Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘ici’

AUCUN LIEU (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
AUCUN LIEU

Il n’y a
aucun lieu
ici
ni ailleurs.

Ici n’existe pas.
Ailleurs n’est pas.
Nous n’avons rien
à chercher.
Attendre est vain.

Il faut habiter le temps
multiple,
lui ressembler.

Avec lui comme lui
sans m’arrêter
je passe
disant adieu
jour après jour
aux figures
que la nuit
vertigineuse
emporte.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Attends, attends (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Jeanie Tomanek 00wi

Attends, attends, petit instant d’or,
de toi je veux jouir là;
attends, attends, petit instant d’or,
je veux de toi jouir ici !

***

¡Espera, ratito de oro,
que quiero gozarte allí;
espera, ratito de oro,
que quiero gozarte aquí!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Offrandes (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




    
Offrandes

Aux quatre points cardinaux du mot maintenant
À l’endroit à l’envers au cœur du mot ici
À la respiration d’ailes de papillon du mot peut-être
À l’entre soupir-et-sourire du mot autrefois
À l’hésitation sur la pointe des pieds du mot demain

À la clarté tranquille de ton nom à voix basse

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vraie vie (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019



Illustration: Carrie Vielle
    
Vraie vie

Il n’y a pas d’ailleurs,
la vraie vie est ici.

La vraie vie
c’est les nuages qui nous fuient,
l’amour qui nous néglige,
les soleils à contretemps
et les ciels à moitié dépolis.

C’est les ongles rongés
dans les salles d’attente combles,
et vouloir le plein jour
au milieu de la nuit.

La vraie vie,
c’est d’ignorer l’avenir,
d’oublier le passé,
de passer à travers le présent trop friable
sans pouvoir en garder une miette.

La vraie vie,
cette corvée, c’est du plein et du vide,
des plages de silence,
des parasites et des interférences,
et parfois le miracle ordinaire
d’une joie pure.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Anthologie La Poésie cent ans après Apollinaire
Traduction:
Editions: Proverbe lamaisondepoesie@gmail.com

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Bruit de pluie en forêt (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2019



Bruit de pluie en forêt
Ici les pins! Là-bas les feuilles!

(Werner Lambersy)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Je parle comme une ombre (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2019



je parle comme une ombre
ce que je dis n’est rien

je voudrais que mes membres
forment une parole
et cela ne se peut
ils sont écartelés

je voudrais que ma voix
prenne sa source ailleurs

or ailleurs c’est ici
où pèse le silence

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration: Gilbert Garcin

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Crise est un Cheveu (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



La Crise est un Cheveu
Vers quoi les forces rampent
Après quoi – les forces reculent
Si elle advient dans le sommeil

Suspendre son Souffle
Est le mieux qu’on puisse faire
Ne sachant si c’est la Vie ou la Mort
Qui sont en subtil suspens –

La poussée d’un instant
La pression d’un Atome
L’hésitation d’un Cercle
Sur sa Circonférence

Peut faire trembler la Main
Ajustant le Cheveu
Qui empêche l’Éternité
De se présenter – Ici –

***

Crisis is a Hair
Toward which forces creep
Past which – forces retrograde
If it come in sleep

To suspend the Breath
Is the most we can
Ignorant is it Life or Death
Nicely balancing –

Let an instant push
Or an Atom press
Or a Circle hesitate
In Circumference

It may jolt the Hand
That adjusts the Hair
That secures Eternity
From presenting? Here –

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Limites de la terre (Yves Di Manno)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2018



 

Limites de la terre

ici au nord

la sainte borne
délimitant

les frontières
du domaine

du dieu

(Yves Di Manno)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

QU’EN EST-IL de la vie? (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




QU’EN EST-IL de la vie?
Où mon commencement,
Où ma fin
Moi qui suis ici et maintenant
Source cachée
Et écoulement incessant?
Ma chambre est petite
Cependant je suis sans borne,
Les mots que j’écris
D’autres les ont dits,
Mon héritage
Sagesse ancestrale
D’au-delà du temps,
Je parle de nouveau
À qui n’est pas né,
Car l’être est sans fin.

Qu’est-ce que la mort ?
Où irai-je?
Il n’y a qu’ici,
Et maintenant est toujours.
Me rappellerai-je
Cette vie, ce lieu?
Ce que j’ai oublié
Le saurai-je,
Ce que je sais
L’aurai-je oublié?
Dois-je cesser?
La musique continue de s’écouler.
Qui étais-je alors?
La Présence éternelle
Passe à travers l’herbe.

***

WHAT of life?
Where my beginning,
Where my ending
Who am here and now
Hidden source
And ceaseless flow?
My room is small
Yet I am boundless,
The words I write
Others have spoken,
My heritage
Ancestral wisdom
From beyond time,
I speak again
To the unborn,
For being is endless.

What is death?
Where shall I go?
There is only here
And now is always.
Shall I remember
This life, this place?
What I have forgotten
Shall I know,
What I know
Shall I have forgotten?
Must I cease?
The music flows on.
Who then was I?
The eternal Presence
Moves through the grass.

(Kathleen Raine)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce fil (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018



Il s’enroule dans le coeur,
Ce fil ininterrompu
Du présent au passé,
Du dehors au dedans,
D’être vu à voir,
Ciel, jardin, arbre, oiseau
Transmués, transposés
En souvenir, en souffrance
Ces jeunes feuilles, ces pâquerettes,
Le vent contrasté
Qui miroite sur les brins
D’herbe chatoyante,
Deviennent ce que je suis
Moi qui suis la somme
De tout ce que j’ai perdu,
Qui suis celle qui fait,
De ce qui verdoie une joie,
Du vent, une sagesse,
De la froide terre, de l’or,
De l’or du soleil
Le sang vital du chagrin
Qui plonge dans le coeur.
Je suis mon passé
Et mon avenir qui s’approchent
De jours inconnus.

Mais d’eux tous aucun
N’est plus brillant ni plus précieux
Que le vent et les pâquerettes,
La petite fauvette des haies
Intrépide et lustrée de soleil
Qui fouille le parterre de fleurs
Sous ma fenêtre,
Avec ses ailes de temps
L’éternel présent
Voletant et faisant parade
De son ici et maintenant
Lumière qui va à l’amour,
Feuille qui va à l’abandon.

***
It winds into the heart,
That unbroken thread
From present to past,
Without to within,
From seen to seer,
Sky, garden, tree, bird
Transmuted, transposed
To memory, to pain
These young leaves, these daisies,
The dappling wind
That glances on blades
Of glistering grass,
Become what I am
Who am the sum
Of all I have lost,
Who am the maker,
From greenness a joy,
From wind, wisdom,
From cold earth, gold,
From gold of the sun
Life-blood of sorrow
That sounds the heart.
I am my past
And future approaching
Days unknown.

But of all these none
Brighter nor dearer
Than the wind and the daisies,
The little hedge-sparrow
Fearless and sun-glossed
Searching the flower-bed
Outside my window,
Winged with time
The ever-present
Flitting and flaunting
Its here and now
Light into love,
Leaf into loss.

(Kathleen Raine),

Illustration: Isabelle Planté

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :