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Poésie

Posts Tagged ‘hurler’

L’ATTENTE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2020



Illustration: Tamara Lunginovic
    
L’ATTENTE

Des attentes sans nombre
Parcourent les jungles du coeur.
Les unes hurlent comme les loups.
Qu’elle arrive une bonne fois, elle,
La femme, colonne en marbre de la lune,
Dansant sur des alpages ensoleillés;
D’autres guettent aux alentours de ponts
Pour vous attirer dans le gouffre;
D’autres dorment, ours dans leur tanière
Ou serpents engourdis
Par les brumes de l’automne;
Les unes croisent votre sentier,
Lapins effrayés,
Et courent, courent à travers champs.
Mais il y a une grande attente
Qui ressemble à l’ombre.
Elle est tantôt devant, tantôt derrière,
Elle se roule à vos pieds,
Elle s’apprête à vous saisir la nuque,
Elle s’arrête, vous abandonne
Puis se remet à vous pister.
Parfois vous l’oubliez, elle commence alors
A suinter doucement sur votre cerveau
Sa pluie froide.
Vous vous secouez, elle s’enfuit.
Une fois,
Quand vous ne serez pas sur vos gardes,
Elle jettera sur vous ses filets
Où se brisent désespérées
Toutes les flèches de la lumière.

(Mihai Beniuc)

 

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La route enchantée (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

Marcio Melo 04

La route enchantée

1. Le ciel est plein de joie
La nuit est parfumée
Ah! Quel parfum subtil
Odeur de feu de bois
Douce odeur de fumée
Odeur du mois d´avril
On sent que bientôt c´est la fête
La jolie fête du printemps
Qui fleurit par-dessus nos têtes
Le ciel d´avril comme les champs

{Refrain:}
Une étoile m´a dit
Deux étoiles m´ont dit
Connais-tu le pays du rêve
Le pays d´amour où,sous le ciel bleu
Tout est joyeux
Les beaux jours sont courts
Au pays d´amour
Et les nuits les nuits sont brèves
Mais l´on vit sa vie
Loin de tous soucis
Viens cette nuit
Pars c´est du mystère
Que tu veux : en voilà!
Pars oublie la terre
Pars viens avec nous tu verras
Les joyeux matins et les grands chemins
Où l´on marche à l´aventure
Hiver comme été
Toujours la nature
La route enchantée…

2. Rivière mon amie
C´est pour toi que je chante
Et vous petits oiseaux écoutez-moi
Cochons vaches et veaux
Et vous bêtes méchantes
Qui hurlez dans les bois
Demain c´est le jour où l´on s´aime
Et qui sème récolte l´amour
L´amour c´est le plus beau poème
Pourquoi ne pas s´aimer toujours

{Refrain} :
Une étoile m´a dit
Deux étoiles m´ont dit
Chante l´amour au clair de lune
Chante sans un sou
Chante comme un fou
Partout partout
La jeunesse est là
Qui te tend les bras
Le soleil c´est la fortune
Si tu vis ta vie
Loin de tous soucis
Viens cette nuit
Pars c´est du mystère
Que tu veux : En voilà
Pars oublie la terre
Pars viens avec nous tu verras
Les joyeux matins et les grands chemins
Où l´on marche à l´aventure
Hiver comme été
Toujours la nature
La route enchantée…
Bonjour le jour la vie la nuit l´amour!

(Charles Trenet)

Illustration: Marcio Melo

 

 

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C’EST À VOUS QUE JE M’ADRESSE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Christian Lepère
    
C’EST À VOUS QUE JE M’ADRESSE

Bref il est toujours facile
de croire que tout finit
et de se moquer du monde

Mais quand il s’agit
de mourir à petit feu
et d’agoniser bravement

Alors il faut bien chanter
crier maudire ou hurler
que la vie est un enfer

Et croire que tout est fini
et tout est à recommencer

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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LA COULEUVRE ET LE POISSON (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



 

couleuvre

LA COULEUVRE ET LE POISSON

Parmi les cailloux au bord de l’étang
dans l’eau basse et limpide
dont le flot devient aussi transparent
que l’air soudain visible

dans ce monde fait pour d’autres poumons
ô pureté vivante !
où la pierre oscille au reflet mouvant
comme au vent une branche,

en cet eden clos, la couleuvre glisse,
suivant la vieille loi
à ses crocs pendu un poisson palpite
hurlant on ne sait quoi.

(Gyula Illyès)

Illustration

 

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LA CREATION (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



LA CREATION

Cela survint au sein du grand silence
lorsque l’herbe naissait,
la lumière venait de se déprendre
créant le vermillon et les statues,
alors
dans la solitude sans fin
un cri fleurit,
une chose roula en larmes,
les ombres s’entrouvrirent et elle monta seule,
on aurait dit que les planètes sanglotaient,
et puis l’écho
roula de cahot en cahot
jusqu’au moment où cela qui naissait se tut.

Mais la pierre a gardé le souvenir.

Elle a gardé le mufle ouvert des ombres,
la palpitante épée du hurlement,
et dans la pierre gîte un animal sans nom
qui, sans voix, hurle encore vers le vide.

(Pablo Neruda)

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LE VILLAGE KARSTIQUE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2020


 


 

LE VILLAGE KARSTIQUE

I
Seul
par le village.
Dans la nuit
hurlent les espaliers
— le bora escalade
les murs, cogne
à la vitre : « Qui ? ,

La fenêtre éclaire
la nuit.
Et au bout du village
le pin gémit,
tressaille
quand il me reconnaît.

II
Les toits abrupts dans l’ombre
dorment;
toits de chaumes, toits de pierre,
lugubres tous
avec leurs fronts bas.

Les gens ont les bras croisés
sur la poitrine.

Comment ?
Pourquoi ?
« Meurs, ou reviens sur tes pas! »

III
L’océan des pins
mugit sombrement
— l’Adriatique, martèle le rivage,
cogne les ténèbres,
le bora heurte
la fenêtre morte.

La nuit pèse sur le village karstique.
Qui désespère ?
Qui se lamente,
que je le maudisse
en ce coeur malade ?

Qui ?

(Srecko Kosovel)

Illustration

 

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Rondeau des autruches (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2020




    
Rondeau des autruches

Les autruches du Minervois
Qui habitent dans la garrigue
Se gavent de pâté de foie
Et de confiture de figues
Ça vous surprend ? pas tant que moi

Quand le vent donne de la voix
Pour commencer ça les intrigue
Les autruches du Minervois

Mais quand il hurle c’est l’effroi
C’est la peur et c’est la panique
Où cacher sa tête on ne voit
Pas de sable, et des rocs qui piquent
Pauv’zautruches du Minervois

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nos mots (Luciole)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2020




    
Nos mots

Quand le silence hurle,
Se fait assourdissant
Que des sons minuscules
Se font cris de géants
Nos mots sont des compas,
Nous guident sur l’océan
Nos mots comme continents,
Il nous restera ça

Quand les nuages filent
Sans qu’on puisse les toucher
Dans le bleu tendres îles,
Impossible d’accoster
Nos mots sont des trois mâts
Naviguent dans ces nuées
Nos mots comme nos voiliers,
Il nous restera ça

Et quand le ciel pleure,
Se grise de sanglots
Que les sons, les couleurs
Se prennent dans les rouleaux
Nos mots à bouts de bras
Sont nos armes, nos flambeaux
Nos mots comme drapeaux,
Il nous restera ça

Quand les portes sont fermées,
Que l’on reste au-dehors
Quand on a beau frapper
De nos mains, de nos corps
Nos mots resteront là,
Gravés dans le décor
Nos mots comme trésor,
Il nous restera ça

Quand mes lèvres sont scellées,
que je ne sais que dire
Quand je ne sais que pleurer
quand je voudrais sourire
Mes mots glissent tous bas,
pour éviter le pire
Mes mots comme des soupirs,
il me restera ça

Quand on voudrait fixer
Chaque souvenir chaque nuit
Pour ne rien oublier
De chaque sensation
Les mots sont nos combats,
Les mots sont l’émotion
Nos mots comme chansons
Il nous restera ça
Il nous restera ça

(Luciole)

 

Paroliers : David Babin / Angelo Foley / Lucile Gerard

   

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MUTILATION VOLONTAIRE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



hache

MUTILATION VOLONTAIRE

Pour s’éviter de servir
aux armées de l’empereur,
un beau soir avec la hache,
le maître se mutila
de deux grands doigts de la main
sa jeune et blonde épouse
pansa la plaie tendrement
et les pensées à coeur jaune
tremblèrent dans le parterre,
les deux chiens du maître hurlèrent
quand on le porta au lit,
alors charbonnaient les lampes
entourées de papillons ;
mais les femmes assemblées
sur la place du village
devant la rougeur des nuages
disaient que ce qu’elles voyaient
était le sang des soldats.

(Jean Follain)

 

 

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À DEVENIR SOURD (Leib Kvitko)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020




Illustration: ArbreaPhotos … Oradour
    
À DEVENIR SOURD

À devenir sourd
J’affinai mon ouïe.
Jusqu’à être aveugle
J’aiguisai ma vue,
Avec une acuité morbide,
Évaluant tout chuchotement
Pour le livrer totalement
À mon âme endolorie,
À ma chair brûlante,
Cherchant où se cacher
Tourbillonnent en moi
Tous les bruits et toutes les ombres,
Croissent en moi, fructifient,
Enfouis profondément dans mon fiel et mon sang.
Alors qui veut, quel bruit
Quel coup,
Celui du massacre des jeunes gens
Sur les toits de chaume ?
Celui sauvagement qui hurle et qui s’échappe
Des lits comblés ?
Chaque chose à son heure :
Tout, de mes ennemis, jour et nuit
Vit en moi.

(Leib Kvitko)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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