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Poésie

Posts Tagged ‘idiot’

Frère je dis ma prière (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



Frère je dis ma prière
pour avoir l’égal derrière
recevant de ton courroux
le même nombre de coups
que je rends égalitaire.

Déchire la peau des mots
c’est le dedans qu’il nous faut
très juste inégalité :
fanfare et fraternité.

Ce n’est ici qu’un passage
on prend si vite de l’âge
fleurs égales inégales
pourquoi tant d’égalité ?

Très inégales naissances
vers les destins inégaux
inégale intelligence
des mieux doués à l’idiot
pour une mort très égale
on vient et l’on part tout nu
puisqu’ainsi Dieu l’a voulu.

(Georges Libbrecht)

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Demain, puis demain, puis demain (William Shakespeare)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Demain, puis demain, puis demain
Les jours à petit pas glissent de l’un à l’autre
Jusqu’à la dernière syllabe du registre du temps;
Et tous nos hiers ont éclairé pour des fous
Le chemin de la mort poudreuse.
Eteins-toi courte flamme!

La vie n’est qu’une ombre en marche, un pauvre acteur
Qui se pavane et se démène une heure durant sur la scène.
Et puis qu’on n’entend plus: c’est un récit
Dit par un idiot, plein de bruit et de fureur.
Et qui ne signifie rien.

(William Shakespeare)


Illustration: Gilbert Garcin

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MON ORGUE DE BARBARIE (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



MON ORGUE DE BARBARIE

Table de mortalité
égalité inégale
égale inégalité
égalité des crotales
des épines et pétales
même nid pour les oiseaux
égalité des semences
égalité des robots
le temps également beau
pour les égales vacances.

Sur la Terre-Paradis
les casernes bien égales
à tous le même fusil
pour mourir la même balle
même solde et grade égal

toute femme générale
et tous les mâles aussi
mais qui va commander, qui,
les très égales batailles
pour une paix très égale ?
Frère je dis ma prière
pour avoir l’égal derrière
recevant de ton courroux
le même nombre de coups
que je rends égalitaire.

Déchire la peau des mots
c’est le dedans qu’il nous faut
très juste inégalité :
fanfare et fraternité.
Ce n’est ici qu’un passage
on prend si vite de l’âge
fleurs égales inégales
pourquoi tant d’égalité ?

Très inégales naissances
vers les destins inégaux
inégale intelligence
des mieux doués à l’idiot
pour une mort très égale
on vient et l’on part tout nu
puisqu’ainsi Dieu l’a voulu.

(Géo Libbrecht)

 

 

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LES GENS (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration  
    
LES GENS

Le bien en notre famille est juste un passant,
Mais l’intérêt sait nous guider, jouer au maître.
Le riche l’a compris, tôt, mais stupidement.
Beaucoup de malheureux commencent à l’admettre.

Finiront tous ces vieux tissus par se défaire :
C’est sans raison que nous couvrons les scélérats,
Nous qui pensons être des justes, étant fiers.
En rien, les mots qu’on dit, l’air ne les changera.

A pleins poumons nous chantons tous, et nous pensons
Nous aguerrir avec du vin, avec des drogues,
Mais vide est notre bouche, et notre humeur est rogue.

Est vertueux l’homme déçu mais sans façon.
Nous, nous crachons jusqu’au ciel nos humeurs caustiques…
Sylve livrée au bourdon idiot des moustiques !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Le chemin vers le bonheur (Edith Södergran)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018




Le chemin vers le bonheur

C’est incompréhensible,
comment le merveilleux arrive-
il n’est pas de voie vers le bonheur,
pas un heureux ne se souvient du sentier
qui mène à la porte dérobée.

Ah ! chasser l’oiseau du bonheur
est aller sans chemins
et prendre sans mains.
Etre roi au pays du bonheur
est rester stupéfait, idiot.

Nous attendons du jour merveille,
le jour se fane froid et pâle.
Demande encore, cerveau fatigué,
ton rêve est-il, étoile de ton bonheur,
lumière et trahison ?

