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Poésie

Posts Tagged ‘ignorance’

LE SUD (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
LE SUD

Du fond d’un de tes patios avoir regardé
les antiques étoiles,
d’un banc de l’ombre avoir regardé
ces lumières éparses
que mon ignorance n’a pas appris à nommer
ni à ordonner en constellations,
avoir senti le cercle d’eau
dans la secrète citerne,
l’odeur du jasmin et du chèvrefeuille,
le silence de l’oiseau endormi,
la voûte du vestibule, l’humidité
— ces choses, peut-être, sont le poème.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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Pourquoi mangeons-nous et buvons-nous autre chose que lumière ou feu ? (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



Illustration: Ethan Cranke
    
Les dieux n’ont pas eu d’autre substance
que celle que j’ai moi-même.

J’ai, comme eux, la substance de tout ce qui a été vécu
et de tout ce qui reste à vivre.

Je ne suis pas seulement un présent,
mais une fugue torrentielle, de bout en bout.

Et ce que je vois, de part et d’autre, dans cette fugue
(avec des roses, des ailes brisées, de l’ombre et de la lumière)
n’appartient qu’à moi, souvenir et désirs
bien à moi, pressentiment, oubli.

Qui sait mieux que moi, qui,
quel homme ou quel dieu peut, a pu, ou pourra me dire à moi
ce que sont ma vie et ma mort, ce qu’elles ne sont pas ?

Si quelqu’un le sait, je le sais mieux que lui,
et si quelqu’un l’ignore, mieux que lui je l’ignore.

Une lutte entre cette ignorance et ce savoir,
voilà ma vie, sa vie, voilà la vie.

Passent des vents comme des oiseaux,
des oiseaux comme des fleurs,
des fleurs soleils et lunes,
des lunes soleils comme moi,
comme des âmes comme des corps,
des corps comme la mort et la résurrection ;
comme des dieux.

Et je suis un dieu sans épée,
sans rien de ce que font les hommes avec leur science ;
seulement avec ce qui est le fruit de la vie, ce qui change tout ;
oui, de feu ou de lumière, de lumière.

Pourquoi mangeons-nous et buvons-nous autre chose
que lumière ou feu ?

Si je suis né dans le soleil, et si de lui je suis venu ici dans l’ombre,
suis-je fait de soleil et comme lui ai-je le pouvoir d’éclairer ?

Ma nostalgie, comme celle de la lune,
est d’avoir été soleil d’un soleil un jour et de le refléter, sans plus, maintenant.

Passe l’iris en chantant comme moi.

Adieu iris, iris, nous nous reverrons,
car l’amour est un et seul
et il revient chaque jour.

***

Los dioses no tuvieron más sustancia
que la que tengo yo. Yo tengo, como ellos,
la sustancia de todo lo vivido
y de todo lo por vivir. No soy presente sólo,
sino fuga raudal de cabo a fin. Y lo que veo
a un lado y otro, en esta fuga,
rosas, restos de alas, sombra y luz,
es sólo mío,
recuerdo y ansia míos, presentimiento, olvido.
¿Quién sabe más que yo, quién puede,
ha podido, podrá decirme a mí
qué es mi vida y mi muerte, qué no es?
Si hay quien lo sabe,
yo lo sé más que ése, y si lo ignora,
más que ése lo ignoro.
Lucha entre este saber y este ignorar
es vida, su vida, y es la vida. Pasan vientos
como pájaros, pájaros igual que flores,
flores soles y lunas, lunas soles
como yo, como almas, como cuerpos,
cuerpos como la muerte y la resurrección,
como dioses. Y son un dios
sin espada, sin nada
de lo que hacen los hombres con su ciencia;
sólo con lo que es producto de lo vivo,
lo que se cambia todo; sí, de fuego
o de luz, luz. ¿Por qué comemos y bebemos
otra cosa que luz o fuego? Como yo he nacido
en el sol y del sol he venido aquí a la sombra,
¿sol del sol, como el sol alumbro?, y mi nostaljia,
como la de la luna, es haber sido sol
y reflejarlo sólo ahora. Pasa el iris
cantando como yo. Adiós iris, iris,
volveremos a vernos, que el amor
es uno solo y vuelve cada día.

