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Poésie

Posts Tagged ‘idée’

Les années, dis-tu (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



 

Illustration: Flo DS
    

« Les années, dis-tu, t’ont enlevé tant de choses,
La jouissance du jeu des sens,
Le souvenir du délicieux badinage
De la veille, les pérégrinations lointaines
N’ont plus de charme, non plus
Que l’ornement naguère si apprécié, la louange venue d’en haut,
Autrefois si douce. La satisfaction de ta propre action
Ne jaillit plus pour toi ; l’aventureuse audace te manque
Je ne sais vraiment pas ce qui peut bien te rester encore ?»
Il me reste assez ! Il me reste l’idée et l’amour.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Goethe Le Divan
Traduction: Henri Lichtenberger
Editions: Gallimard
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L’HOMME BLANC (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



ouzin massai [800x600]

L’HOMME BLANC

— Retourne chez toi, homme blanc!

Nous ne t’avions rien demandé ;
Des fièvres que ta race endure
Nous n’avions pas même l’idée.

Pieusement vers nous tournées
Nous allaitaient de solitude
Les sept mers au ventre ridé.

Tu nous as sept fois apporté
Ton malheur, ton inquiétude.
Ta puissance, tu l’as gardée.
Tu nous as fait divorcer d’avec les vieilles sagesses ;
Mais le savoir que tu vends ne les a pas remplacées.

Tu nous as fait divorcer d’avec la terre et les sources,
D’avec les forces du sol et les forces d’en dessous.
Mais les forces que tu vends ne les ont pas remplacées ;

Tes forces mal à toi, méchantes filles du feu roux,
Tes forces qu’un fil conduit et que moulinent des roues,
Tes forces de dieu voleur dont tu n’as jamais assez!

Comme on donne deux venins dans une seule morsure,
Tu nous as communiqué l’orgueil peu sûr d’être un homme,
Et la honte sans pardon d’être un homme dépassé.

Retourne chez toi, homme blanc!
Écoute les tambours tremblants
Qui nous ameutent sous les arbres ;
Les troncs creusés, les calebasses,
Les crécelles, les crins stridents ;
Les sifflements entre les dents,
Les cornes rauques, les coquilles,
Les fifres faits d’un ossement ;
Les cymbales, les oliphants ;
Entends le tam-tam circulaire
Comme l’horizon sur tes tempes
Qui se resserre en palpitant ;
Entends les gongs, les cloches plates,
Aux tours des couvents de montagne
Et les plaques sous les battants.
Entends le grand rassemblement
Qui nous soulève et qui te chasse.

(Jules Romains)

Illustration: Ouzin

 

 

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Inaugurer la transparence (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Inaugurer la transparence,
voir à travers un corps, une idée,
un amour, la folie,
distinguer sans obstacle l’autre côté,
traverser de part en part
l’illusion tenace d’être quelque chose.
Non seulement pénétrer du regard dans la roche
mais ressortir aussi par son envers.

Et plus encore :
Inaugurer la transparence
c’est abolir un côté et l’autre
et trouver enfin le centre.
Et c’est pouvoir suspendre la quête
parce qu’elle n’est plus nécessaire,
parce qu’une chose cesse d’être interférence
parce que l’au-delà et l’en deçà se sont unis ;

Inaugurer la transparence
c’est te découvrir à ta place.

***

Inaugurar la tranparencia.
Ver a través de un cuerpo, de una idea,
de un amor, de la locura,
divisar sin estorbo el otro lado,
traspasar de parte a parte
el trompo ubicuo de ser algo.
No solo penetrar con el ojo en la roca
sino también salir por su revés.

Y algo más todavía:
inaugurar la transparencia
es abolir un lado y el otro
y encontrar por fin el centro.
Y es poder no seguir,
porque ya no es preciso,
porque una cosa deja de ser interferencia,
porque el más allá y el más aca se han unido.

Inaugurar la transparencia
es hallarte en tu sitio.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Poésie verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Points

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Le poète en oiseau immortel (Ron Padgett)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Le poète en oiseau immortel

Il y a une seconde le battement de mon cœur s’est tu
et j’ai pensé : « ce n’est pas le bon moment
pour mourir d’une attaque, au
beau milieu d’un poème », puis je me suis rassuré
à l’idée que personne à ma connaissance
n’est jamais mort en pleine écriture
d’un poème, tout comme les oiseaux ne meurent jamais en plein vol.
Je crois.

***

Poet as Immortal Bird

A second ago my heart thump went
and I thought, “This would be a bad time
to have a heart attack and die, in the
middle of a poem,” then took comfort
in the idea that no one I ever heard
of has ever died in the middle of writing
a poem, just as birds never die in midflight.
I think.

(Ron Padgett)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: On ne sait jamais
Traduction: Claire Guillot
Editions: Joca Seria

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Les cailloux (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2018




    
les cailloux tremblent
les cailloux rient
se serrent dans le ressac
s’usent et se resserrent

tintent dans ma poche
se déchiffrent à mes doigts
idée que je peux
entendre et toucher –

(Lorand Gaspar)

 

Recueil: PATMOS et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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LOUANGE A LI-TAÏ-PÉ (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018



Li Bai
    
LOUANGE A LI-TAÏ-PÉ
Thou-Fou

La poésie est ton langage,
comme le chant est celui des oiseaux.

