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L’OMBRE S’ALLONGE… (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Illustration: Caroline Duvivier
    
L’OMBRE S’ALLONGE…

L’ombre s’allonge, on voit au ciel
les étoiles qui étincellent;
déjà brûlent leurs hautes flammes,
et selon l’ordre intransigeant
tourne, comme astre au firmament,
ton manque dans mon âme.

La nuit, telle une mer qui râle
sa passion d’hydre végétale,
m’étouffe en ses relents odieux.
Viens, jette au fond de ces abysses
le filet de désir et hisse :
hisse-moi vers tes yeux !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Poème pour mon ombre (Marie-Célie Agnant)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 Ettore Aldo Del Vigo 1_1280

Poème pour mon ombre

grises ou mordorées
quand autour des rêves
s’estompent les brumes
demeure le désenchantement

paumes vers le ciel affronter le renoncement

fais appel si le coeur t’en dit
aux diseuses de bonne aventure
supplie-les de te redire
l’éblouissement
les miracles
quémande les vertiges
face contre terre maudis le chant des sirènes

il y a un homme disent-elles toujours
qui vous regarde
qui nous regarde
l’amour est là
il était là
au début
il était

très tôt tu apprendras
ce poids de la soif
hydre d’eau douce à la chair amère
rocher informe
lourdement
au plus profond de toi
de matière vivante
très tôt tu seras
matière inerte
deviendras
d’un tout
deviendras
ne seras
que
plus que
rien que
fragments épars

le temps poursuit sa route
voyage interminable
nulle terre en vue

l’entêtement est souvent un ennemi tenace

réinvente si tu peux les premières lueurs
réapprends situ veux le désir
mais surtout

invite ton ombre à te tenir compagnie

(Marie-Célie Agnant)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

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LES AMOUREUX (Jaime Sabines)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018


 


 

Benjamin Dominguez (3)

LES AMOUREUX

Les amoureux se taisent.
L’amour est le silence le plus fin,
le plus tremblant, le plus insupportable.
Les amoureux guérissent,
délaissent,
mutent, oublient.
Le coeur leur dit qu’on ne trouve jamais,
ils cherchent en vain, ils persistent.

Les amoureux passent à la déraison
parce que seuls, ils sont deux, deux, deux,
ils se livrent, se donnent, à chaque instant,
et se récrient de ne pas sauver l’Amour.
L’Amour les dévore. Les amoureux vivent
d’instants, impuissants à dépasser
les frontières du temps.
Ils cherchent toujours un aller
vers quelqu’autre lieu.
Ils attendent,
n’espèrent pas, mais languissent encore.
Ils savent trop bien que jamais on ne joint.
L’amour est perpétuel sursis
reste toujours le pas qui vient, et l’autre, et l’autre encore.
Les amoureux sont des insatiables
de leur solitude.

Les amoureux sont l’hydre de l’erne,
des tentacules en guise de bras,
leurs veines autour du cou se gonflent
les étouffant comme des serpents.
Les amoureux ne peuvent dormir,
s’ils ferment l’oeil, la vermine festoie.

A l’obscurité, ils ouvrent le regard,
la terreur au coeur.
Ils trouvent des scorpions sous leurs draps
et leur couche dérive sur le lac.

Les amoureux sont fous, simplement fous,
sans Dieu ni Démon.

Les amoureux sortent d’eux-mêmes
tremblants et affamés,
ils vont chasser les fantasmes.
Ils se rient des sages de l’amour,
de ceux qui aiment à jamais, en toute Vérité,
de ceux qui croient que l’amour est une lampe à la
flamme inusable.

Lies amoureux jouent au puits,
ils dessinent et tatouent les fumées, ils s’amusent à ne pas partir.
Ils jouent le long et triste jeu de l’amour.
ils récusent la résignation.
Ils clament qu’aucun règne ne doit se démettre.
Les amoureux ont honte de toute conformation

Vacants, vides de côte est en côte ouest,
fermentant la mort derrière leur regard,
ils avancent, de sanglot en sanglot, jusqu’à l’aube,
où équipages et chants du coq font leurs douloureux adieux.

