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Poésie

Posts Tagged ‘identité’

Festival (José Acquelin)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2021




    
Festival

plus je vis
moins je sais ce que je suis
donc plus je suis identique
à ce qui n’a pas d’identité

des corneilles craillent à la lune
le soleil use le cuivre du clocher
les arbres colorient doucement leurs pages
des hommes voyagent de peau en peau

puis un jour sans le savoir
ils traversent le bleu du ciel
pour aller relier la lumière
des étoiles entre elles

(José Acquelin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le zéro est l’origine de l’au-delà
Traduction:
Editions : Les Herbes rouges

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Et là, soudain (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2021



Et là, soudain, le mental coule.
Qu’est-ce qu’une pensée ?
Cri silencieux dans la bouche blanche.
Cela unit, cela déchire.
Viol et puis la douceur.
La contradiction est le foyer de l’identité.
Etats du corps, états de la veille:
mêmes tranches de vif.
Entre les choses, entre nos dents, le vide :
ici et là, quel besoin de langue !
Il y a battement et manque.
Il y a présence et absence.
Désir, désir — désir. Les mots, les images :
où est le positif et où le négatif?

(Bernard Noël)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Oui j’attends que la lumière se pose sur mes notes (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2021




    
oui
j’attends que la lumière
se pose sur mes notes
comme un amant
comme un aimant
l’aimant des apparitions
là où tout palpite
au fond de l’infiniment sensible
où l’identité
n’est plus qu’un
vacillement
toutes les aubes viennent à ma bouche
toutes les aubes
respectent l’arc-en-ciel
je suis un argonaute du souffle

(Zéno Bianu)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: John Coltrane (Méditation)
Traduction:
Editions: le Castor Astral

 

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Déclaration d’identité (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2021




    
déclaration d’identité

Non, je n’avalerai pas vos paroles
fantômes vos paraboles
d’inventaire, vos courbes de
Bourse de massacres.

Je choisis les cris
d’oiseaux de mer

le craquement des pierres

tout ce qui brave, hurle, éclate muettement dans le monde.

Le sang aux tempes, le coeur battant, le toc des artères,
c’est aussi ma parole

touchable
sous le doigt.

Au bord du temps
je tâte l’incertain
dans les feuilles des arbres
aux cellules pourtant si proches
de mes propres cellules, closes en cette chair
qui se retire et se rapproche
jusqu’à coller au tissu végétal
pour reconnaître
un rapport très sourd
un micron de complicité

main, feuille, ensemble,
toutes deux nervurées, actives, sève et sang,
nous affirmons, nous attestons la vie.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Les Déchues (Extrait) (Adelle Barry)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020



    

Les Déchues (Extrait)

Que l’Imam prie
Que le prêtre jeûne
Et que l’athée dorme
Quelle importance
Chacun voit son Dieu dans le ciel
Il lui parle en silence
Il lui crie ses souffrances
Gardez vos croyances dans vos âmes
Et aimez-vous pardon
Dans les tombes, vous êtes tous poussière

Et puis quoi?
Kadjatou Xialong Yung
Je déjeune en mafé
Je dîne en sushi
Les yeux émincés
Le nez gros
Une pincée de sel dans mon identité
Quelle chance!

Il paraît que Paris c’est la crise
Et que la France est faillite
Haa, reprenons nos valises
Il paraît que là-bas c’est le paradis
L’hiver fait six mois, quelle importance
Ici les cinquante degrés durent une éternité
Il paraît qu’il y a assurance maladie là-bas
Haa Ébola et sida on s’en fout
Ici l’hôpital c’est la morgue
Et la morgue un reposoir

J’ai vu mon frère offrir sa femme
Pour payer la traversée
J’ai vu ma soeur s’ouvrir à l’inconnu
J’ai vu le viol consenti
Pour fuir le dénuement

La voix libératrice
S’est tue
Depuis, je maudis
Le langage du silence

(Adelle Barry)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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LES MALICES DU VENT (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2020




