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Poésie

Posts Tagged ‘hypnose’

La poésie n’aurait-elle plus rien à nous dire ? (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



Zéno Bianu [800x600]

La poésie n’aurait-elle plus rien à nous dire ?
Ne serait-elle plus le lieu privilégié des interrogations humaines ?
D’Infiniment proche au Désespoir n’existe pas, dix ans ont passé.
Dix ans en prise avec le balancier de la vie.
Dix ans d’écriture.

Des poèmes de bord, comme autant de témoignages d’amitié, d’amour, d’admiration, de deuil.
Des poèmes animés par un pari farouche : transformer le pire en force d’ascension.
Des poèmes pour reprendre souffle et tenir parole.
Des poèmes pour ouvrir un espace aimanté, irriguer le réel dans une époque vouée à l’hypnose.

Transmettre quelque chose d’irremplaçable : une présence ardente au monde, une subversion féerique.
La poésie – ou la riposte de l’émerveillement.

(Zéno Bianu)

 

 

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Salomé (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Lucien Lévy Dhurmer
    
Salomé

Parmi les cèdres bleus dont l’épaisseur l’encastre,
Dans un parfum d’encens, de cinname et de rose,
Le lourd palais d’Hérode aux somptueux pilastres,
Aux escaliers d’onyx, en silence repose.

Seul un chacal gémit, précurseur de désastres,
Flairant l’odeur du sang au bas des portes closes;
Et l’écoutant, perdue en quelqu’étrange hypnose,
Dans la salle déserte où pleut un frisson d’astre,

Salomé enraidie sur sa couche,
Rappelant son désir criminel, croit voir Jean,
Fantôme torturé, d’une étreinte d’amant

L’enlacer et défaille en sentant qui la touche
Et se colle à sa lèvre ardente, la mordant,
La bouche douloureuse où se glacent les dents.

(Marie Dauguet)

 

 

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La rime (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



 

La rime plonge la « pensée »
dans une sorte d’hypnose

(Joë Bousquet)

 

 

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Je t’écris (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



Je t’écris pour te dire que je t’aime
que mon coeur qui voyage tous les jours
— le coeur parti dans la dernière neige
le coeur parti dans les yeux qui passent
le coeur parti dans les ciels d’hypnose —
revient le soir comme une bête atteinte

Qu’es-tu devenue toi comme hier ?
Moi j’ai noir éclaté dans la tête
j’ai froid dans la main
j’ai l’ennui comme un disque rengaine
j’ai peur d’aller seul de disparaître demain
sans ta vague à mon corps
sans ta voix de mousse humide
c’est ma vie que j’ai mal et ton absence

Le temps saigne.
Quand donc aurai-je de tes nouvelles ?
Je t’écris pour te dire que je t’aime
que tout finira dans tes bras amarré
que je t’attends dans la saison de nous-deux
qu’un jour mon coeur s’est perdu dans sa peine
que sans toi il ne reviendra plus

Mon amour quand nous serons couchés côte à côte
dans la crevasse du temps limoneux
nous reviendrons de nuit parler dans les herbes
au moment que grandit le point d’aube
dans les yeux des bêtes découpées dans la brume
tandis que le printemps liseronne aux fenêtres

Pour ce rendez-vous de notre fin du monde
c’est avec toi que je veux chanter
sur le seuil des mémoires les morts d’aujourd’hui
eux qui respirent pour nous
les espaces oubliés

(Gaston Miron)

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EXERCICE SPIRITUEL PARFAITEMENT INUTILE (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



EXERCICE SPIRITUEL PARFAITEMENT INUTILE

Encore une fois le poème !
On me hèle ! Je suis sommé !
On tire sur moi des sommets !
A feu et à sang mon coeur blême !
O, joie d’être enfin concerné !
O, douleur d’être encor le même
Quand se dissipe la fumée
D’une artillerie trop lointaine,
Intact, le cerveau rouge à peine
De l’écume d’une pensée…

Le poème, une fois encore !
L’envie de dire qui clapote
Dans la citerne de mon corps !
Quoi ? Je ne sais ; non plus l’aorte
Le caillot qu’elle mène au port.
Mais déjà des mots se marient
Que j’entends mal : bonheur, remords,
Qui refont à neuf un décor
D’oiseaux lâchés, de fruits qu’on mord
Sur un arrière-plan d’orties :

C’est moi qui parle ; il le faut bien
Pour que soient vraies ces parodies !
Et l’espoir est de la partie
Comme un peu de vent qui s’en vient
Secouer l’épaule des choses.
Mais qu’ai-je fait de mon envie
D’être à jamais remis en cause,
Brisé le cocon de ma vie,
Déchirée la photographie
Anonyme de mon hypnose ?

Encore une fois le poème,
Traînant ses béquilles de ciel !
Mais la matrone du langage,
Soûle et sale, et son diadème
Et ses blasons sempiternels,
Le suit pas à pas sur la plage
En écrasant du pied les forts
Dérisoires qu’il laisse en gage ;
Dans la soupente du réel
Il va falloir lutter à mort.

Hélas ! c’est un matin pareil
Aux autres ! La presse est muette ;
Ce n’est pas encor le réveil
De l’Homme ! Le premier soleil !
Non plus sa fin, la terre en tête,
Le grincement d’un tombereau
Pour la dernière fois du monde
Et la bouche qui se débonde
Pour parler silence aux oiseaux
Que le sang jette à nos carreaux

Rien n’a changé ; le trou livide
Qui bâille au fond de ton regard
Attend toujours, ex-voto vide,
Tes dédicaces de hasard.
Parce qu’un coup de vent te ride,
Eau-morte en ta châsse putride,
Parce que tu as fait germer
Le noyau pourri du langage
Dans les caves de ta pensée,
Qu’allais-tu donc imaginer ?

Tu es homme tu es le pire
Des exils en ton propre empire ;
Quand sur toi tu crois te pencher,
C’est aux choses que tu te mires
Et tu te demeures caché.
Car en toi-même tu es pris
Comme un navire dans les glaces
Qui rumineront sa carcasse
Jusqu’à ce qu’il rende l’esprit ;
Rien qu’une bulle à la surface…

(Jean Rousselot)

Illustration

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DE LA FONTE DES NEIGES – 66 (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2016




DE LA FONTE DES NEIGES – 66

Eau qui croule qui croule fracas vieille hypnose.
Le torrent inonde le cimetière de voitures, rutile derrière les masques.
Je serre fort le parapet du pont.
Le pont: ce grand oiseau de fer qui plane sur la mort.

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Gustave Caillebotte

 

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