Une odeur de terre nouvelle leur arrive parfois,
un parfum de femme doucement abandonnée, la main
fleurissant le mont,
une senteur d’eau tiède, un fumet de chair.
Les amoureux chantent, modulent
un phrasé nouveau.
Ils pleurent l’évanescence
de leur beau dérèglement.

(Jaime Sabines)

Illustration: Benjamin Dominguez

 

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Le poète (René Char)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2017



Le poète en traduisant l’intention en acte inspiré,
en convertissant un cycle de fatigues en fret de résurrection,
fait entrer l’oasis du froid par tous les pores de la vitre de l’accablement
et crée le prisme, hydre de l’effort, du merveilleux, de la rigueur et du déluge,
ayant tes lèvres pour sagesse et mon sang pour retable.

(René Char)

Illustration

 

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LES USINES (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



 

 

LES USINES

Se regardant avec les yeux cassés de leurs fenêtres
Et se mirant dans l’eau de poix et de salpêtre
D’un canal droit, marquant sa barre à l’infini,
Face à face, le long des quais d’ombre et de nuit,
Par à travers les faubourgs lourds
Et la misère en pleurs de ces faubourgs,
Ronflent terriblement usines et fabriques.

Rectangles de granit et monuments de briques,
Et longs murs noirs durant des lieues,
Immensément, par les banlieues ;
Et sur les toits, dans le brouillard, aiguillonnées
De fers et de paratonnerres,
Les cheminées.

Se regardant de leurs yeux noirs et symétriques,
Par la banlieue, à l’infini,
Ronflent le jour, la nuit,
Les usines et les fabriques.

Parée et noire et opulente,
Au cri des orgues violentes
Qui la célèbrent,
La mort tout en ténèbres
Règne, comme une idole assise,
Sous la coupole des églises.

Des feux, tordus comme des hydres,
Se hérissent, autour du catafalque immense,
Où des anges, tenant des faulx et des clepsydres,
Dressent leur véhémence,
Clairons dardés, vers le néant.

Le vide en est grandi sous le transept béant ;
De hautes voix d’enfants
Jettent vers les miséricordes
Des cris tordus comme des cordes,
Tandis que les vieilles murailles
Montent, comme des linceuls blancs,
Autour du bloc formidable et branlant
De ces massives funérailles.

Drapée en noir et familière,
La Mort s’en va le long des rues
Longues et linéaires.

Drapée en noir, comme le soir,
La vieille Mort agressive et bourrue
S’en va par les quartiers
Des boutiques et des métiers,
En carrosse qui se rehausse

De gros lambris exorbitants,
Couleur d’usure et d’ancien temps.

Drapée en noir, la Mort
Cassant, entre ses mains, le sort
Des gens méticuleux et réfléchis
Qui s’exténuent, en leurs logis,
Vainement, à faire fortune,
La Mort soudaine et importune
Les met en ordre dans leurs bières
Comme en des cases régulières.

Et les cloches sonnent péniblement
Un malheureux enterrement,
Sur le défunt, que l’on trimballe,
Par les églises colossales,
Vers un coin d’ombre, où quelques cierges,
Pauvres flammes, brûlent, devant la Vierge.

Vêtue en noir et besogneuse,
La Mort gagne jusqu’aux faubourgs,
En chariot branlant et lourd,
Avec de vieilles haridelles
Qu’elle flagelle
Chaque matin, vers quels destins ?
Vêtue en noir,
La Mort enjambe le trottoir
Et l’égout pâle, où se mirent les bornes,
Qui vont là-bas, une à une, vers les champs mornes ;
Et leste et rude et dédaigneuse
Gagne les escaliers et s’arrête sur les paliers
Où l’on entend pleurer et sangloter,
Derrière la porte entr’ouverte,

(Emile Verhaeren)

 

 

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L’esprit (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2017




L’esprit

Éternelles Ondines,
Divisez l’eau fine.
Vénus, soeur de l’azur,
Émeus le flot pur.
Juifs errants de Norwège
Dites-moi la neige.
Anciens exilés chers
Dites-moi la mer.

