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Posts Tagged ‘hypocrite’

L’exil de la beauté (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



L’exil de la beauté

Va, cherche dans la vieille forêt humaine
L’abri que je destine à ta vie incertaine.
Ne tremble pas trop quand le soir resserrera tes veines ;
Songe que les chairs fanées ne peuvent refleurir
Et garde aux coins de ta bouche pâle l’ombre d’un sourire.
Prends un bâton, si tu veux, et aussi une besace,
Marche, en suivant, le long des champs, la trace
Que font les bœufs qui s’en vont au labour
Et les enfants en quête des fleurs nouvelles de l’amour.
Tu trouveras peut-être l’amour sur ton chemin
Ou la mort, ou des pauvres qui tendront la main
Vers ton cœur ou bien vers ta gorge ;
Tu leur donneras ce que tu as, un morceau de pain d’orge,
Mais ils diront des injures
Et des larmes te viendront aux yeux d’entendre des paroles impures.
Ne pleure pas, lève la tête, les dieux,
Quand ils sont en exil, marchent encore dans les cieux.
Dérobe aux hypocrites ta noble nudité,
Sois pour eux la laideur, toi qui es la beauté.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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L’âme close (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 

L’âme close

Nous avons commencé, lorsque nous nous aimions,
Par nous conter sans fin toutes nos actions,
Nos rêves les plus fous et nos moindres pensées ;
Puis, des choses se sont dans le vague effacées…
Sans jamais nous mentir, nous ne disions pas tout,
Nous ne nous contions plus nos désirs jusqu’au bout,
Et la prudente peur vint des choses écrites.
Nous nous sentions tout près, tout près d’être hypocrites.
Puis, nous prîmes parfois un air indifférent,
Comme un masque divers qu’on quitte et qu’on reprend.
Et depuis, sans savoir, comme on se laisse vivre,
Notre âme à peine lue est close comme un livre.

(Albert Lozeau)

 

 

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Il n’est vraiment pas surprenant… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018




Illustration: Paula Modersohn-Becker
    
Il n’est vraiment pas surprenant…

1
Il n’est vraiment pas surprenant
Que le gâteau et le nanan
Ne se trouvent pas dans mon plat
On m’ fait du plat
J’ fais ma mijaurée
Et j’ reste dans la purée
Avec mes deux yeux
Pour pleurer dans ma chemise
Sans être prise
Par mon amoureux.

2
Il n’est vraiment pas surprenant
Que d’autres aient beaucoup d’amants
Elles sont gentill’s avec eux
Ces vaniteux
Les croient sur paroles
Dans leurs bras ell’s devienn’nt molles
Et pour un baiser
Elles donneraient leur vie.
Je les envie
Sans pouvoir oser.

3
Il n’est vraiment pas surprenant
Que j’adore tous les enfants
Que leurs cris me fass’ palpiter
Mais ma bonté
Comme je la cache
Et comm’ je joue à cach’-cache
Avec le bonheur
Je suis une vieille fille
Pas très gentille
Pleine de rancoeur.

4
Il n’est vraiment pas surprenant
Qu’avec mon caractèr’ méchant
Je reste seul dans mon taudis.
À ce qu’on dit
Je suis hypocrite.

(le manuscrit s’arrête là)

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Chanson pour Elle (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Chanson pour Elle

L’ORGUEIL endolori s’obstine
A travestir ton coeur lassé,
Ténébreux comme la morphine
Et le mystère du passé.

Tu récites les beaux mensonges
Comme on récite les beaux vers.
L’ombre répand de mauvais songes
Sur tes yeux d’archange pervers.

Tes joyaux sont des orchidées
Qui se fanent sous tes regards
Et les miroitantes idées
Plus hypocrites que les fards.

Tes prunelles inextinguibles
Bravent la flamme et le soleil…
Et les Présences Invisibles
Rôdent autour de ton sommeil.

(Renée Vivien)

Illustration: Abbott Handerson Thayer

 

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On ne badine pas avec l’amour ! (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration: René Julien
    
On ne badine pas avec l’amour !

Tous les hommes sont menteurs,
Inconstants, faux, bavards,
Hypocrites, orgueilleux, lâches,
Méprisables et sensuels.

Toutes les femmes sont perfides,
Artificieuses, vaniteuses,
Curieuses et dépravées.

Le monde n’est qu’un égout sans fond
Où les phoques les plus informes
Rampent et se tordent
Sur des montagnes de fange.

Mais il y a au monde,
Une chose sainte et sublime :
C’est l’union de deux de ces êtres,
Si imparfaits et si laids…

On est souvent trompé en amour,
Souvent blessé
Et souvent malheureux.