(Edith Södergran)

Illustration: Jean-Pierre Augier

 

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Je ne pense pas qu’il y ait rien de stupide (Gilbert Keith Chesterton)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2018



    

Je ne pense pas qu’il y ait rien de stupide dans le fait de hurler à la lune
ou d’avoir peur des démons dans les ténèbres… ni que ce soit une preuve d’ignorance.
Cela me semble parfaitement philosophique.

Pourquoi un homme serait-il considéré comme une sorte d’idiot
parce qu’il ressent le mystère et le danger de l’existence elle-même ?

(Gilbert Keith Chesterton)

 

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VOCATION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Frederick Luff Serveuse

VOCATION

Jeune fille du caboulot,
De quel pays es-tu venue
Pour étaler ta gorge nue
Aux yeux du public idiot?

Jeune fille du caboulot,
Il te déplaisait au village
De voir meurtrir, dans le bel âge
Ton pied mignon par un sabot.

Jeune fille du caboulot.
Tu ne pouvais souffrir
Nicaise,
Ni les canards qu’encor niaise
Tu menais barboter dans l’eau.

Jeune fille du caboulot,
Né penses-tu plus à ta mère,
A la charrue, à ta chaumière?…
Tu ne ris pas à ce tableau.

Jeune fille du caboulot,
Tu préfères à la charrue
Écouter les bruits de la rue
Et nous verser l’absinthe à flot.

Jeune fille du caboulot,
Ta mine rougeaude était sotte,
Je t’aime mieux ainsi, pâlotte,
Les yeux cernés d’un bleu halo.

Jeune fille du caboulot,
Dit un sermonneur qui t’en blâme,
Tu t’ornes le corps plus que l’âme,
Vers l’enfer tu cours au galop.

Jeune fille du caboulot.
Que dire à cet homme qui plaide
Qu’il faut, pour bien vivre, être laide,
Lessiver et se coucher tôt?

Jeune fille du caboulot,
Laisse crier et continue
A charmer de ta gorge nue
Les yeux du public idiot.

(Charles Cros)

Illustration: Frederick Luff

 

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Quelle est la vraiment plus joyeuse plus belle et plus rare – la plus vivante généreuse fille (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018




    
quelle est la vraiment
(dans ce triste et surpossédant
monde)plus joyeuse
plus belle et plus rare
—la plus vivante généreuse
fille sur cette tournoyante
terre ?
eh bien tu es
de loin la plus chérie

qui (sur cet affairé
nulle part très houleux)
est le pris de vertige
lui des plus lui
—le grimpant plus tombant
idiot dans cet épineux
si?
eh bien je suis
de tous le plus chanceux

quelle est la merveille
(pleine d’être et devenir)
par-dessus tout dessous
toutes les peurs et les haines
—tous les plus que mourants
miens et sans toujours
tiens?
eh bien nôtre
est l’amour et sans jamais

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Une fois un
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: La Nerthe

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L’ENFANT DE LA BALLE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018



Illustration: Gilles Candelier
    
L’ENFANT DE LA BALLE

Ce soir
Ce soir ou un autre
La corde
Pour rire cinq cents personnes
Et la corde
Qu’est-ce qu’on fera d’un mort
Qu’est-ce qu’on fera de cet idiot qui s’est tué
Comme ça avec toutes les lampes allumées
La corde et la fausse note
Mais dans la roulotte arrêtée
Un soir
Pas d’allumette sous le réchaud
Pas de visage dans la cuvette
Le pied qui manque
Les chaussettes vertes
Cinq cents personnes
La corde.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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LA SOLITUDE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
LA SOLITUDE

Avec une feuille tombée
Avec le trop-plein d’un seau

Avec cette lampe aux œufs d’or
Sur la desserte de la neige
Quand il a bien fait froid dehors

Avec une route où s’avance
Un cheval qui n’est pas d’ici
Avec l’enfant glacé tout seul
Dans un autocar de rêve

Avec des villes consumées
Dans le désert de ma mémoire
Un ciel d’épines et de craie
Où le soleil ne vient plus boire

Avec l’idiot désemparé
Devant ses mains qui le prolongent
Et dont le cœur comme une oronge
Suscite un désir de forêt

Avec toi qui me dissimules
Sous les tentures de ta chair
Je recommence le monde.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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