Moi – Non, plus ces boissons pures,
Ces fleurs d’eau pour verres ;
Légendes ni figures
Ne me désaltèrent ;
Chansonnier, ta filleule
C’est ma soif si folle
Hydre intime, sans gueules
Qui mine et désole.

(Arthur Rimbaud)

 

 

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LE CHANT NOCTURNE (Rita Petro)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2016



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LE CHANT NOCTURNE

Veux-tu que nous glissions
par cette nuit silencieuse
dans le fleuve noir
qui mène à la caverne
où vit l’Hydre ?

Le monstre, dit-on,
mettra bas
sept enfants hydres
nourris de flammes d’amour
par les sept têtes du géniteur.

Viendras-tu ?
Il nous y attend.
La ville, dit-on, sera privée d’eau
tant que le monstre n’aura pas goûté
la chair tendre d’un couple d’amants.

Nul ne serait prêt à se sacrifier par amour :
Et toi ?

***

Kënga e natës

A do vish të shkasim
Në qetësinë e natës
Në lumin e zi
Që të çon te shpella
Ku jeton kuçedra?

Ajo është me barrë
Dhe do pjellë
Shtatë kuçedra të vogla
Që ushqehen me flakëza dashurie
Nga shtatë gojët e mëmës.

A do vish i dashur?
Ajo na pret.
Thotë se qyteti
Do mbetet pa ujë
Po nuk hëngri një çift dashnorësh.

Askush s’po i del për zot dashurisë,
Po ti?!

(Rita Petro)

 

 

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TOUJOURS LA VIE… (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2015



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TOUJOURS LA VIE…

Soudards avinés,
Pianos mécaniques
Des quartiers fanés,
Fanés, faméliques,

Ruisseaux enrhumés,
Fontaine à coliques,
Noirs estaminets,
Bedeaux alcooliques
Rutilant du nez,

Chats d’ombre et d’ébène
Férus des roquets :
Quartier Laboulbène
Rue des Bilboquets,

Fille à cloche-pied,
Bâtards de caniches,
Rossards, va-nu-pieds
Vivant de « pourliches »

Des poitrines rondes
Et des « bien-aimées » :
Des brunes, des blondes…
Tout ça fait un monde
D’hydres, de fumées.

Mélangé d’avance
(Le bon grain, l’ivraie)
Condamné d’avance
— On s’en fout Pas vrai ?

(Maurice Fombeure)

Illustration: Jean Béraud

 

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Ma perle est là dedans (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2015



Tu retrouvais partout la vérité hideuse,
Jamais ce qu’ici-bas cherchaient tes vœux ardents,
Partout l’hydre éternelle qui te montrait les dents;
Et poursuivant toujours ta vie aventureuse,
Regardant sous tes pieds cette mer orageuse,
Tu te disais tout bas: « Ma perle est là dedans. »

(Alfred de Musset)


Illustration

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LA NYMPHE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2015



 

LA NYMPHE

L’eau calme qui s’endort, déborde et se repose
Au bassin de porphyre et dans la vasque en pleurs
En son trouble sommeil et ses glauques pâleurs
Reflète le cyprès et reflète la rose.

Le Dieu à la Déesse en souriant s’oppose;
L’un tient le sceptre et l’arc, l’autre l’urne et les fleurs,
Et, dans l’allée entre eux, mêlant son ombre aux leurs,
L’Amour debout et nu se dresse et s’interpose.

Les talus du gazon bordent le canal clair;
L’if y mire son bloc, le houx son cône vert,
Et l’obélisque alterne avec la pyramide;

Un Dragon qui fait face à son Hydre ennemie,
Tous deux du trou visqueux de leurs bouches humides
Crachent un jet d’argent sur la Nymphe endormie.

(Henri De Régnier)

 

 

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