Mais au bord de la tombe,
on se retourne
Pour regarder en arrière
Et on se dit :

« J’ai souffert souvent,
Je me suis trompé quelquefois
Mais j’ai aimé.
C’est moi qui ai vécu

Et non un être factice
Créé par mon orgueil et mon ennui. »

(Alfred de Musset)

 

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Chaque poème, chaque phrase est Tout (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2017



 

Gustav Klimt arbre de vie  tree-of-life-klimt-lg

Pareil effacement (le nôtre) ici, également, est exigé.
Quelles traces, qui ne se brouillent ?
Quel itinéraire, qui ne se perde dans le labyrinthe de la lecture ?
Parole hypocrite (la mienne) qui ne s’accepterait comme seuil.
Qui n’aurait autre but que de faire le silence.

Des débris, des miettes.
Le souffle du poème, le vertige de la phrase balaient glose, arguties.
L’intelligence est décimée.

Miraculeusement, la nuit elle-même éclairant
(insaisissable, muette évidence),
chaque poème, chaque phrase est Tout.

(Michel Leiris)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Le Labyrinthe (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Le Labyrinthe

J’ERRE au fond d’un savant et cruel labyrinthe…
Je n’ai pour mon salut qu’un douloureux orgueil.
Voici que vient la Nuit aux cheveux d’hyacinthe,
Et je m’égare au fond du cruel labyrinthe,
O Maîtresse qui fus ma ruine et mon deuil.

Mon amour hypocrite et ma haine cynique
Sont deux spectres qui vont, ivres de désespoir ;
Leurs lèvres ont ce pli que le rictus complique :
Mon amour hypocrite et ma haine cynique
Sont deux spectres damnés qui rôdent dans le soir.

J’erre au fond d’un savant et cruel labyrinthe,
Et mes pieds, las d’errer, s’éloignent de ton seuil.
Sur mon front brûle encor la fièvre mal éteinte…
Dans l’ambiguïté grise du Labyrinthe,
J’emporte mon remords, ma ruine et mon deuil…

(Renée Vivien)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Portrait de l’autre (Robert Gélis)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2016



Portrait de l’autre

L’Autre :
Celui d’en face, ou d’à côté,
Qui parle une autre langue
Qui a une autre couleur,
Et même une autre odeur
Si on cherche bien …

L’Autre :
Celui qui ne porte pas l’uniforme
Des bien-élevés,
Ni les idées
Des bien-pensants,
Qui n’a pas peur d’avouer
Qu’il a peur …

L’Autre :
Celui à qui tu ne donnerais pas trois sous
Des-fois-qu’il-irait-les-boire,
Celui qui ne lit pas les mêmes bibles,
Qui n’apprend pas les mêmes refrains …

L’Autre :
N’est pas nécessairement menteur, hypocrite,
vaniteux, égoïste, ambitieux, jaloux, lâche,
cynique, grossier, sale, cruel…
Puisque, pour Lui, l’AUTRE …
C’est Toi

(Robert Gélis)

Illustration: Igor Morski

 

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SUITE POUR ALBERT AYLER (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2016


 


 

Albert Ayler Spirits Rejoice

SUITE POUR ALBERT AYLER

cassé
fracassé
aimanté
par la plus haute force du chant

inspire
espère
tu joues
en toutes langues
tu joues pour la lumière
qui ne passe pas

cassé
fracassé
tu joues
dans le ventre même
de l’intonation
aum aum aum

tu joues
pour dire
que le monde peut tourner autrement

pour interroger les étoiles
accélérer l’immensité

inspire
espère
écoutant
sans fln sans fond
la buée d’âme
de Coltrane

oui
tu joues
pour cet autre ciel
en ton coeur

fusant
contre l’invention des larmes
ciselant
des arcs-en-ciel de bastringue

cassé
fracassé
inspire
espère
jusqu’à confesser les anges

pour explorer
les grands charniers
de la naissance
du chagrin
et de la mort

contre tous les hypocrites
toujours les mêmes
quels qu’ils soient

pour offrir
ton absolue fragilité

cassé fracassé
tu joues
pour nous faire sentir
que le temps ne passe pas

inspire
espère
saint saint trois fois saint

en plongée d’esprit saint
en réjouissance d’esprit

dans un souffle-esprit
à faire germer des oracles

cassé
fracassé
tu remercies Dieu
d’avoir créé les femmes

tu salues en sueur
la substance femme

inspire
espère
tu joues
pour guérir les univers

pour porter ta peine
jusqu’aux comètes

homme-arbre
cassé fracassé
tu joues
comme une averse de signes
dans la prière du coeur

inspire
espère
chacune de tes notes
est une perle d’étreinte

un couac habité
dans la fanfare de Dieu

(Zéno Bianu)


 

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