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Posts Tagged ‘humiliant’

Cette humiliante servitude (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Anne-Marie Zilberman
    
Cette humiliante servitude,
Besoin d’user notre tendresse
Dans un être que nous créons
Avec notre pensée,
Qui vit de notre vie.

Lui, donne le prétexte ;
Tu l’as donné, toi qui existes
Comme l’ombre de quelque chose,
L’ombre parfaite
De ce désir, celui de l’amant, le mien.

Si je te disais
Comment l’amour donne
Sa raison à la vie, sa folie,
Tu ne comprendrais pas.
Aussi je ne dis rien.

La beauté, inconsciente
De son embuscade, ravit sa proie
Et passe. Ainsi, pour chaque instant
De joie, le prix est-il payé :
Enfer d’angoisse et de désir.

***

Esta humillante servidumbre,
Necesidad de gastar la ternura
En un ser que llenamos
Con nuestro pensamiento,
Vivo de nuestra vida.

El da el motivo,
Lo diste tú ; porque tú existes
Afuera como sombra de algo,
Una sombra perfecta
De aquel afán, que es del amante, mío

Si yo te hablase
Cómo el amor depara
Su razón al vivir y su locura,
Tú no comprenderias.
Por eso nada digo.

La hermosura, inconsciente
De su propia celada, cobró la presa
Y sigue. Así, por cada instante
De goce, el precio está pagado :
Este infierno de angustia y de deseo.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Poèmes pour un corps
Traduction: Bruno Roy
Editions: Fata Morgana

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TARTUFE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Paul Berthon-LesChrysanthemes-1899  m

TARTUFE

Je rôde, orage lourd, autour de ta jeunesse.
Mes désirs dans ton ciel font de brèves lueurs.
La ruse de mes yeux d’être toujours ailleurs
Ne leur dérobe pas la face qui les blesse.

La fuite des regards, l’étouffement des pas,
Ce mensonge charnel que nous enseigne l’âge,
J’en commence d’avoir l’humiliant usage
Et rôde autour des corps qui ne le savent pas.

(François Mauriac)

Illustration: Paul Berthon

 

 

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LES REGRETS (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2016



LES REGRETS

Bien sûr c’était agaçant
D’avoir chaque matin à réchauffer l’envie
De varapper un jour de plus
A scruter la paroi
A trier les grappins

Bien sûr c’était déprimant
D’avoir à regarder les autres
Grimper les yeux fermés
Comme arbres palissés

Bien sûr c’était humiliant
D’avoir à partager comme un mal nécessaire
Le peu de cas que l’on faisait de nous

Bien sûr c’était terrifiant
D’avoir à être
Sans besoin de paraître

Tout de même c’était excitant
La reverdie
L’odeur des frites

L’invraisemblable manque de clé
A la voûte de l’esprit
Et à la fourche des filles

Qui mourra verra
Qu’il regrettera
Jusqu’à la laisse et la jachère
En lesquelles il fut tenu.

(Jean Rousselot)

Illustration: Latoya Smile

 

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DE LA RUE ELLE CRIE (Yves Martin)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2015



 

Giuseppe De Nittis - Tutt'Art@ (15) [1280x768]

DE LA RUE ELLE CRIE

J’ai toujours trouvé
Que vivre était plutôt humiliant.
Comme un gosse, je sème des trésors
Que je m’ingénie à ne pas retrouver.

J’ai bousculé tant de rues.
Les passantes sont toujours à court de maléfices.
Je m’assois au bord du trottoir,
Rêve à des passeurs roses comme des petites filles.

Je cherche le cour.
Je veux caresser la transcendance.
Sur tous les écrans, je surgis
Velours gigantesque. Drôle d’air.
Pas étonnant que les femmes songent
A un cadeau empoisonné.

Dans un demi-sommeil,
J’écris, je ronronne des poèmes
Qui vite perdent le fil
Ou que j’écrase parce que l’aube
Vient une fois de plus de tirer
Sans sommation sur le pianiste.

(Yves Martin)

Illustration: Giuseppe De Nittis

 

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