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Poésie

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Que de jours passés (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019



Que de jours passés
A guetter le battement des paupières
Sur une joie qu’on a humiliée

Le soleil en restera assombri
Malgré le chant des oiseaux
Et le chœur des vagues

J’aurais beau te prendre la main
Dans la boue du chemin
Et te serrer dans mes bras

J’aurais beau plonger ma main
Dans ton corsage du dimanche
Pour apaiser ton cœur
Qui bat fiévreusement
Sous un sein ferme.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Francine Van Hove

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Sensitive (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Sensitive

A peine eus-je revêtu le costume de femme,
que ma sensibilité me causa des tourments affreux.
Je ne parle pas de l’amour, ma pudeur devait me défendre.
Je souffrais par bien d’autres motifs:
au théâtre, la musique me faisait tomber en pamoison;
les émotions du drame me jetaient en des évanouissements prolongés;
le moindre changement de température agissait sur mes nerfs.
Le cigare surtout rendait ma vie amère.

Que de fois n’ai je pas dû subir les insolentes bouffées d’un fat!
Au lieu de me plaindre, on se moquait de moi;
j’étais passée à l’état de femme nerveuse:
personne ne croyait à mes souffrances;
mes amis les plus intimes prétendaient que je me maniérais.

Un magnétiseur célèbre me proposa d’utiliser mon fluide
et de courir la province pour donner des représentations,
lire les yeux fermés, et deviner les maladies
à la seule inspection des cheveux du malade.

Humiliée par cette offre, lasse de voir le ridicule s’attacher à moi,
j’ai pris la résolution de redevenir fleur.
L’haleine douce de la brise, les caresses des papillons,
voilà les seules choses que je puisse supporter.

(J.J. Grandville)

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