    
LES MALICES DU VENT

Le vent n’arrête pas de me faire des malices
Il pose sur la page un tout petit insecte
dessiné si fin avec des yeux si microscopiques
des couleurs si pâles dans les verts étouffés
et des gris si transparents que je perds dix minutes
à le regarder Il reste d’abord immobile comme médusé
puis se met en route pour traverser la feuille
et je ne sais plus du tout comment commençait le poème
que je m’étais décidé à me mettre à écrire
Je vais chercher le manuel d’entomologie
pour essayer de percer à jour l’identité de mon insecte
qui est probablement un hétéroptère le berytines minor
Je n’en suis pas sûr cependant Il faudrait vérifier
mais le vent embrouille les pages et je n’arrive pas
à trouver son portrait dans les planches en couleurs
J’essaie de me souvenir de l’amorce du poème
Il y avait au début l’odeur du seringa
et le goût que doit avoir une certaine couleur
laiteuse et vive couleur du jour juste avant le soleil couchant
(un goût d’amande amère et de sorbet au citron)
Mais le vent fait tomber de l’arbre au-dessus de ma tête
les premières feuilles mortes de l’année
des feuilles de cerisier roussies par la canicule
Les feuilles bousculent le poème qui reprenait forme
et voilà mon poème éparpillé et défeuillé qui s’en va
Il faut se résigner et changer de sujet
Je vais écrire un poème qui commencera ainsi
Le vent n’arrête pas de me faire des niches

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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L’identité obscure (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020



L’identité obscure

C’est comme un feu mais sans feu, sans futur ni passé,
le corps est si léger qu’il semble flotter sur les
heures arrêtées, dans l’étincellement du matin,
je l’appelle le présent, ce feu, il est partout,
il est insaisissable, la main se tend, ne touche
qu’un vide qui lui ressemble, une sorte d’ombre claire,
l’envers des choses qui s’effacent et qui jaillissent,
dessinent sur les yeux le leurre de leur présence,
je sais qu’elles ne sont pas et pourtant je prononce
leur nom, ce souffle d’air qui les fait durer un peu
le temps de croire que plus que moi elles demeurent
peuplant l’espace que je traverse et que je laisse,
table, dis-je, voilier, pins, genoux, eucalyptus …

(Jacques Ancet)


Illustration

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LE DÉPART (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
LE DÉPART

En face, l’océan de paix,
Fais démarrer l’esquif, ô Timonier.
Tu seras le compagnon éternel,
Accepte, accepte-moi sur ton giron,
Sur le chemin de l’infini s’allumeront
Les rayons de l’étoile polaire.

Délivreur, ton pardon, ta compassion
Seront les deniers de ce périple pérenne.
Que ce qui t’attache à la terre se dissolve ;
Le vaste univers m’accueille dans ses bras.
Que dans le coeur se fasse connaître
L’identité sans crainte du grand Inconnu.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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Où aller ? (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Ô de quelle façon, avec quel gémissement
nous nous sommes caressés, épaules et paupières.
Et la nuit se terrait dans les chambres,
comme un animal blessé que nous aurions transpercé de douleur.

Étais-tu élue entre toutes pour moi,
n’était-ce pas assez d’être la soeur ?
Ton être était pour moi comme une vallée délicieuse,
et maintenant, à la proue du ciel il

s’incline en une apparition inépuisable
et il étend son empire. Où aller ?
Hélas dans l’attitude de la déploration
tu te penches vers moi, toi qui ne consoles pas.

Lorsque ton visage me fait ainsi me consumer,
comme une larme celui qui pleure,
que je multiplie mon front, ma bouche
autour des traits que je connais pour tiens,
il me semble, par-dessus ces ressemblances
qui nous séparent parce qu’elles sont doubles,
déployer une pure identité.

***

O wie haben wir, mit welchem Wimmern,
Augenlid und Schulter uns geherzt.
Und die Nacht verkroch sich in den Zimmern
wie ein wundes Tier, von uns durchschmerzt.

Wardst du mir aus alien auserlesen,
war es an der Schwester nicht genug?
Lieblich wie ein Tal war mir dein Wesen,
und nun beugt es auch vom Himmelsbug

sich in unerschöpflicher Erscheinung
und bemächtigt sich. Wo soll ich hin?
Ach mit der Gebärde der Beweinung
neigst du dich zu mir, Untrösterin.

Wenn ich so an deinem Antlitz zehre
wie die Träne an dem Weinenden,
meine Stirne, meinen Mund vermehre
um die Züge, die ich an dir kenn,
mein ich über jene Ähnlichkeiten
die uns trennen, weil sie doppelt sind
eine reine Gleichung auszubreiten.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Farineuse insomnie (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
Farineuse insomnie
néant friable

Sommeil titubant
on chemine on écrit
de travers

Tournant
sur l’ aire
meulant
un grain maigre

On se perd
des mots chutent
se dispersent
poussière
charpie des nerfs
des chairs

Désir flou
de se résigner
à l’identité saumâtre
du jour et de la nuit

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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