(Juan Ramón Jiménez)

 

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Tous ces gens (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



tous ces gens
qui aimeraient se balader
dans les bois
ou dans les jardins

selon les jours

et rien d’autre

l’art d’emmêler
les plans de l’ignorance
et de la perception

le livres
ne faisant voyager
au fond
que de la fausse monnaie

et on en a le sang figé

(Franck André Jamme)

Illustration: Philippe Cognée

 

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Nuit d’herbe (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2017



Illustration: Egon Schiele
    
Nuit d’herbe

Nuit d’herbe, nuit mise à nu,
nuit d’ignorance, nuit de refus,
Je gémis. La barque à l’ancre se soulève.
Le dernier flot de la marée accourt.
Ne crains rien des douleurs de l’amour.

Les oiseaux dorment.
Le vent ne sait où se poser.
Il se repose.
Et sans maître habité par la nuit,
je suis aussi ce bateau-fou.

Beau temps, n’est-ce pas, timonier ?
Beau temps de minuit,
beau temps de l’amour.
Les câbles et cabestans grincent.
C’est le désir.

Des vagues s’épousent.
Le port est au bout du monde,
tes hanches, tes seins, je ne sais.
Je gémis de toute plainte pour tous les hommes.
Je psalmodie, je crie,
je murmure, je me tais.
Je n’ai rien dit,
je n’ai rien fait.

Car tes cheveux comme les forêts brûlent
avec ton odeur de fruits lointains,
Car te répondent le sang lourd de ma race terrienne,
mes mains d’artisan, ma langue rude.

Farouche, depuis que je te connais, je fais l’amour.
Je connais toutes les heures de la nuit.
Le ciel s’incline.
Mourir n’est rien. Vivre n’est plus.
Je n’ai qu’une histoire. Une violente patience.

L’oubli s’assied sur la montagne
et nous avons le temps.
Beau temps, n’est-ce pas mégissier ?
Le temps d’attendre l’amour.
La barque soulevée, la marée se retire.
Le vent oublie qu’il est le Vent.

Tes lèvres sont le bout du monde.
Dans bien longtemps
Tu m’étouffais, tu m’as rejoint,
je te retrouve.
Homme et femme nous serons morts.
Mais les astres qui nous ressemblent
recommencent.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Préface à l’amour
Editions: Cahiers du Sud

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Peut-être qu’à travers d’âpres montagnes (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



 

Nicholas Roerich -1925

Peut-être qu’à travers d’âpres montagnes je circule
en veines dures, seul ainsi qu’un minerai,
et si profondément que je ne vois ni fin
ni distance : tout est là, proche.
et tout ce qui est proche s’est fait pierre.

Je ne suis pas encor rendu savant par la souffrance;
et je me sens petit de ma grande ignorance.
Mais si tu es cela : fais-toi lourd et pénètre;
que ta main tout entière arrive jusqu’à moi,
et que je vienne à toi avec toute ma gangue.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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Le monde est en flammes (Mahava Sutra)(Sagesse bouddhique)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




    
Le monde est en flammes, ô disciples !
De quel feu est-il embrasé ?
Du feu du désir, du feu de la haine,
Du feu de l’ignorance.

(Mahava Sutra)(Sagesse bouddhique)

 

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Je n’ai jamais écrit qu’ainsi (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017



Illustration: Nupur Choudhary
    
Je n’ai jamais écrit qu’ainsi : porté par plus léger que moi, dans les bras
— non pas de l’ange — mais de la vie passante, de l’étincelante rumeur de vivre.
Il faut du temps pour atteindre à l’innocence du jour.

Il faut du temps pour parvenir à la simplicité d’une langue.
Il faut du temps pour apprendre,
et plus encore de temps pour rire de ce qu’on vient d’apprendre.

Rire de son savoir comme de son ignorance.
Rire comme le printemps dans les yeux,
comme l’enfance dans la voix,
comme la pluie dans les livres.

Car il pleut dans les livres.
Une pluie fine glisse sur les pages, tombe sur le coeur.
Dans ce livre la pluie chantait au bout de mes doigts,
tambourinait sur le papier, rafraîchissait la chambre.