Que ce soit à la clarté du soleil ou à l’ombre du soir,
tu vois la poésie de toutes choses.

Lorsque tu bois le vin doré, sur le nuage de l’ivresse,
te viennent des idées de vers.

Tu es le premier des hommes, et comme le soleil,
tu répands sur eux les rayonnements de ton esprit.

De celui qui t’admire dans l’ombre
reçois cette adoration inconnue.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Agir et penser comme un chat (1) (Stéphane Garnier)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018




Illustration: ArbreaPhotos
Au commencement, Dieu créa l’Homme,
mais le voyant si faible, il lui donna le chat.

(Warren Eckstein)


    

Le chats de gouttière même les plus loqueteux sont toujours nobles.
Ils n’ont rien à prétendre.
Ils sont chats… et tout est dit.

(Frédéric Vitoux)

Au plus profond de nous, nous sommes tous motivés par les mêmes urgences.
Les chats ont le courage de vivre sans s’en préoccuper.

(Jim Davis)

Avec les qualités de propreté, d’affection, de patience,
de dignité et de courage que possèdent les chats,
combien d’entre nous, je vous le demande,
pourraient devenir des chats ?

(Fernand Méry)

L’idée du calme
est dans un chat assis.

(René Char)

Le chat semble mettre un point d’honneur à ne servir à rien,
ce qui ne l’empêche pas de revendiquer au foyer
une place meilleure que celle du chien.

(Michel Tournier)

Et quand je vois passer un Chat
je dis:
il en sait long sur l’Homme.

(Jules Supervielle)

J’ai beaucoup étudié les philosophes et les chats.
La sagesse des chats est infiniment supérieure.

(Hippolyte Taine)

Le chat ne nous caresse pas,
il se caresse à nous.

(Rivarol)

L’espèce humaine est la seule à avoir des difficultés à se voir en tant qu’espèce.
Un chat semble n’avoir aucun mal à un être un chat; c’est tout simple.
Les chats n’ont apparemment aucune complexe,
aucune ambivalence, aucun conflit et ne montrent aucun signe de volonté d’être plutôt des chiens.

(Abraham Maslow)

 

Auteur: Stéphane Garnier
Recueil: Agir et Penser comme un Chat
Editions: De l’Opportun

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Tout enchaînement d’idées (Gilbert Keith Chesterton)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2018




    
Tout enchaînement d’idées peut conduire à l’extase,
tous les chemins mènent au royaume des fées.

(Gilbert Keith Chesterton)

 

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DANS LA TOURMENTE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



tourmente

 

DANS LA TOURMENTE

Bleu. Et à l’intérieur de ce bleu un soupçon
de vert, nappes grises de nuages
étayés contre l’air, comme si
dans l’idée de pluie
l’oeil
pouvait saisir ce que dit
n’importe quel moment donné

sur terre. Appelle-le ciel. Et de cette façon
décrire
tout ce que
nous voyons, comme si ce n’était rien
que l’idée
de quelque chose que nous avions perdu
en nous. Car nous pouvons commencer
à nous souvenir

de la terre dure, du silex
reflétant les étoiles, des chênes
ondulant tordus
par la violence de l’air, et ainsi de suite
jusqu’à la plus petite graine, découvrant ce qui pousse
au-dessus de nous, comme si
à cause de ce bleu il pouvait y avoir
ce vert

qui s’étend, miracle
innombrable
en ceci, le plus silencieux
moment de l’été. Les graines
parlent de cette occurrence, définissent
l’éruption de l’air et de la terre
dans cette profusion de hasard, les forces
aveugles de notre propre défaut
de savoir ce que c’est
que nous voyons, et simplement en parler
c’est voir
comme les mots nous trahissent, comme on n’éclaircit rien
par l’énonciation, pas même ces mots
que je suis ému de prononcer
au nom de ce bleu
et de ce vert
qui s’évanouissent dans l’air
de l’été.

Impossible
d’en entendre davantage. La langue
nous retire pour toujours
du lieu où nous sommes, et en aucun lieu
nous ne pouvons être en repos
dans les choses qui nous sont données
à voir, car chaque mot
est un ailleurs, une chose qui bouge
plus vite que l’oeil, tout
comme ce moineau bouge, tournoyant
dans l’air
où il n’a pas de chez-lui. Je ne crois, alors,
à rien

que ces mots puissent te donner, et cependant
je peux les sentir
parler à travers moi, comme si
cela seul
était ce que je désire, ce bleu
et ce vert, et dire
à quel point ce bleu
est devenu pour moi l’essence
de ce vert, et plus que la pure
vision de cela, je voudrais que tu sentes
ce mot
qui a vécu au fond de moi
tout le jour, ce
désir pour rien

que le jour même, et comme il a poussé
au fond de mes yeux, plus fort
que le mot dont il est fait, comme s’il
ne pouvait jamais y avoir d’autre mot

qui s’empare de moi
sans éclater.

(Paul Auster)

Illustration

 

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L’amant (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2018



Illustration: Pablo Picasso 
    
L’amant, une fois atteint le degré requis d’attention,
rayonne par lui-même et en lui-même.

C’est le croyant qui fait exister Dieu,
mais ce dieu n’est pas pour autant
une idée ou un fantasme.

Il est la fleur du rien,
la rose aux pétales d’air,
le souffle à marée haute.

(Christian Bobin)

 

Recueil: La grande vie
Traduction:
Editions: Folio

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