goldener Tag.

Demutsvoll beugt sich dem Schmerz der Geduldige
Tönend von Wohllaut und weichem Wahnsinn.
Siehe ! es dämmert schon.

Wieder kehrt die Nacht und klagt ein Sterbliches
Und es leidet ein anderes mit.

Schaudernd unter herbstlichen Sternen
Neigt sich jährlich tiefer das Haupt.

(Georg Trakl)

Illustration: Claude Verlinde

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LA JUMENT FAMILIÈRE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Véronique Favereau
    
LA JUMENT FAMILIÈRE
A Maurice Genevoix.

Une grande jument morte
Qui galope dans mes nuits.
Ce n’est pas un cauchemar
Mais un soupir de l’enfance.

Une grande jument blanche,
Grave, douce et débonnaire,
Dans un silence de tonnerre
Passe entre les haies en fleurs.

Mon grand-père tient les rênes,
Chapeau melon sur les yeux.
La fumée des cigarettes
Monte droit dans le soir bleu.

Buissons fleuris d’amertume…
La rivière parle bas;
Le village dort au son des enclumes,
Puis s’allume, feu par feu.

Mais voici, mangée de pluie,
Mangée de neige et de vent
La grande nuit intérieure
Où je me penche souvent,

Où la jument trotte l’amble…
Grande et douce jument morte
Qui fut de notre famille
Et qui finit humblement.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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La feuille d’un palmier (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Andrey Bobir
    
La feuille d’un palmier privé de ses racines,
Murmure à mon oreille une chanson sans suite.
Le ciel tout près de moi me tourmente et me ment,
Il m’a pris mes deux chiens gelés restés derrière,
Et j’entends leur exsangue, immobile aboiement,
Les étoiles se groupent et me tendent des chaînes.
Faudra-t-il humblement leur offrir mes poignets ?
Une voix qui voudrait faire croire à l’été
Décrit un banc de parc à ma fatigue humaine.
Le ciel est toujours là qui creuse son chemin,
Voici l’écho des coups de pic dans ma poitrine.
Ô ciel, ciel abaissé, je te touche des mains
Et m’enfonce voûté dans la céleste mine.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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S’il y a une chose en mathématique (Alexandre Grothendieck)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2017



    
S’il y a une chose en mathématique
qui me fascine plus que toute autre,
ce n’est ni le nombre, ni la grandeur,
mais toujours la forme.

Et parmi les mille et un visages
que choisit la forme pour se révéler à nous,
celui qui m’a fasciné plus que tout autre
et continue à me fasciner,
c’est la structure cachée
dans les choses mathématiques.

La structure d’une chose n’est nullement une chose
que nous puissions « inventer ».
Nous pouvons seulement la mettre à jour patiemment,
humblement en faire connaissance, la « découvrir ».

(Alexandre Grothendieck)

 

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Ne jamais tutoyer le ciel (Dominique Sampiero)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2016



ne jamais tutoyer le ciel
se soumettre avancer humblement

à petits pas jusqu’à ressembler
à l’herbe aux effondrements

aux clôtures aux troncs éventrés
alors peut-être dans cette

ressemblance décrire la nuit
qui cogne à la fenêtre

ton battement dans la poitrine
rompant chaque seconde

comme un anneau

(Dominique Sampiero)

 

 

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Tu seras de soleil (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2015



 

Tu seras de soleil.
Tu seras les milliers de regards
Humides au visage halluciné du cercle.
Mais voir
Il n’y a rien à voir.

Noeud de serpents, belle étoile marine
Tu rejailliras aux sources de ton coeur
Humblement.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

 

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