Dans ce livre la pluie portait le nom d’une femme,
éclairante dans sa voix, juste dans son coeur : Nella. Nella Bielski

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Les deux amitiés (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Alexandr Sulimov -    (8)

Les deux amitiés

Il est deux Amitiés comme il est deux Amours.
L’une ressemble à l’imprudence ;
Faite pour l’âge heureux dont elle a l’ignorance,
C’est une enfant qui rit toujours.
Bruyante, naïve, légère,
Elle éclate en transports joyeux.
Aux préjugés du monde indocile, étrangère,
Elle confond les rangs et folâtre avec eux.
L’instinct du coeur est sa science,
Et son guide est la confiance.
L’enfance ne sait point haïr ;
Elle ignore qu’on peut trahir.
Si l’ennui dans ses yeux (on l’éprouve à tout âge)
Fait rouler quelques pleurs,
L’Amitié les arrête, et couvre ce nuage
D’un nuage de fleurs.
On la voit s’élancer près de l’enfant qu’elle aime,
Caresser la douleur sans la comprendre encor,
Lui jeter des bouquets moins riants qu’elle-même,
L’obliger à la fuite et reprendre l’essor.
C’est elle, ô ma première amie !
Dont la chaîne s’étend pour nous unir toujours.
Elle embellit par toi l’aurore de ma vie,
Elle en doit embellir encor les derniers jours.
Oh ! que son empire est aimable !
Qu’il répand un charme ineffable
Sur la jeunesse et l’avenir,
Ce doux reflet du souvenir !
Ce rêve pur de notre enfance
En a prolongé l’innocence ;
L’Amour, le temps, l’absence, le malheur,
Semblent le respecter dans le fond de mon coeur.
Il traverse avec nous la saison des orages,
Comme un rayon du ciel qui nous guide et nous luit :
C’est, ma chère, un jour sans nuages
Qui prépare une douce nuit.

L’autre Amitié, plus grave, plus austère,
Se donne avec lenteur, choisit avec mystère ;
Elle observe en silence et craint de s’avancer ;
Elle écarte les fleurs, de peur de s’y blesser.
Choisissant la raison pour conseil et pour guide,
Elle voit par ses yeux et marche sur ses pas :
Son abord est craintif, son regard est timide ;
Elle attend, et ne prévient pas.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Sulimov

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LE SEIN (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2017



    

LE SEIN

Justine reçoit son ami
Dans un cabinet solitaire.
Sans doute il sera téméraire?
Oui ; mais seulement à demi :
On jouit alors qu’on diffère.

Il voit, il compte mille appas,
Et Justine était sans alarmes ;
Son ignorance ne sait pas
A quoi serviront tant de charmes.

Il soupire et lui tend les bras :
Elle y vole avec confiance ;
Simple encore et sans prévoyance,
Elle est aussi sans embarras.

Modérant l’ardeur qui le presse,
Valsin dévoile avec lenteur
Un sein dont l’aimable jeunesse
Venait d’achever la rondeur ;

Sur des lis il y voit la rose ;
Il en suit le léger contour ;
Sa bouche avide s’y repose ;
Il réchauffe de son amour ;

Et tout à coup sa main folâtre
Enveloppe un globe charmant
Dont jamais les yeux d’un amant
N’avaient même entrevu l’albâtre.

C’est ainsi qu’à la volupté
Valsin préparait la beauté
Qui par lui se laissait conduire :

Il savait prendre un long détour.
Heureux qui s’instruit en amour
Et plus heureux qui peut instruire

(Evariste Parny)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Prête aux baisers résurrecteurs (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Prête aux baisers résurrecteurs

Pauvre je ne peux pas vivre dans l’ignorance
Il me faut voir entendre et abuser
T’entendre nue et te voir nue
Pour abuser de tes caresses

Par bonheur ou par malheur
Je connais ton secret pas coeur
Toutes les portes de ton empire
Celle des yeux celle des mains
Des seins et de ta bouche où chaque langue fond

Et la porte du temps ouverte entre tes jambes
La fleur des nuits d’été aux lèvres de la foudre
Au seuil du paysage où la fleur rit et pleure
Tout en gardant cette pâleur de perle morte
Tout en donnant ton coeur tout en ouvrant tes jambes

Tu es comme la mer tu berces les étoiles
Tu es le champ d’amour tu lies et tu sépares
Les amants et les fous
Tu es la faim le pain la soif l’ivresse haute

Et le dernier mariage entre rêve et vertu.

(Paul Eluard)

 Illustration: Pablo Picasso

 

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